Faut-il continuer à  miser sur les valeurs immobilières ?

Leur cours a progressé depuis janvier, mais il ne compense pas les pertes accumulées en 2008 et 2009.
Le comportement irrationnel des investisseurs rend ces titres très volatiles.
Alliances et CGI très proches de leur cours cible, Addoha présente encore un potentiel de croissance à  moyen terme.

Après avoir fait le bonheur des investisseurs en 2006 et 2007, grâce à des performances exceptionnelles et des cours qui ont plus que doublé, les valeurs immobilières cotées à la Bourse de Casablanca partagent aujourd’hui la communauté boursière quant à leur attrait. Trop chères pour les uns, trop volatiles pour les autres, valeurs d’avenir pour les plus optimistes…, le parcours boursier d’Addoha, Alliances et CGI laisse les professionnels du marché perplexes sur l’attitude à adopter vis-à-vis de ces titres.

Faut-il acheter les titres, les conserver ou les vendre ? C’est la question que se posent actuellement plusieurs investisseurs. Car nombre de ceux qui se sont positionnés sur ces valeurs immobilières durant leur période faste ont perdu beaucoup d’argent. Le cours d’Addoha a perdu plus de 38% en 2008 avant de faire du surplace en 2009. Celui de la CGI a enchaîné deux années de baisse : -7,4% en 2008 et -27,5% en 2009. Quant à Alliances, introduite en Bourse en juillet 2008 au prix de 685 DH, elle affiche deux ans plus tard un cours de 770 DH, soit une hausse largement inférieure, en proportions à celles qu’ont connu Addoha et CGI au cours des mois qui ont suivi leur cotation. Les trois titres ont maintenant repris le chemin de la croissance et affichent des progressions de l’ordre de 13% par rapport au début janvier 2010. Mais cela reste insuffisant au vu des pertes accumulées en 2008 et 2009.

Au-delà de la nature cyclique de ces valeurs, de la crise boursière qui s’est déclenchée en 2008 et du ralentissement d’activité qu’a connu le secteur immobilier en 2009, c’est surtout le comportement des investisseurs vis-à-vis de ces valeurs qui est à l’origine de leur parcours boursier mitigé. Car, sur le plan économique, les trois opérateurs immobiliers de la cote affichent une bonne santé financière, réalisent chaque année des taux de progression d’activité à deux chiffres et disposent d’assiettes foncières et de projets en cours de réalisation leur assurant plusieurs années de croissance.

Durant les premières semaines de cotation d’Addoha et de la CGI, tous les investisseurs se sont rués pour acheter leurs titres, sans aucune logique économique ou de placement à moyen ou long terme. «Tout le monde voulait acheter ces valeurs parce que tout le monde les achetait», se rappelle un trader. Il est clair que le déficit en logement au Maroc garantit à ces entreprises un développement sûr et durable. Mais les anticipations des investisseurs en Bourse étaient disproportionnées par rapport à la croissance prévue pour ces sociétés. Le cours de la CGI représentait début 2008 plus de 100 fois ses bénéfices annuels prévisionnels de l’année, et celui d’Addoha plus de 60 fois.

Il aura suffi par la suite d’un vent de panique à l’international pour que la frilosité monte parmi les investisseurs, déclenchant ainsi la chute des cours. Alliances, même si elle a rejoint la cote en pleine crise, y a échappé car son cours n’avait pas connu la même flamblée que celui d’Addoha et CGI.

Que faut-il faire dans ces conditions de marché pour le moins volatiles en ce qui concerne les valeurs immobilières ? A moins d’être un investisseur averti, capable de prendre position et se retirer au bon moment, les spécialistes recommandent de se placer à moyen ou long terme sur ces valeurs pour ne pas faire les frais de l’engouement et de la frilosité exagérés du marché. Car, répétons-le, les perspectives de croissance des trois sociétés du secteur sont prometteuses. Le chiffre d’affaires sécurisé d’Addoha est de plus de 14 milliards de DH, ce qui lui permettrait de dépasser la barre des deux milliards de DH de bénéfice dès 2011. Pour sa part, Alliances devrait atteindre les 4 milliards de DH de chiffre d’affaires en 2011 et dégager un résultat de près de 700 MDH. Quant à la CGI, son chiffre d’affaires sécurisé est de 5,4 milliards de DH et son bénéfice net devrait s’établir à plus de 800 MDH en 2011.

Ces prévisions aboutissent à des valorisations plus ou moins attrayantes selon la société. Pour Addoha, le cours cible estimé par les analystes de BMCE Capital Bourse est de 156 DH. Au vu de son cours boursier du 4 juin (117 DH), le titre présente un potentiel de croissance à moyen terme de plus de 33%. Il est donc recommandé à l’achat. S’agissant d’Alliances, qui s’échangeait le 4 juin à 770 DH, aucun potentiel de hausse ne se dégage sur le plan fondamental, sa valorisation théorique étant de 771 DH. La valeur doit ainsi être conservée selon les analystes. Même recommandation pour la CGI qui offrait au 4 juin une petite décote de 6,5% par rapport à son cours théorique de 1 966 DH.