Crédit conso : comment tirer profit de cette période de promos

Les sociétés de financement tentent de rattraper la baisse de production enregistrée en début d’année.
Des différences existent en termes de taux et de frais de dossier.
Les compagnies adoptent des politiques spécifiques selon les segments visés.
Banc d’essai : ce que vous payez pour 100 000 DH sur 5 ans.

Vous songez à prendre un crédit personnel sans pouvoir vous décider… C’est le moment de foncer ! Les conditions actuelles du marché du crédit à la consommation sont on ne peut plus favorables pour contracter un prêt. En effet, les deux premiers mois de 2009 n’ont pas été brillants pour les sociétés de financement. En cause, notamment, une demande intérieure qui s’essouffle comme le rapporte d’ailleurs une récente note du Haut commissariat au Plan (HCP).
Il est cependant vrai qu’il faut tenir compte de l’aspect saisonnier, car «au Maroc, les mois de janvier et février pèsent peu dans l’activité annuelle du secteur du crédit à la consommation», relativise Fayçal El Abbassi, directeur marketing de Wafasalaf. Toujours est-il que le taux de croissance de la production de prêts personnels pour ces deux premiers mois,  qui avait grimpé de 15% en 2008 -par rapport à 2007-  a chuté de 5% cette année, selon les statistiques préliminaires de l’Association professionnelle des sociétés de financement (APSF). Un retournement de tendance qui a fortement inquiété les sociétés de crédit à la consommation et donné le coup d’envoi à une course  au recrutement de clientèle. Résultat : depuis quelques semaines, les offres préférentielles se multiplient dans les catalogues de tous les opérateurs.

Avril-mai, traditionnellement une période de soldes
Difficile d’ailleurs d’échapper à leur offensive commerciale tant le battage autour de leurs campagnes promotionnelles est étendu à tous les canaux et supports de communication : Internet, affiches publicitaires, annonces presse, spots télé, SMS, courriers …
Que du bon en tout cas pour le client qui n’a que l’embarras du choix pour se décider entre les différentes offres préférentielles de crédit personnel. Ces solutions justement se suivent et ne se ressemblent pas. Prévisible quand on considère les différences de positionnement qui existent entre l’ensemble des sociétés.
Néanmoins, deux caractéristiques sont communes à toutes les campagnes lancées par les différents opérateurs. D’une part, la promotion sur les crédits à la consommation est limitée dans le temps, ayant pour objectif d’accélérer l’acquistion de clientèle, et/ou de la fidéliser. Comme chaque année, ces campagnes interviennent à partir d’avril et même dès le mois de mars. «Une période qui concorde habituellement avec une reprise de la consommation», explique M. El Abbassi. Elles se prolongent par ailleurs jusqu’à fin mai ou même jusqu’à juin. Suivent les promotions d’été et de départ en vacances. Intervenant habituellement à la mi-juin, celles-ci devraient être avancées cette année au début du mois en raison d’une concordance avec le mois de Ramadan. A cela s’ajoutent d’autres rendez- vous ponctuels telles que les fêtes religieuses ou encore la rentrée.
Autre point commun à toutes les campagnes, leur segmentation. Selon la société visée, les promotions n’intéressent en effet qu’une catégorie de clientèle. Globalement,  trois critères de segmentation sont adoptés. Ceux-ci dépendent du statut professionnel de l’emprunteur (fonctionnaire ou salarié du privé), de son ancienneté (client nouveau ou disposant d’un historique avec la société de financement) ou encore de l’existence d’une convention de crédit liant la société de financement à l’employeur de l’emprunteur.  
S’agissant du premier critère, il est à noter que Wafasalaf et Eqdom se répartissent la quasi-totalité des crédits à la consommation destinés aux fonctionnaires.  Un oligopole prévisible étant donné qu’Eqdom a eu pour vocation, dès sa création, l’octroi de crédits pour l’équipement de ménages incluant des fonctionnaires et que Wafasalaf  met un point d’honneur à être présente sur tous les segments et en force, afin de conforter son leadership sur le marché avec ses 34% de parts. Cela n’empêche pas les autres sociétés de financement de s’intéresser aux fonctionnaires et de leur destiner exclusivement certaines de leurs promotions. Assalaf Chaabi leur réserve par exemple le délai de remboursement le plus élevé du marché, à savoir 84 mois.

