Comment faire fructifier son patrimoine sans s’en occuper

Procuration, délégation de pouvoir, contrat de gestion, diverses
possibilités existent.
Il est plus facile de trouver des gestionnaires pour le patrimoine immobilier
que pour l’épargne financière.
Confier son patrimoine à un membre de la famille ? Pratique mais risqué.

Bien gérer son argent nécessite un certain niveau de compétence, un emploi du temps plus ou moins flexible et un suivi des plus réguliers. Plus la fortune est importante, plus elle est investie dans des produits de placement diversifiés et plus l’épargnant peut avoir du mal à s’en sortir. Si l’on prend en considération uniquement les filons modernes et plus ou moins organisés de l’épargne (Bourse, marché obligataire, marché monétaire, immobilier…), on se rend compte que gérer son patrimoine n’est pas forcément une sinécure, surtout si l’on veut appliquer des méthodes de gestion plutôt actives. Entre le suivi d’une séance boursière, la compréhension des mécanismes du marché obligataire et monétaire, la gestion du patrimoine immobilier, l’établissement de la déclaration fiscale… être épargnant, peut se transformer rapidement en un emploi à plein temps.
Ce n’est pas non plus une sinécure pour un épargnant qui a du temps à consacrer à sa fortune. La complexité des mécanismes et la diversité des instruments d’épargne forcent certaines personnes à se cantonner dans une gestion passive de leur patrimoine, avec tout ce que cela peut engendrer comme manque à gagner, voire, dans certains cas, comme pertes de capital.
L’épargnant doit-il pour autant se faire une raison et se résigner à gérer approximativement son patrimoine ?

Des professionnels de la gestion patrimoniale

L’out-sourcing est un concept qui a fait ses preuves dans les entreprises. Déléguer à un spécialiste les tâches les plus complexes a permis à beaucoup d’entre-elles de se développer en se concentrant sur leur métier de base. Sous d’autres cieux, ce concept n’est pas resté l’apanage des entreprises et a rapidement été adapté aux particuliers. Les spécialistes de la gestion de patrimoine s’adressent aux épargnants pour leur proposer des solutions en vue de faire fructifier leurs fortunes et gérer leur patrimoine dans le cadre d’un contrat ou d’un mandat de gestion.
Au Maroc, ce métier vient à peine de faire son apparition. Certaines banques ont effectivement mis en place des structures dédiées à la gestion de patrimoine, qui s’adressent le plus souvent à une clientèle VIP (BMCE Bank, Wafabank, BMCI…). L’idée étant d’offrir à une clientèle privilégiée une gestion patrimoniale personnalisée. Les équipes de gestion sont plutôt étoffées et font souvent appel, en cas de besoin, à des compétences pointues (fiscalistes, conseillers juridiques, analystes financiers…). En effet, il s’agit de structures multidisciplinaires qui sont à même de prodiquer des conseil dans plusieurs domaines relatifs a la gestion patrimoniale. Les conseillers en gestion de patrimoine s’occupent, dans un premier temps, de dresser le profil d’investisseur du client à travers un questionnaire qui permettra de déterminer, de manière rigoureuse, son profil de risque et l’horizon de placement optimal. Une fois cette première étape achevée, les équipes de gestion se penchent sur une analyse minutieuse du patrimoine de leur client. En fonction du mandat de gestion déléguée établi entre le client et son gestionnaire de patrimoine, il est possible de confier en gestion tout ou partie de sa fortune. La banque s’occupe ainsi de faire fructifier l’épargne de son client en opérant les investissements, les ventes et les achats nécessaires.
Le plus souvent, le mandat de gestion concerne uniquement l’épargne financière du client. Le gestionnaire de compte a en principe toute latitude pour initier des transactions, passer des ordres d’achat ou de vente en Bourse, souscrire ou racheter les parts d’OPCVM (organisme de placement collectif en valeurs mobilières) au nom et pour le compte de son client. Ce dernier peut en outre demander à être consulté pour les transactions les plus importantes.

