Communication financière : le web encore peu utilisé

14 sociétés sur les 75 de la cote disposent d’un site sans espace financier, et 16 autres ne mettent pas à  jour leurs informations. Le projet de loi n°17-95, adopté fin mai, oblige les sociétés faisant appel public à  l’épargne d’assurer une communication financière en ligne.

La publication par les sociétés faisant appel public à l’épargne de leurs informations financières sur le web n’a jusqu’à présent fait l’objet que de recommandations de la part de l’autorité de régulation. Résultat : nombre d’entre elles ne diffusent pas ces informations sur leurs portails. Cette situation ne va pas tarder à changer puisque la communication financière en ligne deviendra obligatoire. En effet, le projet de loi n°78-12 venant modifier et compléter la loi n°17-95 relative aux sociétés anonymes, adopté en conseil du gouvernement fin mai, exige des sociétés dont les valeurs sont inscrites à la Bourse des valeurs, non seulement de disposer d’un site web mais également d’y publier l’ensemble des informations financières les concernant. L’objectif est d’apporter davantage de visibilité tant aux investisseurs qualifiés qu’au grand public et d’améliorer la transparence de ces sociétés. De plus, il s’agit des meilleures pratiques internationales en matière de disponibilité de l’information.

Selon le projet de loi, la communication financière en ligne des sociétés cotées doit inclure tout d’abord l’avis du comité d’audit chargé du suivi des questions relatives à l’élaboration et au contrôle des informations comptables et financières. Ensuite, le nombre total des droits de vote existant et le nombre d’actions composant le capital de la société à la date de la publication dudit avis doivent également être mentionnés. En outre, l’ensemble des documents destinés à être présentés à l’assemblée dont les états de synthèse, le texte des projets de résolutions, les formulaires de vote par correspondance ou par procuration doivent être publiés sur le web. Enfin, le projet de loi précise que la société devra indiquer sur son site les lieux et conditions dans lesquels ces formulaires pourraient être obtenus si ces mêmes documents ne peuvent être accessibles sur son site.

Notons que toutes ces publications doivent être rendues publiques via le portail pendant une période ininterrompue commençant au plus tard le 21e jour précédant l’assemblée. Les résultats du vote doivent être publiés dans un délai qui ne dépasse pas 15 jours suivant la tenue de l’assemblée générale.
Une fois cette loi publiée au BO, les sociétés cotées devront obligatoirement se conformer à ses exigences. Actuellement, sur les 75 sociétés de la cote, trois ne possèdent même pas de sites web à l’instar d’Afric Industries, Balima et Rebab Company ; trois autres disposent d’un site en cours de construction, à savoir Aluminium du Maroc, Fertima et Taslif ; et trois autres ont un site inaccessible (SCE, Eqdom et Promopharm). Cela ne veut pas dire que toutes les autres sociétés qui disposent de sites web les mettent régulièrement à jour, ou prévoient une rubrique dédiée à l’information financière. Seules les sociétés cotées de grande taille offrent une information régulière. En effet, ce ne sont que 23 sociétés (soit 31% de la cote) qui prévoient une rubrique dédiée à l’information des investisseurs comprenant les états de synthèse à jour, les présentations faites à la communauté financière, les rapports annuels et les communiqués de presse. Il s’agit notamment de Maroc Telecom, des banques, des promoteurs immobiliers, des sociétés minières, des compagnies d’assurance et de certaines sociétés du secteur agroalimentaire. Il y a lieu de noter que certaines sociétés cotées à l’instar d’Attijariwafa bank proposent même une version arabe de toutes ces informations.

Du reste, 16 émetteurs de la place disposent d’un site web où figurent l’essentiel de l’information financière, mais qui n’est pas actualisée. On peut citer à titre d’exemple Colorado, la SNEP, SRM, Stokvis…

Le rang des mauvais élèves est, lui, constitué des sociétés qui disposent d’un site web mais sans espace financier. Au nombre de 14, soit 18% de la cote, à l’instar de Nexans, S2M, Sothema, Stroc Industries…

Le reste est réparti entre celles qui ne publient que des chiffres clés telles que Maghrebail et Mediaco, celles qui ne mettent en ligne que les états de synthèse comme Maroc leasing et Timar ou encore celles qui choisissent de publier seulement les rapports annuels, allusion faite à Auto Hall.
Notons que le CDVM suit minutieusement l’état des publications des sociétés faisant appel public à l’épargne. D’ailleurs, dans sa circulaire codifiée, il recommande aux émetteurs de disposer d’une rubrique dédiée aux investisseurs où devraient être mis en ligne en plus des publications financières, les communiqués de presse, les présentations des résultats aux analystes et à la presse, les rapports annuels et toute information utile aux actionnaires. Suivant ces critères, le régulateur a conclu au terme des publications des informations financières relatives à l’exercice 2011 que le nombre d’émetteurs ne disposant pas de site web s’élève à 15 sur un total de 99. En outre, 56% ont un site web avec une rubrique dédiée à l’information financière mise à jour, 20% n’en disposent pas et 9% des sites sont en construction ou non accessibles.