Crédit conso : banque ou société de financement, que choisir ?

Le coût d’un prêt peut être 10% plus cher chez les sociétés de financement.
Le coût des ressources, des frais généraux et du risque, plus élevé chez les sociétés de crédit, explique cette différence. Pour faire face à  la concurrence, les sociétés de financement rallongent la durée et le montant du prêt.

Les banques et les sociétés de financement se livrent une guerre sans merci dans le segment du crédit à la consommation dans le but d’attirer le plus de clients. Depuis quelques années, en effet, les premières se sont positionnées avec force sur ce marché, qui était pendant longtemps l’exclusivité des sociétés de financement. Et pour cause, les banques se réorientent de plus en plus vers la clientèle particulière, plutôt que vers les entreprises, car elles disposent d’un profil moins risqué dans ce contexte de crise. De plus, les banques veulent s’assurer une marge d’intermédiation confortable, générée non seulement par des emplois à long terme, mais également à court et moyen terme. Résultats : elles ont dépassé les sociétés de financement en terme d’encours de crédit à la consommation. A fin 2012, celui accordé par les banques a atteint 39,6 milliards de DH, en croissance de 9,8% par rapport à 2011. En revanche, il s’est dégradé auprès des sociétés de financement de 8,5% pour s’établir à 29,5 milliards de DH.

Malgré ce contexte qui ne cesse de changer, la situation ne s’améliore pas sensiblement en matière des taux appliqués aux crédits. En effet, que ce soit l’abaissement du taux directeur à 3%, permettant l’allégement du coût de refinancement ou même l’augmentation des injections de liquidités dans le circuit monétaire grâce à la diminution du taux de la réserve obligatoire à 4%, les établissements de crédit n’ont pas revu à la baisse les taux débiteurs. Elles ont au contraire opéré un resserrement des conditions de financement. Ce resserrement concernait auparavant les crédits à long terme, notamment le financement de l’acquisition de logements. Ces derniers temps, il commence à porter aussi sur les prêts personnels.

En tout cas, le marché du crédit à la consommation où banques et sociétés de financement s’imbriquent et se concurrencent mutuellement est devenu tellement vaste avec une multitude d’offres et de promotions également, que le consommateur lambda ne sait plus pour quel produit ou organisme opter afin d’optimiser son financement. A ce titre, quel est le coût de crédit chez les banques et les sociétés de financement ? Les premières sont-elles moins chères ? Quels avantages et limites caractérisent leurs différents produits ?
On peut d’ores et déjà constater à travers les simulations effectuées sur le terrain (voir tableau) que les crédits contractés auprès des banques sont moins chers que ceux proposés par les sociétés de financement. En effet, au moment où ces dernières, à l’instar de Salafin ou de Wafasalaf, proposent un prêt personnel au taux de 12%, les banques, elles, l’accordent à beaucoup moins, au taux de 8,50% pour Attijariwafa bank ou encore de 10,95% pour la Société Générale. BMCE, elle, colle à l’offre de sa filiale Salafin en terme de taux puisqu’elle applique un taux de 12%. Pour le financement automobile, la différence des taux est moins élevée, avec 9% chez Wafasalaf et 8% chez la Société Générale, par exemple.

Du coup, un crédit de 50 000 DH remboursable sur trois ans donne lieu à une échéance mensuelle de 1 800 DH auprès de Wafasalaf et de 1 766 DH auprès de Sofac Crédit, frais d’assurance compris.
Salafin, pour sa part, accorde ce crédit en moyennant une traite de 1 751 DH. Auprès des banques, la mensualité ressort à 1 598 DH auprès d’Attijariwafa bank, 1 716 DH chez la BMCE et 1 661 DH chez la Société Générale. Si l’on ajoute les frais de dossier et d’assurance qui diffèrent d’un établissement de crédit à un autre, le coût du crédit global totalise 57 979 DH chez Attijariwafa bank contre 64 965 DH chez Wafasalaf, soit un différentiel de 10,7%. Si l’on choisit de contracter un crédit auprès de Sofac, on paierait à l’échéance 63 731 DH, soit 5,2% de plus que l’offre de la SG dont le coût final s’établit à 60 436 DH.

