Couvrir un concert, un tournoi sportif… Ces assurances atypiques

Les compagnies d’assurance peuvent couvrir des concerts, des marathons, des objets d’art, des tournois de golf…
Les tarifs ne sont pas nécessairement exorbitants. Tout dépend du degré d’exposition au risque.
Un gain d’expérience et un bon couple rentabilité/risque pour les assureurs.

Qu’ont donc en commun le récent concert donné au Maroc par la star américaine Rihanna et les dernières éditions du marathon de Casablanca et du Trophée Hassan II de golf ? Tout simplement un facteur qui a grandement contribué au bon déroulement de ces deux événements : la souscription d’une «assurance atypique». Dites «à risque particulier», «taillées sur mesure» ou «spéciales», ces polices sont aussi utiles que les assurances classiques.
En effet, et en dehors des polices «gadgets» – qui n’ont d’ailleurs pas cours au Maroc -, comme celle contractée par exemple sur les mains du gardien de but madrilène Iker Casillas, pour la bagatelle de 7,5 millions d’euros, ou celle prise sur les poils du torse de Tom Jones, pour un montant de 7 millions de dollars, «les contrats atypiques sont là pour répondre à un besoin réel», explicite Ramses Arroub, PDG de Wafa Assurance.
Quels sont les risques que ces assurances peuvent couvrir ? Comment sont-elles négociées ? A quel prix ?
Le 12 juillet dernier était, comme on l’a vu, organisé un concert de Rihanna à Casablanca. Un seul lieu se prêtait à l’organisation de l’événement, pour lequel un public nombreux était attendu : le complexe Mohammed V. Problème : la pelouse du stade venait d’être refaite et risquait d’être abîmée par les milliers de spectateurs qui allaient affluer pour le concert. La mairie de Casablanca a donc exigé des organisateurs qu’ils souscrivent une assurance contre le risque de dégâts sur la pelouse.
Un risque tout aussi atypique a dû être couvert lors de la dernière édition du Trophée Hassan II de golf. Il ne s’agissait pas, cette fois, de se prémunir contre les risques de dégradation de la pelouse, mais de faire face à la chance des compétiteurs. Lors du tournoi, réussir un hole-in-one (coup gagnant consistant à faire entrer la balle dans le trou d’un seul coup) est récompensé par le versement d’une prime spéciale. Celle-ci est donc couverte par une assurance qui joue à la survenance de tout hole-in-one.

Une assurance pour les voyageurs plaisanciers
Dans le même registre sportif, le marathon de Casablanca, qui a été couvert par une police sur-mesure. Le souci des organisateurs était dans ce cas de se prémunir contre un dommage causé à autrui. En effet, avec un parcours de 42 kilomètres, le risque de défaillance physique est réel. Et pour pousser l’esprit du sur-mesure jusqu’au bout, tous les participants ont bénéficié d’une couverture médicale incluant l’administration des premiers secours en cas de nécessité.
En fait, ce sont surtout les événements dépassant le cadre national qui réclament des assurances sur mesure. «Nous sommes consultés à chaque fois qu’il y a un lien avec l’international», témoigne un courtier en assurance. Cela a été notamment le cas à l’occasion de la candidature du Maroc à la Coupe du monde, qui a dû être présentée avec son programme d’assurance. Il en est de même pour le Festival international du film de Marrakech.
Tout en demeurant atypiques, certains produits nécessitent des couvertures plus récurrentes. C’est particulièrement le cas des toiles de maître qui peuvent être assurées «tous risques» ou contre des risques spécifiques tels le vol ou la dégradation.
Habituellement souscrite par des particuliers, cette assurance peut aussi intéresser les entreprises, à l’image du groupe Attijariwafa bank qui a confié à sa filiale spécialisée dans l’assurance la tâche de concocter un contrat sur-mesure couvrant l’ensemble de sa collection privée de tableaux, conservée au siège social de la banque.
Une autre demande appelée à devenir de plus en plus récurrente porte sur une clientèle de voyageurs plaisanciers. En escale au Maroc, ces derniers sont confrontés, dans les ports, à un certain nombre d’aléas, d’où une volonté de se protéger eux-mêmes tout autant que leurs biens (bateaux, jet-ski…).
Il est clair qu’avec une clientèle de 300 000 plaisanciers de passage au Maroc annuellement, il y a du travail pour les compagnies d’assurance. Et ce n’est pas un hasard si Wafa Assurance est d’ores et déjà en discussion avec un spécialiste international de l’assurance aux plaisanciers pour monter une prestation dédiée.
Mais, si certains produits sont bien positionnés pour prendre leur envol, d’autres tardent à décoller. C’est notamment le cas de l’assurance défection des dirigeants d’entreprises. «En dépit des dispositions de la loi sur la SA, lourdes de responsabilités pour les mandataires sociaux, cette cible n’assure toujours pas sa responsabilité civile», relate un courtier.
Est-ce une question de coût ? Pourtant, qui dit assurance atypique ne dit pas nécessairement primes prohibitives. En réalité, comme pour toute assurance, les coûts facturés dépendent surtout du degré d’exposition au risque. La prime appliquée pour assurer un concert ne durant que quelques heures, ou un événement sportif ne dépassant pas un jour, reste donc relativement modique : «Quelques dizaines voire quelques centaines de milliers de dirhams», fait savoir un assureur.

Les risques sont souvent réassurés à l’international
Quel intérêt y trouvent les compagnies ? Certains assureurs considèrent ces prestations spéciales comme des expériences pour approfondir leur savoir-faire. En outre, les assureurs locaux interviennent dans la plupart des cas pour une quote-part minime, l’essentiel du risque étant couvert par le marché international de la réassurance. «En fait, ce genre de risque est réassuré presque à 100% sur le marché international», informe un agent général, et les compagnies locales sont peu – ou pas – engagées. C’est pourquoi elles s’intéressent à ces prestations.