Dix introductions en Bourse en 2007, cinq en 2008 et… zéro en 2009

Qu’ils aient déjà  entamé leur processus d’introduction en Bourse ou pas, les nouveaux candidats préfèrent temporiser.

Dans le meilleur des cas, certains pourraient envisager de changer d’avis, vers la fin de l’année..
Les bas niveaux de valorisation et le risque que la demande ne suive pas alimentent leurs appréhensions.

Les temps ont bien changé pour la Bourse de Casablanca. Début 2007, un tour d’horizon des banques d’affaires et des «bruits de marché», effectué par La Vie éco,  avait permis de répertorier près d’une vingtaine de sociétés comme ayant de fortes chances de rejoindre la cote la même année. Toutes ne l’auront pas fait, mais 2007 n’en aura pas moins été une année faste avec 10 opérations qui se sont effectivement concrétisées. Se livrer au même exercice en ce début 2009 aboutit à une conclusion bien simple : il n’y aura vraisemblablement pas d’introductions en Bourse cette année.

Trarem a finalemet opté pour un crédit bancaire au lieu de s’introduire en Bourse
C’est là le consensus d’analystes financiers et de responsables des banques d’affaires. Et ce ne sont surtout pas les potentielles nouvelles recrues de la cote, avec une volonté non dissimulée de «temporiser», qui les démentiront.  Prenons, à titre d’exemple, Trarem Afrique. En octobre dernier, le fabricant de mobilier de bureau, en plein processus de souscriptions, décidait de différer son introduction. Il s’était promis de relancer la machine avant l’expiration du visa du Conseil déontologique des valeurs mobilières (CDVM), autrement dit dans les trois mois suivant le report. Près de 7 mois après, toujours rien et comme le confirme le PDG de Trarem, Abdeljalil Bennis, la situation ne devrait pas changer dans l’immédiat. «Il n’y a pas eu d’évolution notable depuis notre décision de temporiser», assure le président. La société, qui comptait mettre à profit son introduction en Bourse pour financer ses investissements, a choisi entre-temps de recourir à un emprunt bancaire. Dans l’immédiat, l’option de l’introduction en Bourse  ne s’impose, donc, plus autant pour la société. Elle n’est cependant pas définitivement écartée. «Notre programme d’investissement s’étale sur plusieurs années et une introduction s’imposera en 2010», assure Abdeljalil Bennis. Tout en émettant des réserves, le PDG n’exclut pas non plus de réenclencher le processus d’introduction à fin 2009.
Avec une possibilité d’introduction qui a également dépassé le stade de la simple rumeur, la Société générale des travaux du Maroc (SGTM) ne s’est pas refusée au commentaire. Bien avancée dans son processus, selon les observateurs, SGTM a tout comme Trarem choisi de temporiser. De récents bruits de marché lui ont toutefois attribué la volonté de réactiver son processus. «Il n’en est rien», assure le directeur administratif et financier de SGTM, Tawfiq Bouzoubaa. Il recadre toutefois en affirmant que «dans un scénario optimiste, nous pourrions rejoindre la cote au mieux fin 2009».
Naturellement, à côté de ces deux sociétés, contraintes au commentaire à cause de leur exposition, d’autres candidates, ayant réussi à garder jusqu’à maintenant le plus grand secret autour de leurs intentions, pourraient bien créer la surprise. Mais la confidence faite à demi-mot par un responsable au sein d’une des grandes banques d’affaires de la place  relativise grandement cet effet de surprise. «Il n’y aura pas  d’introductions en Bourse ni à court terme ni même à moyen terme», assure-t-il. La surprise ne viendra pas non plus de sociétés telles le promoteur immobilier Al Omrane, Crédit Agricole, le distributeur Marjane ou l’opérateur téléphonique Méditel,  à qui l’on prête depuis des mois déjà l’intention de s’introduire en Bourse. S’agissant de Méditel et de Marjane, notamment, maintenant plus ou moins le flou autour de leurs projets, le management de ces sociétés parle désormais sans équivoque de différer ses plans. Lors de la présentation des résultats annuels d’Ona, ce mois d’avril, Mouatassim Belghazi, président du groupe (actionnaire majoritaire de Marjane), en réaction à la proposition du directeur de CFG marché, Younès Benjelloun,  d’introduire Marjane en Bourse, avait répondu : «Vous conviendrez que ce n’est pas le bon moment». Les observateurs ont en déduit que Marjane en Bourse ce ne sera pas avant 2010, au mieux. Quant à Méditel, une interview de Mohamed Elmanjra, parue le 9 mars dernier dans nos colonnes, ne laissait place à aucun doute. S’exprimant sur une éventuelle introduction en Bourse, le président a clarifié: «Nous pouvons nous permettre d’attendre et avons donc choisi de le faire».
Tout cela contraint grandement les chances de la place casablancaise d’accueillir une nouvelle recrue en 2009. Mais un invité de dernière minute pourrait bien se manifester. Il s’agit du spécialiste de la logistique portuaire, Marsa Maroc. Un appel d’offres pour la réalisation d’une mission d’évaluation et de placement des participations de l’Etat dans le capital de l’opérateur vient d’être lancée par la Direction des entreprises publiques et de la privatisation (DEPP). Deux scénarios sont étudiés : la cession de la part de l’Etat à un investisseur ou la cession en Bourse. Néanmoins, à supposer que ce soit la piste de l’appel public à l’épargne qui soit retenue, le délai d’exécution des prestations d’évaluation et de placement, fixé à huit mois, rend très improbable une introduction en Bourse effective de Marsa Maroc dans le courant de l’année actuelle.

