Des indicateurs pertinents pour juger les résultats des sociétés cotées

Ventes en quantités, valeur ajoutée, marge d’exploitation, marge nette, capacité d’autofinancement, endettement…
Tenir compte d’indicateurs de résultat spécifiques pour les banques, les sociétés de financement et les compagnies d’assurance.
L’analyse doit se faire sur plusieurs exercices.

Les sociétés cotées à la Bourse de Casablanca s’apprêtent à publier leurs résultats au titre de l’exercice 2009. Certaines d’entre elles ont pris de l’avance en annonçant leurs réalisations en février, mais la majorité des entreprises se conformeront au délai légal et le feront au cours des deux dernières semaines du mois courant. Ces informations sont, comme à l’habitude, très attendues par les investisseurs, car elles renseignent sur la santé financière d’entreprises où des milliards de DH sont placés. Mais si les acteurs professionnels arrivent à analyser la multitude de chiffres que publie chaque société, il est bien difficile pour les investisseurs particuliers de le faire, d’autant plus que la majorité des résultats continue d’être publiée à l’état brut, c’est-à-dire sans commentaires ou explications susceptibles d’aider à la lecture des comptes.
Certes, les sociétés cotées doivent faire beaucoup d’efforts pour améliorer la qualité de leur communication financière. Mais pour une personne physique qui investit en Bourse, un minimum de connaissances en analyse financière s’impose pour pouvoir prendre des décisions de placement rationnelles.

L’évolution des ventes d’une société doit être rapprochée à celle de son secteur

L’analyse des résultats d’une société n’est pas une tâche très complexe. Les données sont disponibles, il suffit juste de savoir comment les structurer et les interpréter.
Avant de mener une analyse financière, il faut d’abord se poser quelques questions simples : l’entreprise dégage-t-elle un bénéfice ? Ce dernier résulte-il d’un bon niveau d’activité ou d’une forte plus-value réalisée sur la vente d’un actif ? Le résultat obtenu permet-il de faire face aux besoins financiers de l’entreprise ? Le patrimoine de cette dernière est-il financièrement équilibré ? La réponse à ces questions sera apportée par l’analyse du compte de résultats et son rapprochement avec le bilan. Cette analyse doit porter sur plusieurs exercices pour savoir comment les indicateurs les plus révélateurs évoluent dans le temps.
Pour une activité industrielle ou commerciale normale, plusieurs indicateurs sont à observer dans l’analyse des comptes. Le premier est le chiffre d’affaires hors taxe réalisé. Une bonne croissance  de cet indicateur d’un exercice à l’autre permet d’ores et déjà de dire que l’entreprise a passé une bonne année. Mais il faut faire attention car la hausse du chiffre d’affaires ne signifie pas forcément une progression des ventes ou des prestations servies. Il y a en effet le paramètre prix qui peut cacher une stagnation ou une baisse du volume d’activité. Il est donc important de voir, si l’information est disponible, les ventes en quantités et leur évolution d’une année à l’autre. Cette évolution doit par ailleurs être comparée à celle du secteur d’activité de l’entreprise pour être bien appréciée. Par exemple, une progression de 8% des ventes d’une cimenterie par rapport à une augmentation de 10% du marché national du ciment veut dire qu’elle a perdu des parts de marché.
Après le chiffre d’affaires et les ventes, c’est à la valeur ajoutée qu’il faut s’intéresser. Il s’agit de la véritable richesse créée par l’entreprise que l’on obtient en diminuant les achats de marchandises (activités commerciales), de matières et fournitures (activités industrielles) et des autres charges externes (loyers, frais de transport…) du chiffre d’affaires réalisé. Il faut étudier son évolution d’une année à l’autre et la rapporter au chiffre d’affaires pour voir si l’entreprise a créé plus de valeur à partir d’un même niveau d’activité.
La valeur ajoutée diminuée des impôts et taxes et des charges de personnel donne l’excédent brut d’exploitation (EBE), le véritable indicateur de la rentabilité opérationnelle d’une entreprise. A ce niveau, la politique d’amortissement et de provisionnement n’entre pas en compte. L’évolution de l’EBE doit être supérieure à celle du chiffre d’affaires pour qu’une entreprise puisse dire qu’elle a gagné en productivité. D’où l’utilité de rapporter cet excédent au chiffre d’affaires pour obtenir ce qu’on peut appeler «la marge d’exploitation restreinte».
En retranchant les amortissements et les provisions de l’EBE, on obtient le résultat d’exploitation. Son évolution est plus parlante que celle du résultat net car elle renseigne sur la progression de la rentabilité des activités courantes de l’entreprise, hors incidence des opérations financières et des revenus exceptionnels. Le résultat d’exploitation rapporté au chiffre d’affaires donne la marge opérationnelle qui est exprimée en pourcentage. Si la croissance du résultat est plus importante que celle de l’activité, le taux de marge opérationnelle marque une hausse.
Passons maintenant directement au bénéficet net, les résultats financier et non courant sont marginaux si aucun élément exceptionnel de taille  n’au eu lieu durant l’année, tels que la vente d’un actif de valeur ou la réalisation d’une perte de change importante. Plusieurs indicateurs importants peuvent être calculés de ce bénéfice.

