E-commerce : le frein de la logistique

• Des frais d’envoi à partir du Maroc excessivement chers.
• Les opérateurs souhaitent que l’Etat subventionne le volet logistique.

Le marché international du e-commerce évolue à double vitesse. Une poignée de pays monopolise ce segment via des plateformes en ligne. En lançant des sites marchands aux stratégies bien rodées qui ont révolutionné le monde du e-commerce, la Chine est indéniablement leader dans ce domaine : Pour ne citer que ces deux monstres, Ali express et Ali baba. Il faut dire que l’importance de l’offre commerciale chinoise, couplée à une offre de livraison imbattable, a fait de ce pays un moteur mondial du e-commerce. Le son de cloche n’est pas le même au Maroc qui est loin d’être compétitif en la matière. Pourtant, ce créneau pourrait constituer une véritable mine d’or pour les producteurs et les vendeurs marocains. Produits artisanaux, produits du terroir ou autres, la clientèle internationale est là et le gain est certain.
Encore faudrait-il ficeler le volet e-logistique qui, lui, constitue un réel frein au Maroc. Par e-logistique on entend «l’ensemble de l’organisation qui va vous permettre en tant que vendeur, de faire partie vos produits vers vos clients. Respecter les processus douaniers du Maroc (pays de sortie) et du pays d’arrivée. Et accessoirement, mais c’est aussi très important, d’avoir dans votre comptabilité toutes les pièces justificatives de vos exportations», explique un expert. Mais beaucoup de commerçants ont été freinés dans leur élan et pour cause, les coûts d’expédition qui sont très élevés au Maroc. Envoyer une commande du Maroc vers l’Europe ou les USA coûte 20 fois plus que ce qu’il faut débourser pour l’envoyer de Chine. DHL Maroc nous a fait une offre e-commerce dont voici l’exemple : Pour exporter un colis de 10 kilos vers la France, il faudra débourser 627 DH par envoi. Ce même colis coûtera 1634 DH en frais de transport s’il est en direction des Etats-Unis et 2 500 DH pour voler jusqu’au Sénégal. Pour un colis encore moins volumineux de 500 grammes, les frais de transport démarrent de 135,5 DH à 343 DH selon la zone d’envoi.
Ces tarifs refroidissent beaucoup de commerçants à se lancer dans une aventure à l’international.
Et pour un envoi plus rapide, la douloureuse s’annonce encore plus salée : Le premier prix d’un petit colis en livraison express via DHL tourne autour de 900 DH. Au moment où chez Amana, ce service est moins cher, mais moins rapide : Pour un colis en France, les prix démarrent à 250 DH. Mais le passage par la case Poste n’est pas toujours évident, puisque cette dernière refuse de prendre en charge certains produits, “interdits”, qui dépendent des destinations. Les cosmétiques, par exemple, font partie de ces produits interdits pour la France. Dans ce cas, le vendeur se verra obligé de passer par un transitaire.
Dans un contexte de dématérialisation des douanes marocaines, l’envoi de ces colis via un transitaire est également une option à prendre en compte. Ce dernier se chargera de toutes les formalités de passage en douane, à la sortie du Maroc et à l’entrée du pays de destination, pour un coût moyen de 1200 DH par dossier. Bien entendu, l’idéal serait d’expédier un certain volume de produits pour que cela soit rentable. Le seul hic c’est que dans cette option, le transitaire fait sa livraison en one shot. Il ne peut pas prendre en charge la livraison individuelle aux clients. Cette solution est donc valable si vous vendez à des clients professionnels en quantité importante. A moins que le vendeur ait un relais sur place, qui fera le stockage, l’expédition et la gestion des retours.
C’est d’ailleurs l’option la plus intéressante, conseille l’expert en e-logistique. «Dès que le l’activité du vendeur commence à tourner, avoir un relais sur place, en Europe, est la meilleure solution. En ayant des volumes plus importants expédiés en une seule fois du Maroc, cela diminue naturellement les coûts. Il pourra ainsi expédier très rapidement à ses clients finaux, à partir de son stock, et les prix d’expédition à l’intérieur de l’Europe restent raisonnables. Avoir une adresse européenne, si possible francophone, avec un numéro de téléphone, est la meilleure solution pour rassurer ses clients Mais cela a un prix bien sûr. Le vendeur devra financer son stock, le prestataire avec qui il collabore lui facturera sa main-d’œuvre, à un prix européen».
Le Maroc est loin d’être compétitif en matière d’export en ligne et pour cause, les complications logistiques entre autres raisons (notamment la partie contrôle des changes). Selon certains opérateurs, il serait temps de se pencher sur la problématique logistique. L’Etat n’en sortirait que gagnant en drainant des devises, créant de la valeur chez les vendeurs et permettant aux producteurs locaux d’accéder facilement au marché mondial.
Parmi les solutions qu’ils proposent, la subvention de l’envoi et de la vente en ligne des produits marocains vers l’étranger ou encore la formation des vendeurs et la facilitation des importations et du transit entre la Chine, le Maroc et l’Afrique.