Communication financière : les opérateurs très discrets sur les indicateurs du 2e trimestre

A une semaine de la date limite, plus de 70% des entreprises cotées n’avaient pas encore publié leurs comptes trimestriels. Quelques grands comptes essaient d’être plus respectueux de la loi. Les comptes semestriels permettront d’avoir une vue plus claire des finances des entreprises cotées.

La communication financière continue de consacrer la discrétion au plus haut degré ! A l’occasion des publications du deuxième trimestre (T2) – désormais devenu obligatoire pour les sociétés cotées-, la majorité des opérateurs ont été très avares en données pouvant renseigner véritablement le marché sur leur situation financière. Une source bien informée au sein de l’Autorité marocaine des marchés de capitaux (AMMC) confie à La Vie éco que le marché continue clairement de faire de la rétention. «Le manque de profondeur des données partagées par les opérateurs, qui concernent sommairement les postes de chiffre d’affaires, d’endettement et de l’investissement, ne permettent pas à eux seuls de jauger de la santé financière d’un point de vue général», explique-t-elle. Le responsable consolidation d’une grande multinationale ajoute que la pratique veut que les opérateurs qui sont tenus légalement de publier leurs comptes se limitent au strict minimum exigé, ce que l’on voit aujourd’hui avec la nouvelle obligation de publier les comptes trimestriels à partir du deuxième trimestre. «Très peu de structures détaillent leurs indicateurs et partagent des données pertinentes de nature à informer les partenaires sur l’image réelle de l’entreprise», relève-t-il.

Un expert-comptable qui assure le commissariat aux comptes de grands établissements ajoute que cette réticence à communiquer financièrement est également visible dans le timing des publications. Il relève que la majorité des sociétés ont attendu les deux derniers jours de la date limite prévue (31 août) pour publier les comptes. Cette année, à une semaine de la date limite, plus de 70% des entreprises cotées n’avaient pas encore publié leurs comptes trimestriels, sachant que les sociétés cotées ont deux mois après la fin de chaque trimestre pour publier leurs indicateurs d’activité. «Le retard est devenu normal quand il s’agit de divulguer ses indicateurs financiers, et se fait à contre cœur», commente un cadre financier.

Cela dit, force est de constater que ce sont surtout les petites et moyennes structures et capitalisations (small et mid cap pour ceux qui sont cotés) qui communiquent le moins d’indicateurs au marché. «Les grandes structures, obligées de par l’étendue de leurs activités et le devoir d’exemplarité qu’elles doivent véhiculer, se plient progressivement à l’impératif d’informer de manière très détaillée leurs partenaires», se félicite notre source de l’AMMC. «Il suffit de voir le volume des annexes et des états qui sont joints à leurs bilans et comptes de résultats», ajoute le DGA pôle finance d’une banque française. Plusieurs grands groupes sont rodés à la publication trimestrielle du fait qu’ils sont cotés sur d’autres places financières ou ont des actionnaires qui exigent une interaction continue avec l’entreprise. D’ailleurs, l’un des objectifs du passage aux publications trimestrielles est justement d’augmenter les moments de rencontre entre les entreprises et la communauté des investisseurs. Cela participe aussi au renforcement de la crédibilité.

Augmenter les moments d’interaction entre l’entreprise et les investisseurs

Toutefois, certaines voix du secteur bancaire s’élèvent contre les délais imposées par l’Autorité des marchés. En effet, les dates de publication sont moins espacés que celles exigées par Bank Al-Maghrib, ce qui leur occasionne un lourd travail de réaménagements et de réécritures dans les reporting.
Face à cette configuration des choses, il faudra donc temporiser pour voir la publication des comptes semestriels qui se fera avant fin septembre pour avoir une vue plus claire des finances des entreprises, notamment les émettrices.