La durée du prêt peut aller jusqu’à 10 ans chez les sociétés de financement

Bien que plus chères, les sociétés de financement offrent l’avantage de négocier son prêt sur une durée plus longue. En effet, si les banques limitent la durée du crédit à la consommation à 5 ou 6 ans au maximum, les sociétés de financement, elles, pour faire face à la concurrence des banques, peuvent l’étaler sur une durée allant jusqu’à 10 ans même si le montant demandé n’est pas forcément élevé, ce qui fait baisser sensiblement le montant de la traite mensuelle. D’un autre côté, alors que le montant d’un prêt personnel demandé auprès d’une société de financement peut atteindre jusqu’à 150 000 DH et être accordé sur une simple demande, certaines banques, telles que la Société Générale, exigent une garantie à tout prêt d’une valeur supérieure à 100 000 DH. Ainsi, pour un crédit à la consommation affecté à l’acquisition d’un véhicule neuf, les banques peuvent exiger de barrer la carte grise jusqu’à ce que le client s’acquitte de sa dette. Par contre, un crédit auto contracté auprès d’une société de financement n’est accordé que si le client effectue un apport personnel de 5% au minimum. Chez les banques, aucun apport minimum n’est exigé.

En supposant un prêt destiné à l’acquisition d’une voiture de 200 000 DH, remboursable sur cinq ans avec un apport de 20% (40 000 DH), la mensualité s’élève à 3 835 DH chez Salafin et 3 597 DH chez Wafasalaf. Le même montant demandé auprès des banques donne lieu à une traite de 4 185 DH chez Attijariwafa bank et de 4 132 DH chez la Société Générale, ce qui est à première vue plus cher. Mais, en ajoutant les frais de dossier et d’assurance, on aboutit à la même conclusion que pour un prêt personnel non affecté. Autrement dit, le coût du crédit ressort moins cher auprès des banques. En effet, il s’élève à 257 830 DH chez Wafasalaf, soit 3% de plus en comparaison avec la Société Générale, par exemple. Idem pour Salafin, dont le coût du crédit (275 721 DH) est supérieur de 8,4% que celui d’Attijariwafa bank (252 380 DH).

En fait, cette différence  entre les sociétés de crédit et les banques, notamment en termes de taux, s’explique principalement par le coût de refinancement de ces dernières. Un responsable dans une société de financement explique : «Au moment où le coût des ressources d’une banque est aux alentours de 3%, les sociétés de crédit se refinancent chez les banques à un taux variant de 5% à 6% qui intègre la marge d’intermédiation de ces dernières». Et d’ajouter : «Même si les sociétés de crédit optent pour des émissions de bons de sociétés de financement (BSF) ou pour des emprunts obligataires, le taux ne peut être inférieur à 6%, ce qui constitue déjà 3 points de plus par rapport au coût des ressources d’une banque».

Le niveau des taux débiteurs ne dépend pas seulement du coût de refinancement. «Si l’on additionne au coût des ressources celui des frais généraux de l’ordre de 3% et du coût du risque d’une moyenne de 2,5% (contre seulement 1% pour les banques), le taux devant être appliqué pour l’octroi d’un crédit est à concurrence de 10,5% à 11%», résume ce responsable. Ainsi, «en appliquant seulement un point de plus pour assurer sa marge, la société de crédit se retrouve avec un taux de crédit de 12%». Nette d’impôt, la marge ne totalise que 0,7%.
Par ailleurs, ce responsable accuse la politique tarifaire des banques. Pour lui, «elle est loin d’être logique du fait qu’elle n’intègre pas convenablement le coût du risque. Du coup, ce dernier n’est pas correctement couvert par le taux de crédit appliqué».
En tout cas, avec ce contexte fortement concurrentiel, la part de marché des banques dans le crédit à la consommation atteint actuellement près de 60% contre 40% pour les sociétés de financement, alors qu’elle était de 30% pour les premières contre 70% pour les secondes il y a cinq ans. Notre source prévoit que «dans 10 ans, avec la poursuite de la percée des banques sur ce créneau, la part des banques devrait augmenter à 80%».