La rémunération se fait sur la base de l’actif donné en gestion

Bien évidemment, un système de reporting régulier est mis en place entre la banque et son client afin de le tenir informé de manière permanente de l’évolution de son patrimoine. Les conseillers en gestion de patrimoine s’appuient également sur une équipe pluridisciplinaire pour apporter un support technique à leur client pour les opérations non financières tout comme pour l’aspect fiscal. Si ce genre de structure ne s’occupe pas directement des investissements immobiliers, elles sont par exemple en mesure de dépêcher des conseillers, des experts ou autres profils pointus afin d’accompagner et d’assister leurs clients, ceux qu’ils appellent les «patrimoniaux», dans leurs démarches.
Confier son patrimoine à un professionnel a un coût. Les banques qui offrent ce genre de service prélèvent périodiquement des frais de gestion calculés sur la base de l’actif net confié en gestion. Les requêtes spécifiques sont également facturées en sus.
Malheureusement, les structures existant au Maroc s’adressent aux plus fortunés des épargnants. Seuls ceux qui disposent d’un portefeuille de plusieurs millions de dirhams intéressent les équipes de gestion de ces banques.

Les propriétaires s’adressent aux agences immobilières

Une discrimination qui n’est pas pratiquée dans le domaine de l’immobilier oùla gestion déléguée est courante et ce pour des raisons historiques. Beaucoup de propriétaires immobiliers s’adressent à des agences pour leur confier la gestion d’un bien. L’intervention de l’agence peut aller de la simple collecte des loyers à la gestion proprement dite du bien immobilier, avec tout ce que cela peut induire comme frais d’entretien, recherche de locataire, conclusion de contrats de bail… La prestation de l’agence est bien évidemment facturée en fonction des services offerts.
A Marrakech, par exemple, certaines agences immobilières se sont spécialisées dans ce filon. «Depuis que les Casablancais et les étrangers investissent dans la pierre à Marrakech, j’en ai quasiment fait mon métier » explique Ali, un agent immobilier dans la ville ocre. « Je recherche des propriétaires de maisons ou villas qui ne passent que quelques semaines par an à Marrakech, et leur propose de m’occuper de leur propriété et m’engage parfois, en fonction du standing de l’habitation, à trouver un locataire pour 50 % à 80 % du temps durant lequel la maison reste inoccupée. Les propriétaires peuvent ainsi espérer rentabiliser au maximum leur investissement tout en gardant une liberté quasi-totale de venir y passer du temps, puisque la majorité des locations se fait sur des périodes courtes». Il est clair que c’est la société immobilière qui se charge de l’entretien et des démarches commerciales pour trouver des locataires.
Il est également possible de confier à une personne de confiance la gestion de son patrimoine. L’idée étant de faire appel à une personne capable de mieux gérer vos intérêts. Cela peut se faire dans le cadre d’une procuration, d’une délégation de pouvoir ou carrément dans le cadre d’un contrat de gestion de patrimoine. «Jusqu’à aujourd’hui, je n’ai jamais eu affaire à ce genre de contrat», confie Me Saida Chraïbi, notaire à Casablanca. «Le plus souvent, la gestion de patrimoine se fait dans le cadre d’une procuration ou d’une délégation de pouvoirs dans le cercle familial ».
Et pourtant, c’est le contrat de gestion qui préserve le plus l’intérêt de l’épargnant. Contrairement au mandataire, le gérant de patrimoine est responsable de ses actes et doit rendre compte en cas de mauvaise gestion.
« Le plus souvent, c’est pour la gestion de biens immobiliers que certaines personnes, principalement des Marocains résidents à l’étranger, s’adressent à leurs proches», nous confie notre notaire. Les gens sont en effet plus timorés lorsqu’il s’agit de permettre à une personne de gérer un patrimoine financier.
En France, les épargnants font souvent appel aux services des notaires qui sont habilités à gérer un patrimoine pour le compte de leurs clients. « Au Maroc, il nous est strictement interdit de gérer un patrimoine. Pourtant, cela pourrait constituer une alternative intéressante pour certaines personnes, les mineurs, les non-émancipés, ou pour certaines familles en cas d’héritage » explique Me Chraïbi.
On ne peut pas vraiment dire aujourd’hui que l’épargnant marocain dispose de solutions concrètes pour confier la gestion de son patrimoine à un spécialiste. « Il faut déjà développer la notion de conseil, avant de pouvoir espérer qu’un client nous confie la gestion de ses biens», explique cette conseillère d’une banque d’affaires de la place, qui traite exclusivement avec des particuliers. Un raisonnement simpliste veut que la gestion patrimoniale déléguée ne soit qu’une forme très poussée du conseil… Combien de structures proposent véritablement du conseil pour les particuliers? Combien de particuliers s’adressent à des structures de conseil ? Ce n’est pas demain que la gestion déléguée sera à la mode !