Et si vous placiez votre argent dans une toile…

Selon la cote
de l’artiste et la tendance du marché, la valeur d’une toile
peut tripler au bout de quelques années.
Les toiles de maître comme valeur de fond de portefeuille, les signatures «en
apparition» comme valeurs spéculatives…
Commissions : 18% à l’achat et 14% à la vente.

Peut-on gagner de l’argent en achetant des objets d’art ? Contrairement à ce que certains pensent, on n’acquiert pas toujours un tableau, une sculpture ou un tapis par amour de l’art. La dépense est parfois réalisée comme un investissement, qui peut rapporter gros, si on est patient, connaisseur, et si on a les moyens.
Outre la valeur historique, artistique et culturelle d’une œuvre, cette dernière a un prix qui évolue avec le temps. C’est un véritable marché qui obéit à la loi de l’offre et de la demande. Les peintures de Jean Gaston Mantel, peintre français qui a vécu au Maroc, sont passées d’une fourchette de prix comprise entre

20 000 et 30 000 DH, au début des années 1990, à 500 000DH en 2005.
Toutefois, tous les professionnels sont unanimes sur le fait que le marché de l’art au Maroc manque totalement d’organisation et de réglementation. Cette économie, certes assez jeune dans notre pays, doit s’organiser rapidement car le marché croît à grande vitesse. En attendant, vous pouvez malgré tout réaliser de très bonnes affaires.
Comment fonctionne le marché de l’art au Maroc ? Qu’est-ce qui fait évoluer le prix d’une peinture ? Quel artiste a la cote ? Combien pourriez-vous gagner en plaçant votre argent et quelles sont les précautions à prendre ? Voici ce qu’il faut savoir.

L’art au Maroc, un véritable marché, mal organisé !
De dimension difficilement estimable, mais sûrement très réduite par rapport aux pays européens et américains, le marché de l’art au Maroc n’est régi par aucune loi spécifique (droit commun). Les transactions se font donc librement entre l’artiste et l’acheteur.
Le marché marocain de l’art compte plusieurs types d’articles, à savoir la peinture, vaisselle et argenterie, sculpture, porcelaine, broderie, tapis et tapisserie, bijoux…, mais ce qui se traite le plus et draine le plus de chiffres en termes de transactions est la peinture.
Où trouver une bonne toile ? Vous pouvez vous procurer un tableau directement auprès de son créateur. Seulement, la majeure partie des objets artistiques transite par des salles de vente et des galeries d’art. En effet, ces dernières ne sont pas uniquement des intermédiaires, mais ont des rôles bien plus importants comme celui de réguler le marché (voir encadré).
Un marché qui compte cependant d’autres intervenants : vous pouvez ainsi également acheter des objets d’art auprès de brocanteurs, d’antiquaires et de collectionneurs. Les deux premiers peuvent être considérés comme des vendeurs d’objets anciens auprès desquels vous pouvez tomber sur de bonnes opportunités. Les prix, chez eux, peuvent être plus bas que ceux pratiqués au niveau des salles de vente et des galeries, mais ils peuvent également être décalés par rapport à la valeur du marché (plus élevés que la cote attribuée par les salles de vente). Et quant à l’authenticité des objets achetés, elle est loin d’être vérifiée. C’est entre autres pourquoi vous payez des commissions dans les salles de vente. Ces dernières facturent quelque 18% de la valeur de la transaction à l’acheteur et près de 14% au vendeur.
Les collectionneurs qui sont, en principe, des acheteurs permanents, peuvent également vendre, quand l’affaire vaut le coup ou quand ils veulent retrouver des liquidités pour se procurer une autre œuvre.
Ainsi est formé le marché de l’art au Maroc : avec trois salles de vente, quelques dizaines de galeries d’art dont certaines ne sont pas très actives, une centaine ou un peu plus de collectionneurs, des brocanteurs et des antiquaires, un seul restaurateur d’œuvres d’art et un seul expert d’art assermenté près les tribunaux !
N’importe qui, au Maroc, peut se déclarer marchand d’art, voire expert. Aucun titre ou statut formel n’est exigé pour cela, si ce n’est la réputation d’être un connaisseur en matière de peinture ou d’art en général. Ce qui ouvre la porte à des «méconnaisseurs» et des charlatans qui peuvent nuire à la profession et au monde artistique en général.
Jusqu’à ce que le marché se structure et que l’Etat décide d’y mettre de l’ordre, comptez donc sur l’honnêteté de ces «professionnels», tout en restant sur vos gardes.
Qu’est-ce qui fait qu’une peinture cote 300 000 DH, et plus, et une autre 40 000 DH, ou moins ? Qu’est-ce qui fait que la cote d’un artiste varie de 100% en une année alors que celle d’un autre n’augmente que de 15% ? Plusieurs éléments entrent en jeu. Si vous les maîtrisez, vous pouvez réaliser de bonnes performances dans le temps.

