Epargne retraite : la bataille des taux est engagée

Les compagnies d’assurance n’ont pas encore toutes publié les taux de rendement de leurs produits.
Elles ont dû revoir leur politique de distribution après qu’Addamane
Achaabi ait réalisé une performance de 6,1%.

Alors que les sociétés cotées ont toutes annoncé leurs résultats semestriels, les compagnies d’assurance, même cotées, se font plutôt discrètes sur les performances de leurs produits de capitalisation (épargne retraite, épargne éducation…) au titre de l’année 2004.
Lorsque vous souscrivez à un produit d’épargne retraite ou d’épargne éduction, que ce soit auprès d’une compagnie d’assurance ou via votre banque et sa palette de produits de bancassurance, c’est seulement après plusieurs mois (généralement vers la fin juin) que l’on vous communique le taux de rendement qui servira à la valorisation de votre épargne. Or, cette année, les compagnies d’assurance ont pris tout leur temps, c’est le moins qu’on puisse dire, pour rendre public ce taux.
Neuf mois après la clôture de l’exercice, certaines d’entre elles n’ont toujours pas publié leur taux de rendement, alors que d’autres l’ont fait sans grand tapage médiatique. Jusque-là, seules trois compagnies nous ont communiqué des chiffres : 6,10% pour la CNIA, 5,20% pour Axa Assurance Maroc, 5,25% pour Wafa Assurance.

Par ailleurs, aucune des compagnies d’assurance contactées pour la préparation de cet article n’a voulu commenter le retard de publication.
A en croire des professionnels de la bancassurance, les raisons de ce retard sont d’ordre stratégique. «L’annonce des 6,10% de taux de rendement par la Banque Populaire et la CNIA pour le produit Addamane Achaabi a secoué la concurrence. Il n’était pas question de sortir avec des performances médiocres, aux alentours de 4%. Les équipes marketing et financières des autres compagnies ont été invitées à réfléchir sur les moyens de rehausser les performances de leurs produits afin de pouvoir afficher un taux de rendement supérieur, à même de faire face au fameux 6,10%. C’est ce qui explique le retard pris par plusieurs assureurs», explique un responsable commercial auprès d’une compagnie d’assurance qui requiert bien évidemment l’anonymat.
Pour mieux comprendre, il faut savoir que le taux servi sur votre épargne retraite se compose d’un taux minimum garanti (3,25%) auquel vient s’ajouter une participation aux bénéfices qui varie entre 80 et 100 % selon les produits. Autrement dit, la rémunération de votre épargne dépend étroitement du résultat financier de votre entreprise sur cette branche particulière. Lorsque les bénéfices réalisés par la compagnie d’assurance ne permettent pas de relever le taux de rendement de manière substantielle, les compagnies d’assurance, souvent de concert avec les banques auprès desquelles elles distribuent le produit, renoncent à une partie de leurs commissions et frais de gestion. «C’est une manière détournée de faire une fleur commerciale à nos clients. A ce détail près que, généralement, ils n’en savent rien du tout», commente notre source. Et d’ajouter que, plusieurs compagnies d’assurance s’abstiendront cette année de faire certifier leur taux, parce que la «fleur commerciale» ne respecte pas à la lettre les standards comptables admis pour ces produits. Mais, pour le moment, ce ne sont pas les clients qui se plaindront. Quant aux compagnies d’assurance, elles espèrent bien obtenir un retour sur investissement.

La baisse des taux d’intérêt affecte le rendement
Toutefois, effort commercial ou pas, les produits de capitalisation ne réalisent plus les rendements d’antan et la majorité des taux de rendement s’inscrivent en baisse depuis quelques années déjà. Sur l’ensemble des trois dernières années, le taux servi s’est inscrit en baisse moyenne, selon les compagnies, de 100 points de base (1%). Les taux de rendements au titre de l’année 2001 dépassaient allègrement les 6 % alors qu’aujourd’hui les compagnies peinent à afficher les 5% par an. Fléchissement qui serait le résultat direct de la tendance baissière observée sur le marché des taux depuis quelques années maintenant et qui avait justifié, en son temps, (en 2002) la baisse du taux de garantie fixé par le ministère des Finances, de 4,25 à 3,25%. La baisse des taux n’ayant pas été épongée par les performances du marché boursier, le taux de rendement de ces produits s’en est trouvé considérablement diminué.

Un instrument idéal pour se constituer une épargne
Malgré ces difficultés conjoncturelles, les produits d’épargne retraite demeurent l’instrument le mieux adapté pour la constitution d’un revenu supplémentaire. Le mécanisme permet de constituer progressivement, via des versements périodiques (à partir de 100 DH par mois) ou libres, une épargne qu’on peut choisir de toucher au terme du contrat (le contrat doit être d’au moins 10 années et les prestations servies au-delà des 50 ans pour pouvoir bénéficier des avantages fiscaux), soit sous forme de capital, de rente viagère, de rente certaine (définir le nombre d’années) ou une combinaison entre capital et rente.
A cela s’ajoute le fait que des déductions des versements de votre assiette d’imposition peuvent vous faire bénéficier d’une économie d’impôt substantielle. Enfin, et contrairement à votre retraite «conventionnelle», le capital ainsi constitué dans le cadre de votre épargne retraite demeure plus ou moins liquide. En effet, des mécanismes de rachat partiel ou total ainsi qu’un système d’avance sont prévus pour vous permettre de puiser dans cette réserve en cas de besoin. Attention, toutefois, ces mécanismes sont plutôt coûteux sur le plan fiscal. En effet, la Loi de finances 2004 s’est intéressée aux produits de capitalisation, avec pour objectif de les faire bénéficier d’une incitation fiscale. Seulement, de l’avis de plusieurs professionnels et de souscripteurs, cette incitation fiscale a considérablement affecté la liquidité du placement. «En dessous d’un horizon de placement de 10 ans, ce type d’instruments n’offre absolument aucune attractivité vu son faible rendement. Une sortie ou un rachat prématuré, même partiel, serait trop coûteux d’un point de vue fiscal. Et les mécanismes prévus (avances) sont trop onéreux. On se retrouve coincé pendant 10 ans minimum», commente un souscripteur mécontent. Aussi est-il vivement conseillé de ne pas avoir recours à votre épargne retraite sauf en cas de nécessité absolue, et après épuisement de tous les autres moyens.
Côté coût, les souscripteurs sont amenés à payer une commission sur les versements qui peut atteindre jusqu’à 3,5%, à partager entre la compagnie et son réseau distributeur (banque, courtier…), ce qui explique mieux la fleur commerciale. Les frais de gestion prélevés sur une base annuelle ne dépassent jamais les 0,8%. A ces prélèvements viennent s’ajouter les coûts éventuels des rachats partiels, et, si vous faites appel aux avances, le taux d’intérêt qui rémunère le prêt.
L’épargne-éducation obéit au même principe que l’épargne retraite, à la différence près que le capital constitué est destiné au financement des études de votre enfant. Les taux de rendement sont pratiquement les mêmes. Mais c’est au niveau fiscal que la différence est importante puisque les produits d’épargne éducation ne bénéficient d’aucun avantage fiscal. Les cotisations ne sont pas déductibles et les prestations servies sont soumises à l’IGR.
Dans un pays où le système des retraites est loin d’être parfait, la bancassurance offre une opportunité intéressante pour se constituer une épargne complémentaire et le fisc la rend plutôt attractive. Les taux de rendement demeurent cependant faibles et peu attractifs pour un horizon aussi long et une liquidité aussi réduite.