Couverture des risques : de bons outils mal connus

Seules trois
banques offrent
des produits
dérivés à  leurs
clients.


Les sociétés
connaissent mal le
mécanisme et son
utilité.

Contrats à 
terme, options,
Swaps…, comment
se retrouver dans
des produits
complexes de
prime abord.

Nombreuses sont les entreprises importatrices et exportatrices de biens et services qui n’ont pas la maà®trise des risques de change.Dès lors qu’une transaction est libellée en devises ou porte sur unematière première dont le cours est coté sur des marchés internationaux, les responsables financiers peuvent se retrouver désarmés quand le cours de la matière première et de la devise en question évoluent défavorablement. Les exemples nemanquent pas : il n’y a qu’à  voir l’évolution du cours de la ferraille, de la billette d’aluminium, de la poudre de lait, du dollar et de tant d’autres sous-jacents, qui a impacté defortement les résultats de certaines sociétés au cours des dernières années, à  l’instar de Managem, Centrale Laitière etAluminiumduMaroc, pour ne citer que celles-là .

Coût et complexité, deux freins au développement des produits de couverture

Or, depuis 2004, la réglementationmarocaine permet aux banques d’offrir à  leurs clients des solutions de couverture contre les risques de change et de fluctuation des matières premières et des taux. Il s’agit de ce qu’on appelle les «produits financiers dérivés», tels que les contrats à  terme, les options et les Swaps.Mais, à  ce jour, trois banques seulement commercialisent ces produits, à  savoirAttijariwafa bank,BMCE Bank et la BCP, d’o๠le faible développement de ces instruments.

Le Crédit duMaroc compte lancer ces solutions de couverture prochainement, en commençant par le change et les produits de taux.Mais en dehors du nombre encore restreint des banques qui offrent ce genre de solutions, il faut ajouter que les entreprises, de leur côté, ne sont pas nombreuses à  vouloir y recourir, pour deux raisons essentiellement. «La volonté et la capacité d’utiliser les produits de couverture dépendent étroitement de la qualité et de la compétence des dirigeants,à  savoir les trésoriers, les directeurs financiers et les directeurs généraux et ce, qu’il s’agisse d’une grande entreprise ou d’une PME», explique un trader dans la salle des marchés du Crédit duMaroc.En effet, nombre de responsables, n’ayant aucune connaissance desmécanismes de ces produits et trouvant leur fonctionnement complexe et compliqué, préfèrent ne pas s’y aventurer et continuent donc d’acheter et de vendre leurs devises et matières premières sans aucune gestion prévisionnelle.

L’autre raison du faible recours à  ces produits réside dans leur coût.Les dirigeants considèrent souvent le tarif à  payer comme «une charge inutile qui va peser sur le résultat financier», plutôt que comme une «prime d’assurance qui leur permettra de se couvrir en cas d’évolution défavorable des cours». Ceci étant, grâce aux efforts de vulgarisation et de sensibilisation que fournissent les responsables des salles de marchés, le nombre des entreprises qui utilisent les solutions de couverture est en hausse d’une année à  l’autre. «En 2006,150 sociétés ont commencé à  se couvrir contre les risques liés à  leurs activités en utilisant les produits que nous offrons », déclare un trader de la salle des marchés d’Attijariwafa bank.

Contrats à  terme, sécurité mais risque d’opportunité

Quelles sont en fait les solutions de couverture autorisées par la réglementationmarocaine et offertes par les banques de la place ? Quelle est leur fonctionnement, leur utilité et leur coût ?Quels sont leurs avantages et inconvénients ?

