Comptes sur carnet : attention aux dates de valeur

On peut supporter des intérêts débiteurs ou être carrément dans le rouge à  cause de ces dates de valeur. Le taux débiteur est équivalent à  celui des découverts, soit 12% HT en moyenne. Privilégiez les versements en fin de quinzaine et les retraits en début de quinzaine de chaque mois.

Avec près de 120 milliards de DH d’encours, le compte sur carnet est sans doute l’un des placements préférés des Marocains. Assimilé à un compte à vue, ce produit présente l’avantage de la sécurité et de la disponibilité immédiate de l’épargne. Sa rémunération est sûre et suit même une tendance haussière depuis quelques années, suite à la hausse des taux des bons de Trésor sur lesquels elle est indexée. Elle se situe actuellement à 3,74%, ce qui dépasse le taux moyen offert par les DAT sur six mois (3,57% à fin octobre).

Le compte sur carnet est destiné à toute personne physique âgée de plus de 18 ans et aux enfants mineurs, avec autorisation des parents ou de leur tuteur légal et ce, sans restriction en termes de montant plancher à déposer, contrairement aux comptes à terme. Ces derniers ne sont ouverts qu’à partir d’un certain montant décidé par la banque, qui peut aller de 10000 DH à 100000 DH en fonction de ses besoins de liquidité. Sauf que le solde maximal d’un compte sur carnet est limité à 400 000 DH (voir encadré).

Cela dit, du fait de sa liquidité et de l’absence de pénalités en cas de retrait, certains épargnants peuvent procéder à des versements ou des retraits sans tenir compte de l’incidence que cela pourrait avoir sur la situation de leur compte ou, de manière générale, sur leur trésorerie quotidienne. Or, il y a une période idéale pendant laquelle il faut verser et une autre pendant laquelle on peut retirer. Les conseillers commerciaux au sein des agences bancaires n’expliquent pas forcément cela à leur clientèle, pour une raison ou une autre. En tout cas, il y a un ensemble de précautions à prendre pour mieux gérer son compte sur carnet et ses liquidités de manière générale.

Il faut d’abord savoir que les intérêts d’un compte sur carnet sont calculés à une fréquence trimestrielle. Ces intérêts sont cumulables, dans la mesure où ils produiront également des intérêts une fois additionnés à l’épargne.

Ensuite, il faut faire attention aux dates de valeur. C’est-à-dire les dates à partir desquelles les opérations de retrait et de versement sont prises en compte pour le calcul des intérêts. En fait, il s’agit de respecter la règle de la quinzaine. Par exemple, une somme versée le 7e jour du mois n’est comptabilisée qu’à compter du 15 du même mois. De même, un versement effectué le 18 ne commencera à produire des intérêts qu’à partir du 1er du mois suivant. Inversement, une opération de retrait effectuée le 10 est comptabilisée comme étant faite le 1er du même mois.

Ainsi, il ne sert à rien de verser de l’argent en début de quinzaine car aucun intérêt ne sera calculé sur ce versement avant le 15 ou le 30 du mois. Mieux vaut donc le garder en liquide ou sur son compte chèque pour combler d’éventuels besoins. Aussi, il n’y a aucun intérêt à attendre avant de retirer son argent en cas de besoin. Effectuer le retrait le 1er ou le 14 du mois revient au même. Prenons l’exemple d’un client disposant de 100 000 DH sur un compte sur carnet au début du mois de janvier et ayant versé en date du 5 février une somme de 5000 DH. Comme l’opération de versement ne sera prise en compte que le 15 février, les intérêts du 1er trimestre seront calculés comme suit: 100 000 DH sur 3 mois au taux de 3,74%, et 5000 DH sur un mois et demi au même taux. Si cette personne a retiré au lieu de verser 5 000 DH à la même date, l’épargne sera calculée comme suit: 100000 DH sur 1 mois au taux de 3,74%, et 95 000 DH sur deux mois au même taux.

Une retenue à la source de 30% sur les intérêts

Au-delà de l’optimisation de sa trésorerie, il faut faire attention aux intérêts débiteurs qui peuvent grever l’épargne en cas de non-maîtrise des dates de valeur. On peut même trouver des comptes sur carnet dans le rouge à cause de ces dates de valeur. Si par exemple un versement de 100 000 DH est effectué le 2 janvier, il ne sera comptabilisé que le 15 du même mois. Si on retire cette somme trois jours après, soit le 5 janvier, l’opération sera comptabilisée au 1er du mois. Dans ce cas, la banque considère que le client a retiré une somme d’argent dont il ne dispose pas encore puisqu’elle n’a pas encore été inscrite dans la comptabilité du système bancaire. Du coup, elle applique un taux débiteur équivalent au taux du découvert bancaire qui est de 12% HT en moyenne. Ainsi, sur les 15 premiers jours du mois, le client devra supporter un peu plus de 500 DH au titre des intérêts débiteurs.

Mis à part le mode de calcul des intérêts, il faut savoir qu’un compte sur carnet est frappé d’une taxe sur le produit des placements à revenu fixe (TPPRF) retenue à la source, de 30% pour les personnes physiques résidentes et de 20% pour les MRE. Du reste, le compte ne génère aucun frais, ni à l’ouverture ni périodiquement. La seule charge que peut supporter l’épargnant est relative à la carte de retrait dont le coût varie, en fonction des banques, de 50 DH à 100 DH annuellement.