Premier critère de choix : la signature

Gharbaoui, El Glaoui, Kacimi, Belkahia, ou encore Raji, Benjkan ou Housbane, pour ne citer que ceux-là : plusieurs peintres marocains et étrangers tous doués et connus certes, mais dont les cotes diffèrent et varient d’une enchère à l’autre. Que choisir ?
Abstraction faite du style et du peintre qui vous plaisent, un galeriste casablancais propose de suivre le raisonnement suivant. «Comme c’est le cas pour constituer un portefeuille d’actions cotées en Bourse, sur le marché de l’art il y a des valeurs sûres, ou de fond de portefeuille». Ce sont les signatures très connues, qui ont plusieurs décennies d’existence et qui ont atteint un niveau élevé de maturité. «Ce sont des signatures à acheter et à oublier chez soi parce qu’ils prennent de la valeur sûrement mais lentement, à moins qu’un événement ou une tendance fassent grimper la cote plus rapidement. C’est le bon investissement à faire pour le long terme (20 ans et plus)». La seule contrainte est qu’il faut miser gros, car les œuvres de ces artistes coûtent cher.
Viennent ensuite les signatures «en croissance». Ce sont des noms déjà célèbres, en période de succès, et dont la cote marque des évolutions importantes à chaque fois. Ils présentent un potentiel de croissance élevé mais, comme à la Bourse, ils présentent plus de risque, car un artiste en développement doit continuer à susciter l’intérêt du public, par l’innovation et le maintien de la qualité dans ses œuvres. Ces signatures-là prennent de la valeur un peu plus rapidement.
Viennent enfin les signatures «en apparition». Ce sont de jeunes artistes, talentueux et qui peuvent présenter un énorme potentiel de gain, avec bien entendu un risque beaucoup plus élevé car on ne sait pas si un artiste débutant connaîtra le succès ou non par la suite. Tout dépend de l’intérêt que portera le public à ses œuvres durant ses premières expositions, et de l’achat ou non de quelques-unes de ses toiles par un grand collectionneur ou une fondation. Si c’est le cas, il pourra voir ses créations tripler facilement de prix en très peu de temps.
Cette classification, tout en étant bien fondée et vérifiée, reste tributaire de plusieurs autres éléments tout aussi importants.

Deuxème critère de choix : la tendance du marché

Cet aspect-là échappe à toute logique mathématique. Dans le monde artistique, le public suit de près tel ou tel artiste. Si à titre d’exemple un grand collectionneur s’offre un lot d’un peintre quelconque, il créera une tendance qui fera grimper la cote de cet artiste. Si un chef d’Etat s’intéresse particulièrement à un peintre, une grande partie de la communauté artistique va suivre. Il est donc important de garder un œil sur les tendances dans une société, même si cela reste difficilement prévisible.
Il y a également certains évènements qui peuvent se produire et faire que la cote d’un artiste double ou triple en l’espace de quelques jours, voir quelques heures. En effet, le décès d’un peintre entraîne quasi automatiquement le renchérissement de la valeur de ses œuvres. Egalement la nomination d’un artiste lors d’un festival ou d’une remise de prix. Ce genre d’évènements font souvent que les lumières sont tournées vers l’artiste en question.

 Troisième critère de choix : le suivi de la cote

Le moyen le plus accessible pour déterminer la tendance des prix des œuvres d’art est la participation aux ventes aux enchères. Celles-ci, organisées à une fréquence qui tourne autour de dix ventes annuellement, sont les occasions idéales pour se faire une idée sur ce qu’achètent le public, les connaisseurs, les grandes personnalités de ce monde, et à quel prix.
La prise en compte de ces éléments à l’achat d’une œuvre d’art peut vous faire gagner beaucoup d’argent dans le futur. Généralement, l’art ne perd pas de sa valeur avec le temps mais en prend continuellement. Ce qui est difficile, c’est de savoir de combien la valeur d’une œuvre va augmenter d’ici deux, cinq ou dix ans. Des cas particuliers peuvent vous donner une idée, mais ça ne peut être une règle générale. Exemple ? Un «porte-folio» (document artistique mariant texte et peinture autour d’un thème) sur les Andalousies, se vendait il y a 18 ans à près de 3 000 DH. Aujourd’hui, il coûte plus de 40 000 DH. En conclusion, achetez à bon escient, surveillez de près le marché de l’art et n’hésitez pas à faire coter vos acquisitions régulièrement

100 000 DH, c’est le prix auquel a été adjugée l’œuvre de Belcadi, un cuivre martelé sur bois, réalisée en 1977.

Précautions à prendre à l’achat et pour la détention d’une œuvre d’art
Quand vous envisagez d’acheter un tableau, ou n’importe quelle autre œuvre d’art, il faut être attentif à un certain nombre de points :
L’expertise : dans l’état actuel du marché
de l’art marocain, vous pouvez tomber facilement sur des faux. C’est l’inconvénient de l’achat auprès des particuliers, des brocanteurs et des antiquaires. Les maisons de vente vous donnent généralement la garantie que l’œuvre achetée est bien authentique et a subi une expertise.
La documentation : en achetant un objet artistique, demandez tous les documents y afférents. Ils vous renseigneront sur le prix du premier achat de l’œuvre, sur toutes les personnes par lesquelles elle a transité ainsi que d’autres informations permettant l’identification de l’œuvre.
Conditions de conservation
et assurance : afin de conserver vos œuvres en bon état et en toute sécurité, il faut en prendre soin en les gardant dans des endroits appropriés, loin d’une forte lumière, chaleur ou humidité. Et pour vous prémunir contre tout risque (vol, incendie, inondation…), assurez-les !

Le rôle des maisons de vente et des galeries d’art

Le rôle des maisons de vente, outre l’intermédiation, est d’assurer la régulation et la transparence du marché. A travers les ventes aux enchères qu’elles organisent et les autres services qu’elles offrent (expertise, conseil…), elles valorisent les œuvres des artistes. Elles ont ainsi une grande influence sur l’artiste lui-même ainsi que sur la valeur des objets détenus par le public, donc sur les bénéfices ou les pertes de celui-ci.
Quant aux galeries d’art, elles ont une double mission. Selon Khalid Chraibi, éditeur d’art et propriétaire d’une galerie depuis 1975, les galeries encouragent la production artistique en exposant et en vendant les œuvres des artistes, connus comme nouveaux. L’autre mission étant de conseiller leurs clients en matière d’achat. Car si une galerie vend un tableau qui ne prend pas de valeur avec le temps, ou un faux, cela nuira à son activité et à sa réputation.