Faut-il encore miser sur les cimenteries cotées ?

L’exacerbation de la concurrence, la surcapacité de production et le renchérissement du coût des intrants laissent planer le doute sur leurs perspectives. Les analystes restent toutefois confiants et recommandent leurs titres boursiers à  l’achat.

Les cimenteries cotées en Bourse ont réalisé au terme de l’exercice écoulé une croissance modeste de leur chiffre d’affaires (+4%) qui s’est établi à 13 milliards de DH. Il est tiré essentiellement par Ciments du Maroc et dans une moindre mesure par Lafarge Ciments avec une hausse d’activité respectivement de 4% et 9,3%, tandis que Holcim a réalisé une baisse de 1,4%.  Il faut dire que le contexte n’est plus le même, les cimenteries historiques pâtissent actuellement d’une concurrence plus rude, entre autres, en raison de la montée en puissance de Ciments de l’Atlas du groupe Sefrioui. Cela se voit au niveau de la croissance des ventes qui commence à s’affaiblir d’une année à l’autre. En effet, à fin 2011, les ventes n’ont crû que de 5,7% pour Lafarge et de 8% pour Ciments du Maroc au moment où le marché a progressé de 10,7%. Ceci, conjugué au renchérissement du coût des combustibles et au poids des investissements réalisés, a plombé la croissance bénéficiaire des cimenteries cotées dont le résultat net cumulé a stagné en 2011, à 3,2 milliards de DH. Notons que ce sont Holcim et Lafarge qui ont enregistré un recul de leurs bénéfices, de 12,7% et 1% respectivement.

Dans ces conditions, est-il toujours intéressant de miser sur les titres des cimenteries cotées en Bourse ?

Si les cimenteries se livrent de plus en plus à une compétitivité acharnée, c’est aussi en raison de la fin de la politique du zoning. En effet, la stratégie oligopolistique des trois opérateurs historiques visant chacun à desservir sa région n’est plus d’actualité. C’est ainsi que les sociétés ont engagé depuis 2010 des investissements massifs dans le but d’ouvrir de nouvelles usines couvrant d’autres régions que celles où elles sont présentes. Cette concurrence acharnée est l’effet de trois facteurs majeurs. D’abord, les cimenteries comptent profiter pleinement de la demande nationale émanant aussi bien des pouvoirs publics que des promoteurs immobiliers privés, surtout avec la relance du logement social. Il y a lieu de noter qu’un logement social consomme au moins 12 tonnes de ciment et que le déficit de logements en milieu urbain, toutes catégories confondues, se chiffre à 800 000 unités.
Une surcapacité de production évaluée à 4,5 millions de tonnes en 2012

Ensuite, la multiplication des projets d’infrastructure (ports, barrages, modernisation des réseaux ferroviaires…) constituent un important gisement de croissance de la consommation du ciment. Le dernier facteur a trait à la croissance continue de la consommation du pays. Sur les cinq premiers mois de cette année, le volume des ventes a totalisé 7,5 millions de tonnes, en hausse de 12% par rapport à la même période de l’année précédente.
Parallèlement à cela, l’arrivée de Ciments de l’Atlas a poussé les opérateurs historiques à miser gros afin de ne pas perdre leur part de marché. Dans ce cadre, un analyste de la place se veut confiant : «L’arrivée de Ciments de l’Atlas a certes grignoté des parts de marché aux anciens opérateurs, mais, à terme, celles-ci se stabiliseraient aux niveaux actuels, à savoir 37% pour Lafarge, 25% pour Ciments du Maroc, 20% pour Holcim, 8% pour Asment temara et 10% pour Ciments de l’Atlas et Ynna Asment».

Ceci n’est pas sans causer une surcapacité de production au niveau du secteur. D’ailleurs, la capacité additionnelle à l’horizon 2012 est évaluée à 4,5 millions de tonnes, répartis entre 1,6 million de tonnes assuré par le nouvel entrant, 1 million de tonnes à produire par la filiale du groupe Chaâbi à travers sa cimenterie installée à Settat, Ynna Asment, et Asment Temara dotée d’une capacité de production de 75 000 tonnes. Sans oublier Holcim qui compte procéder à l’extension de sa cimenterie de Fès pour passer de 0,6 à 1,2 million de tonnes.
Optimiste, un analyste tient à préciser qu’«avec la poursuite de la progression de la demande, ces capacités additionnelles seraient rapidement absorbées et, à terme, le marché serait amené à renforcer davantage ses capacités de production pour éviter de faire appel à l’importation».

Malgré toutes ces mutations sectorielles, les cimenteries cotées devraient tirer leur épingle du jeu durant les années à venir, et les analystes prévoient des perspectives favorables d’évolution de leur cours en Bourse. BMCE Capital, par exemple, les recommande dans leur globalité à l’achat (voir tableau). Le résultat net des trois cimenteries devrait s’inscrire en progression de 10,4% en 2012 pour totaliser 3,5 milliards de DH. En détails, Lafarge afficherait un résultat net de 1,8 milliard de DH, en progression de 11% et Holcim dégagerait 639 MDH, en amélioration de 11%. Le résultat net de Ciments du Maroc, lui, atteindrait 1 milliard de DH, en hausse de 9%.