Un financement à 9,5% sur 84 mois pour les nouveaux clients d’Acred
Pour ce qui est du critère de l’ancienneté, la politique de Cetelem semble récompenser le plus la fidélité de sa clientèle. En effet, pour un crédit sur 5 ans, la société applique à ses clients habituels un taux de 9% au lieu des 14% que supporte tout nouveau client. Un moyen pour Cetelem de préserver son portefeuille de créances qui passe parmi les plus sains du marché. A l’inverse, Acred fait le choix de chouchouter les nouveaux clients. De fait ils bénéficient d’un taux préférentiel de 9,5% sur leurs prêts courant sur 5 ans, sans compter qu’ils peuvent accéder à la durée de financement la plus élevée sur le marché (84 mois).
Enfin, l’existence d’une convention peut supposer nettement plus d’avantages pour la clientèle. C’est notamment le cas pour  Taslif. En effet, les clients conventionnés de la société peuvent bénéficier d’une durée de remboursement pouvant aller jusqu’à 84 mois sans limite de montant en plus d’un crédit gratuit pour les voyages et de taux préférentiels durant les périodes de grandes consommations. A l’inverse, en l’absence de convention, toute demande de financement supérieure à 15 000 DH est soumise à l’acceptation du comité de crédit de la société, sachant que la durée du prêt ne peut dépasser 36 mois.
 On l’aura constaté, selon les offres promotionnelles, plusieurs leviers sont exploités : les frais de dossier (à l’exemple de Sofac qui garde en règle générale ses taux inchangés mais annule les frais de dossier), le différé de paiement… et surtout les taux. Ceux-ci ne sont plus aussi déterminants pour attirer la clientèle, selon certains professionnels. «Les parts de marché se gagnent aujourd’hui grâce aux meilleurs indicateurs de capacité d’endettement, de proximité ou de rapidité d’octroi», estime Aziz Cherkaoui, directeur général adjoint de Salafin. Ce que revendique justement Wafasalaf. La société va jusqu’à faire de ses «agences fraîchement aménagées», un argument de vente supplémentaire pour ses solutions de crédits.
 Pas si importants les taux ? Peut être bien, surtout qu’«une réduction de taux de 100 points de base concédée par une société de financement se traduit par un gain de tout juste quelques dirhams pour le client», rappelle El Abbasi. Pour autant, le critère taux conserve toujours un impact psychologique, et les sociétés n’ont pas complètement abandonné son exploitation. A l’exemple d’Eqdom qui bâtit son actuelle campagne promotionnelle autour d’un taux choc de 7,5%. Une agressivité que lui dispute Wafasalaf dans ses campagnes les plus offensives, à l’occasion desquelles il arrive à la société d’écraser ses taux jusqu’à 7%.
Cependant, la tendance générale parmi les sociétés de financement reste de ne pas communiquer explicitement sur les taux. La cause, des réductions de taux sont souvent assorties de conditions sévères. Il faut en effet savoir que les taux les plus avantageux (7 à 8%) concernent généralement les maturités les plus courtes. Considérant que la clientèle demeure en majorité demandeuse de durées de remboursement longues (48 à 60 mois), les solutions dites à meilleure taux n’en deviennent alors que des produits d’appel destinés à attirer la clientèle.
Autre point de vigilance s’agissant de taux, il faut raisonner en termes de taux effectif global (TEG). Cette dernière notion renvoie au coût total du prêt sur toute la période de remboursement contractuel en prenant en compte l’ensemble des frais obligatoires liés au financement, à savoir le taux d’intérêt nominal, les frais de dossier et les primes d’assurance. C’est là le seul moyen d’éviter toute mauvaise surprise qui pourrait provenir des frais annexes. Car loin d’être établis selon un mode de calcul uniforme, ces frais varient considérablement d’une société de crédit à l’autre (voir tableau ci-dessus). Il faut noter par ailleurs que les sociétés de financement ont pour seule obligation légale de s’assurer que le TEG qu’elles appliquent ne dépasse pas le taux maximum des intérêts conventionnels (TMIC) -fixé pour la période du 1er avril 2009 au 31 mars 2010 à 14,4%- renchéri tout au plus de 150 DH de frais de dossier. Liberté leur est laissée par la suite de moduler entre les deux composantes du plafond pour ne pas dépasser la limite fixée. Cela induit par exemple qu’un taux nominal de 7% peut donner lieu jusqu’à 1 000 DH de frais !