Espaces de coworking : Un business juteux mais sous exploité

• L’après-crise sera bénéfique pour cette activité.
• Ce business peut rapporter une marge nette d’environ 30%.

Plus d’actualité depuis la pandémie, les espaces de coworking sont pourtant une troisième option, à côté des bureaux traditionnels et du télétravail.
Le Maroc reste indéniablement à la traîne en la matière, si l’on compare sa situation aux pays anglo-saxons où ces espaces ont poussé comme des champignons durant cette dernière décennie. C’est en 2012 que le premier espace de coworking marocain a vu le jour. Depuis, une trentaine d’établissements, seulement, ont ouvert leurs portes (surtout à Casablanca et Rabat) à une communauté de coworkers aussi large que variée d’entrepreneurs, de porteurs de projets, de free-lances ou à toute personne ayant besoin d’un espace professionnel et d’un réseau, le tout dans un cadre d’échange, de collaboration et d’entraîde dans un environnement qui se veut surtout flexible et n’engageant pas les coworkers à l’espace de travail.
Même si ces espaces de travail sont aujourd’hui en grande difficulté à travers le monde et que l’on s’attend à la fermeture d’un établissement sur cinq, le vent finira par tourner en leur faveur, selon les observateurs. L’un d’eux affirme : «In fine, la crise devrait accélérer le déclin du bail traditionnel. Le futur, c’est un bureau complètement flexible, partout, que l’on consomme comme le cloud informatique». En France par exemple, le coworking ne se résume plus à de grands espaces remplis de start-uppers en baskets. Le phénomène touche dorénavant toutes les tailles d’entreprises, dont beaucoup de grands groupes qui emploient plus de 500 salariés, qui prennent des étages ou des immeubles entiers.

Montée en puissance grâce à (ou malgré) la crise ?
Si le marché est toujours en croissance en France ou même en phase de maturité dans certains pays développés, le terrain est encore quasi vierge au Maroc. Le potentiel de cette niche est grandissant. Y investir peut s’avérer donc rentable. Nous avons fait une simulation de lancement d’un espace de coworking à Casablanca.
Avant de monter ce business, il faudra naturellement trouver le bon local en terme d’emplacement et de dimensions. Un opérateur nous parle d’une superficie minimum de 200 m2 à respecter. L’emplacement est également crucial, dans le sens où le local devrait être situé dans un lieu stratégique desservi par des moyens de transport, pour répondre aux contraintes d’une clientèle urbaine de passage. A bannir donc les rues non passantes ou encore les quartiers industriels. Pour louer un local répondant à ces exigences au quartier Maarif ou à Palmiers, par exemple, avec une superficie de 300 m2 il faudrait compter un loyer mensuel moyen de 25 000 DH.
Vient ensuite la phase d’aménagement. Durant cette étape, le diable sera dans les détails, puisque tous les recoins du local devront être adaptés aux besoins d’un espace de coworking : Open-space, bureaux cloisonnés de 6 m2 par personne. «Dans un souci de flexibilité, il faut privilégier les cloisons amovibles. Si une start-up décide de s’agrandir, l’espace de coworking doit l’accompagner dans cette démarche, en décloisonnant deux bureaux par exemple», conseille notre expert. Un seul mot d’ordre : Rendre l’espace le plus agréable et “cosy” possible pour fidéliser ses clients le plus longtemps possible. En chiffres, l’aménagement de cet espace devrait coûter au mètre carré entre 3 000 et 4 000 DH, soit un investissement d’environ 1MDH (compter 20% de moins dans des villes plus petites).

Il faut opter pour un marketing ciblé et intelligent
Pour l’équipement, un montant d’environ 150 000 DH est à prévoir. L’équivalent d’une trentaine de positions (bureau et chaise), une imprimante et même si les ordinateurs sont à la charge des coworkers, deux ou trois postes devraient être prévus pour ceux de passage.
Maintenant que le local est opérationnel, l’opération séduction des clients peut commencer. A côté de la publicité via les canaux digitaux, (réseaux sociaux, site internet, référencement…), la démarche se veut plus ciblée en début d’activité «On peut faire appel à des fiduciaires, puisque c’est là où les sociétés se créent, mettre en place des partenariats contre un système de commission, ou un échange de clients pour la partie création de sociétés ou tenue de comptabilité», recommande l’expert.
Au volet charges opérationnelles, celles liées à la location constituent le gros des charges. Dans notre exemple, elle se monte annuellement à 300 000 DH. Les charges du personnel, elles, sont de 72 000 DH qui constituent le salaire brut annuel d’un(e)assistant(e) (Le recrutement d’une personne est largement suffisant dans ce genre d’activité). Les autres charges constituées de frais d’internet, d’eau et d’électricité s’élèvent à 36 000 DH/an.
Pour le chiffre d’affaires, il va varier selon le taux de remplissage des bureaux et des open-spaces. Ce taux est généralement de 100% pour les bureaux, car très demandés, avec tout de même un taux de vacance d’un ou deux mois sur l’année. La partie open-space, quant à elle, aurait moins la côte selon les opérateurs. L’un d’eux affirme accueillir entre 5 et 10 personnes par mois.
A noter par ailleurs que les raisons qui poussent les coworkers à quitter l’espace de coworking sont principalement liées à l’abandon du projet ou au contraire à son évolution. Une fois les projets bien lancés, les besoins grandissent. Pour bénéficier d’un crédit bancaire, la banque exigera un vrai contrat de bail, la personne se voit donc contrainte de louer un bureau. Tenant compte de ces éléments, un chiffre d’affaires de 80 000 DH par mois est tout à fait réalisable en début d’activité (960 000 DH par an), pour une marge nette d’environ 30%, soit un retour sur investissement moyen sur 2 à 3 ans.


Les formules proposées

Au Maroc, la majorité des coworkers est constituée de start-uppers et de porteurs de projets ayant comme contrainte commune : Un manque de visibilité par rapport à la capacité financière d’assurer le loyer des prochains mois. Pour répondre à cette contrainte, les espaces proposent la formule open-space, destinée surtout aux start-uppers, aux développeurs de projets qui ne sont toujours pas en phase de création de société, mais qui sont là pour se faire un réseau, pour travailler dans un endroit autre qu’un café. Ils peuvent opter pour le pack d’une demi-journée entière, d’une semaine, s’offrir un carnet de dix sessions ou alors s’engager sur un mois renouvelable. En général, l’engagement moyen ne dépasse pas les 6 mois et les tarifs varient en moyenne de 100 DH la demi-journée (4 heures) jusqu’à 2 500 DH le mois. Le coworker bénéficiera, selon la prestation choisie, de plusieurs services, notamment l’accès à une connexion internet haut débit, à un scanner et une imprimante, à des phone-boots, à un box de rangement, la conception du logo, l’usage de la salle de réunion, etc.
La deuxième formule est celle du bureau privé. Dédiée surtout aux entrepreneurs en activité pendant un certain temps. Cette formule est la plus mise en avant par les espaces, car plus rentable et avec un engagement plus long. Le minimum est de six mois mais la durée excède rarement une période de deux ans. «C’est là où la flexibilité des espaces de coworking est palpable, puisqu’un contrat de bail classique exige de l’entrepreneur un engagement minimum de 3 ans», confie notre opérateur. Là encore, les prix dépendent du type de bureau choisi et du nombre de personnes à occuper l’espace. Ils vont généralement de 3 000 DH à 10000 DH par mois.