Et si vous exigiez que vos placements soient notés ?

Au Maroc, l’appel à l’épargne publique n’est pas conditionné par la notation. Ailleurs, une entreprise trouve difficilement du financement si elle n’est pas notée.
La notation est un élément essentiel pour le choix d’un placement. Pourtant, seules quelques institutions marocaines sont notées, toutes financières.

Les émissions obligataires se succèdent au Maroc et sont, quelle que soit la qualité de l’emprunteur, souvent couronnées de succès. Ailleurs, ce n’est évidemment pas aussi facile. Seuls les meilleurs ne rencontrent pas de problèmes sérieux pour lever l’argent des épargnants, placé par les OPCVM (organismes de placement collectif en valeurs mobilières), assureurs et autres caisses de retraites.
Dans nombre de pays, une entité (Etat, institution financière, entreprise industrielle ou commerciale, collectivité locale…) n’a, en effet, aucune chance de lever des fonds sur les marchés de capitaux si elle n’est pas notée par une agence externe. Dans le meilleurs des cas, elle ne pourra emprunter qu’à un coût très élevé.

Un jugement sur le risque et non pas sur la valeur d’une entité
C’est que la notation devient un instrument incontournable pour caractériser le risque d’un titre et, plus généralement, celui d’un émetteur.
A la différence des analystes financiers, qui émettent un jugement sur la valeur d’une entreprise, les agences de notation, elles, émettent un jugement sur son risque et expriment cela par une note, selon une grille normalisée.
«La notation ou rating d’une entité exprime sa capacité à faire face à ses engagements financiers, à plus ou moins long terme. L’agence de notation demeure le lien indispensable entre l’émetteur qui emprunte et l’investisseur qui souhaite s’informer sur la qualité et la viabilité de son placement», explique Alain Mera, directeur général adjoint de Fitch France, filiale régionale de Fitch Ratings, l’une des principales agences de notation dans le monde.
Le concept, né pourtant dès 1909, n’a pris son véritable essor qu’à partir de 1970, à la suite de la faillite d’une importante entreprise américaine. «Ce sont les sinistres qui mettent en évidence la nécessité d’évaluer la solidité financière des acteurs économiques», fait remarquer M. Mera.
Qu’en est-il au Maroc ? C’est simple, on ne s’en soucie même pas et rares sont ceux qui poussent dans cette direction : ni les épargnants ni les bailleurs de fonds, ni même les autorités monétaires. Pas étonnant donc que le rating mette du temps pour s’imposer chez nous.
Il est vrai que les freins sont nombreux (voir encadré en page 50), mais il n’empêche que l’émergence de ce concept aurait pu être plus rapide.
En Tunisie, pour rester dans la région, le processus est allé nettement plus vite : pas moins de 17 banques et institutions financières ainsi que 19 entreprises industrielles et commerciales sont actuellement notées. La réglementation tunisienne y est pour beaucoup. Elle oblige en effet les entreprises non cotées en Bourse, et bénéficiant de plus de 25 millions de dinars de concours du système financier, à se faire noter par une agence spécialisée. Idem pour les émissions de parts de FCC (Fonds commun de créance – titrisation de créances bancaires) et les émissions obligataires non garanties par une banque. Par ailleurs, les émissions de billets de trésorerie notées par une agence spécialisée sont exonérées de l’obligation d’une garantie de substitution bancaire. Au Maroc, on en est encore au stade de la «recommandation» (cf. encadré en page 49).
Résultat : à ce jour, seul l’Etat et une poignée d’institutions, toutes financières, sont «officiellement» notés. Il s’agit notamment de la Banque centrale populaire (BCP), BMCI, Eqdom, BMCE Capital Gestion et Wafa Gestion. La première est notée par Standard & Poor’s, la plus importante agence de notation dans le monde, alors que les suivantes le sont par Fitch, N°3 mondial du secteur. Il existe, en parallèle, quelques notations, dites «pi» (public information), basées plutôt sur des informations publiques. Elles concernent les plus importantes banques de la place.

Fitch propose une évaluation pour 50% du côut d’une notation
Ce n’est pourtant pas faute d’engagement des agences internationales. Ces dernières sondent régulièrement le marché et publient également des travaux de recherche sur le secteur bancaire marocain. Le mois dernier encore, deux dirigeants de Fitch Ratings étaient en mission au Maroc et ont multiplié les rencontres avec les officiels et les patrons de sociétés locales. A l’issue de leur visite, ils se déclarent optimistes (voir encadré ci-contre) quant au développement de la notation financière au Maroc.
L’agence «ne baisse pas les bras». Sa stratégie est de sélectionner les cinq plus importantes entreprises (non financières, cette fois-ci) ayant levé, ou susceptibles de lever des fonds sur le marché marocain de la dette, et de produire sur ces entreprises un rapport de notation sans toutefois leur attribuer de note. Elle compte ensuite mettre ces rapports gratuitement à la disposition des opérateurs du marché. Ce faisant, elle vise plusieurs objectifs. «Nous voulons donner aux investisseurs un aperçu tangible sur les bénéfices qu’ils peuvent tirer de la mise à leur disposition d’opinions d’une agence de notation», explique Ikbel Bedoui, DG de Fitch North Africa. Il pense également que cela pourrait engager les entités analysées dans une démarche de transparence et d’adhésion aux standards internationaux des marchés de capitaux. M. Bedoui veut également montrer à travers cette démarche le soutien de l’agence à l’initiative réglementaire du CDVM incitant au recours à la notation, et placer l’agence dans la perspective de Bâle II.
Dans une démarche franchement commerciale, Fitch offrira également à partir de cette année un nouveau service de notation. «Ce service a été conçu avec pour objectif d’apaiser les craintes que certaines entreprises éprouvent lorsqu’elles abordent pour la première fois la notation. Notre mission consistera, à partir d’une documentation fournie par l’entreprise, complétée par des entretiens avec son management, en l’estimation d’une fourchette de notes dans laquelle se situerait l’entreprise concernée», déclare M. Bedoui. Cette note estimative serait, bien entendu, strictement confidentielle. «Les analyses que mènera l’agence étant moins approfondies et exhaustives que pour une notation complète, nos honoraires seraient également de l’ordre de 50 % du coût d’une notation complète et pourront, pendant un délai maximum de six mois, être déduits du coût d’une notation complète. Ces missions pourront être conduites soit à la demande de l’entreprise elle-même, soit à la demande de l’un de ses bailleurs de fonds avec l’accord de cette entreprise».

En Tunisie, pas moins de 17 banques et institutions financières ainsi que 19 entreprises industrielles et commerciales sont actuellement notées. La réglementation tunisienne oblige en effet les entreprises non cotées en Bourse, et bénéficiant de plus de 25 millions de dinars de concours du système financier, à se faire noter par une agence spécialisée.

La notation caractérise le risque d’un titre ou, plus généralement, celui d’un émetteur. C’est un jugement externe sur la capacité d’une institution à faire face à ses engagements financiers à plus ou moins long terme.