Un manque à gagner de plusieurs millions de DH pour les banques d’affaires
Globalement, on l’aura compris, les émetteurs ne se bousculent pas pour rejoindre la cote. Mais qu’est-ce qui coince au juste ? «Avec un marché qui vit au ralenti, les émetteurs craignent que leurs opérations n’arrivent pas à attirer suffisamment de souscripteurs», justifie-t-on à CFG.  Mais pas seulement. Une autre raison invoquée concerne les niveaux de valorisations auxquels peuvent actuellement prétendre les émetteurs. Ces niveaux sont bas, et pour cause, «mis à part les différentes méthodes d’évaluation, le vrai benchmark  pour fixer la valeur d’un titre demeure la valorisation du marché. En contexte baissier, les titres nouvellement introduits doivent être raisonnablement valorisés pour trouver preneur», fait savoir Kamal Bennani, directeur commercial à Orange Asset Management.
Avec des émetteurs plus portés sur «les valorisations intégrant un fort potentiel de croissance» (donc plus chères) que sur les évaluations conservatrices, il est normal qu’aucun d’eux ne franchisse pour l’heure le seuil de la Bourse… Au grand dam des banques d’affaires. La manne dont se trouvent privés ces organismes est considérable. «Entre l’évaluation, le pourcentage de placement et les efforts de trading et de négociation pour l’animation de la valeur introduite, chaque nouvelle cotation génère plusieurs millions de DH pour la banque d’affaires qui la coordonne», explique un professionnel. Mais les banques d’affaires savent rebondir et c’est vers l’industrie du capital-risque qu’elles se tournent pour maintenir leur volume d’affaires.
Autant de flexibilité ne peut être espérée de tous les opérateurs. Aussi, de l’avis général, une reprise des introductions en Bourse est souhaitable. La reconduction par la Loi de finances de la réduction de l’Impôt sur les sociétés (IS) de 25 à 50% pendant les trois premières années de cotation y contribue certainement. Mais il est attendu de l’Etat qu’il fasse plus. Les espérances du marché vont dans le sens  d’une privatisation d’envergure qui passerait par la Bourse…, une manœuvre qui a toujours fait mouche par le passé.