Le produit dérivé de couverture le plus utilisé auMaroc est le contrat à  terme d’achat ou de vente de defortement vises. Il s’agit d’un engagement de change portant sur unmontant donné de devises (toutes les devises cotées par Bank Al-Maghrib), avec un cours fixé à  l’avance et pour une échéance future déterminée. C’est un outil de couverture adapté en cas d’anticipation d’une évolution défavorable des cours, qui permet à  l’entreprise de maà®triser son coût de revient dans le cas de l’export et son prix de vente dans le cas de l’import et ce, pour maintenir sa marge bénéficiaire intacte. Il présente l’avantage d’être flexible, puisque l’entreprise peut l’exécuter par anticipation ou le proroger, et permet de ne rien décaisser au début de l’opération.Cependant, le produit présente un inconvénient de taille qui est le «risque d’opportunité». En effet, s’agissant d’un engagement ferme, le contrat de change à  terme ne permet pas de bénéficier d’une évolution favorable des cours.Considérons, à  titre d’exemple, un importateur qui doit acheter des dollars dans trois mois et qui souhaite se prémunir contre une hausse du dollar. Il décide alors d’opter pour un contrat de change à  terme avec les caractéristiques suivantes : échéance de 3 mois, cours spot du dollar de 9,1400 dirhams, cours à  terme du dollar à  9,1054 dirhams (ce cours de change à  terme est fixé en fonction de la maturité, du cours spot et du différentiel de taux de placement entre le dollar et le dirham). Après trois mois, si le dollar cote par exemple 9,1800 dirhams, l’importateur est totalement protégé et achète la devise à  9,1054 dirhams. Si, en revanche, le dollar cote à  un niveau inférieur au cours fixé (8,9000 dirhams par exemple), le client ne profitera pas de la baisse et achètera le dollar à  9,1054 dirhams.

Les options constituent la meilleure couverture

Pour pallier cet inconvénient, un autre instrument a été créé : les «options». Ces dernières confèrent à  leur acheteur le droit, et non l’obligation, d’acheter ou de vendre, à  une échéance donnée, un montant déterminé de devises à  un cours fixé à  l’avance.L’option permet donc, tel un contrat d’assurance, de mettre l’entreprise à  l’abri des fluctuations défavorables à  venir, tout en lui permettant de profiter des fluctuations favorables (option d’achat, couverture contre la hausse des devises avec possibilité de bénéficier d’une baisse pour l’import, et option de vente avec possibilité de bénéficier d’une hausse dans le cas de l’export). Seul inconvénient des options : le niveau parfois élevé de la prime. Prenons l’exemple d’un importateur qui doit acheter des dollars dans un mois. Il craint une hausse de la devisemais souhaite bénéficier d’une baisse éventuelle. Il contracte alors une option d’achat, appelée également Call (Put pour l’option de vente) avec les caractéristiques suivantes : prix d’exercice du dollar de 9,0125 dirhams, échéance d’unmois, prime de 1,10% du montant de la transaction. A la date d’expiration de l’option, si le dollar cote 9,9000 dirhams, il exerce l’option au prix fixé. Le niveau d’achat est donc égal à  9,0125 dirhams majoré de la prime, soit 9,1116 dirhams. Si, en revanche, le dollar cote à  8,3550 dirhams, par exemple, il abandonne l’option et achète le dollar au comptant.Le cours net d’achat est donc de 8,3550 dirhams majoré de la prime, soit 8,4541 dirhams.

Il faut savoir qu’avant la date d’expiration de l’option, vous pouvez l’abandonner pour un contrat de change à  terme ou une autre option si vous voulez «capter» une évolution favorable intermédiaire, ou la vendre à  tout moment aux nouvelles conditions du marché. Il existe par ailleurs plusieurs types d’options, dont le mécanisme est le même, mais dont les caractéristiques sont différentes, telles que l’option dite «participative » ou celle dite «à  moyenne», qui ne font profiter l’entreprise que d’un pourcentage de l’évolution favorable, en contrepartie d’une prime moins importante.

Les options peuvent être utilisées pour des sous-jacents autres que les devises, tels que les matières premières (blé, maà¯s,métaux, pétroleÂ…) et les produits de taux (fixer un seuil maximal en cas de taux d’intérêt variable).

Le troisième produit de couverture offert par les salles des marchés marocaines est le Swap.Utilisé pour les matières premières et les dettes (produits de taux), il permet, pour le premier type de sousjacents, de figer le prix de la matière pour un volume donné sur une période déterminée afin de compenser la hausse des prix par les gains réalisés sur le Swap. D’un autre côté, l’outil permet de convertir une dette en devises à  taux variable en une dette en devises à  taux fixe et vice versa, l’objectif étant de se prémunir contre une hausse, quand le taux est variable, et de profiter d’une baisse, quand le taux est fixe, sans avoir à  renégocier la dette.Cela dit, les Swaps présentent le même inconvénient que les contrats à  terme, dans lamesure o๠ils n’offrent pas la possibilité de profiter d’une évolution favorable des cours et des taux d’intérêt.