Un taux d’endettement élevé est signe de dynamisme quand les taux sont bas

Il y a en premier la marge nette qui est le rapport entre le résultat et le chiffre d’affaires. Ce ratio permet de repérer les anomalies dans la structure de répartition des revenus de l’entreprise. Si par exemple la marge nette baisse d’une année à l’autre malgré une augmentation du bénéfice, c’est parce que cette augmentation est faible par rapport à celle du chiffre d’affaires en raison d’une hausse importante d’une charge donnée. Cet indicateur doit par ailleurs être rapproché au secteur d’activité de l’entreprise. 12% de marge nette dans l’industrie agroalimentaire est par exemple considéré comme un bon niveau, alors qu’il est faible pour un établissement financier.
Il y a aussi la capacité d’autofinancement (CAF) qu’on peut obtenir à partir du résultat net (bénéfice net majoré des dotations aux amortissements et aux provisions à caractère de réserve). Cet indicateur, très important aux yeux des bailleurs de fonds, renseigne sur la capacité de l’entreprise à assumer ses besoins de financement. Il doit lui permettre de rembourser en principal ses crédits et de couvrir une partie de ses besoins d’exploitation ou d’investissement.
La CAF permet également de calculer la capacité d’endettement (dettes financières/ CAF). Ce ratio permet d’estimer en nombre d’années la marge de manœuvre d’une société pour rembourser ses dettes. Si par exemple la capacité d’endettement est de 1, l’entreprise mettra un exercice à rembourser ses crédits sans procéder à de nouveaux emprunts. Si elle est de 3 et plus, c’est un signe de fragilité.
Ce ratio est souvent associé au taux d’endettement, appelé aussi le «Gearing». C’est le rapport entre les dettes à moyen et long terme et les fonds propres. Plus ce rapport est élevé, plus l’entreprise est endettée. Il ne doit généralement pas dépasser les 50%.
Cela dit, ce taux doit tenir compte du niveau des taux d’intérêt sur le marché. Lorsque les taux sont bas, les dirigeants des entreprises  empruntent pour développer leurs activités et bénéficier d’un retour sur investissement supérieur au coût d’emprunt. Un niveau élevé de Gearing dans un contexte de taux bas reflète donc davantage le dynamisme d’une entreprise qu’un endettement excessif.
Enfin, le résultat net permet de calculer la rentabilité des fonds propres (Return on Equity, ROE), indicateur-clé pour les actionnaires et les investisseurs qui arbitrent entre deux placements. C’est le rapport entre le résultat net et les capitaux propres d’une entreprise. Il permet d’obtenir le bénéfice dégagé pour chaque dirham qu’elle a investi. Et là aussi il est important de comparer cette rentabilité et son évolution avec celles du secteur.