Comment acheter et vendre en Bourse quand on est néophyte

Il existe deux types d’ordres au Maroc : «au prix du marché» et «à prix limité».
La liquidité et la volatilité de l’action à acheter ou à vendre déterminent la pertinence du choix de l’ordre.
Avantages, inconvénients et conseils pour passer vos ordres en connaissance de cause.

Alors que l’opération d’introduction en Bourse de Maroc Telecom vient d’être achevée, vous êtes une centaine de milliers de nouveaux épargnants à faire vos premiers pas à la Bourse. Après le baptême du feu, placé sous le signe de l’euphorie et incarné concrètement par le remplissage du bulletin de souscription, nombreux sont ceux qui s’interrogent sur le mode d’emploi de leurs futures interventions. Car, même si vous entamez votre parcours boursier avec une aussi belle valeur, l’immobilisme n’est pas la meilleure façon de faire fructifier votre placement. Aussi vous serez vraisemblablement amenés, dans un futur proche, à effectuer des opérations d’achat et de vente pour étoffer votre portefeuille, réaliser une plus-value, vous positionner sur des secteurs plus porteurs ou encore pour solder une épargne afin de financer d’autres projets.
Une fois ces décisions prises, de préférence en concertation avec un conseiller professionnel en placement, vous devez les transmettre à votre banquier sous forme d’indication formelle appelée «ordre de Bourse».
Celui-ci se chargera de répercuter cet ordre sur sa «société de Bourse» (SDB) partenaire (filiale, dans la plupart des cas, de la banque). Au nombre de 14, les SDB ont le monopole d’intermédiation sur la place casablancaise du fait de leur statut de seules actionnaires de la Société de Bourse des valeurs de Casablanca (SBVC). Votre banquier vous précisera aussi les modalités d’usage pour passer un ordre (signature, fax, appel téléphonique suivi d’une confirmation écrite…).
Eliminons tout de suite le cliché très courant chez les petits porteurs : l’intermédiaire n’exécutera pas votre ordre en lançant les cris de «J’ai !» (quand il est vendeur d’un titre) ou «Je prends !» (quand il est acheteur) comme on peut le voir à la télévision ou au cinéma lorsqu’une scène se déroule à la Bourse américaine de Wall Street. Car, depuis 1997, la Bourse de Casablanca a abandonné la méthode de cotation traditionnelle dite «à la criée» au profit d’un système de cotation électronique conforme aux standards internationaux (voir encadré en page suivante).
Sachez également qu’il existe deux types d’ordres pour acheter ou vendre des titres à la Bourse de Casablanca. Il vous faudra d’abord savoir précisément à quelles situations et physionomies du marché chacun des deux types d’ordres est le mieux adapté.

L’ORDRE AU PRIX DU MARCHÉ
C’est un ordre sans limite de prix. Il signifie que le prix auquel vous voulez acheter (ou vendre) est égal au prix de la meilleure offre de vente (ou meilleure offre d’achat si vous voulez céder). Vous obtenez ainsi le meilleur prix disponible à votre arrivée au marché. Mais attention ! car, si, théoriquement, cet ordre est sans limite de prix, le système de cotation le transforme en «ordre au prix d’ouverture» s’il est passé avant l’ouverture du marché (voir encadré ci-contre) ou encore en «ordre à prix limité» (voir ci-après) égal au cours d’exécution, s’il se retrouve partiellement exécuté en cours de séance. Il est à rappeler aussi que, pour les titres cotés au fixing, le «prix du marché» est égal au prix d’ouverture.
l Avantages
L’ordre au prix du marché vous permet d’obtenir le meilleur prix disponible lors de l’arrivée au marché.
Par ailleurs, il garantit mieux l’exécution de l’opération (sous réserve de la disponibilité ou de la liquidité du titre concerné).
l Inconvénients
C’est un ordre difficile à gérer car l’exécution peut être partielle, le reliquat étant alors traité comme un ordre à prix limité. En définitive, vous ne maîtrisez pas le prix de vos opérations.
l Conseil
Il est préférable de passer des ordres au prix du marché sur des valeurs assez liquides dont le carnet d’ordres est bien rempli et permet d’acheter ou de vendre au plus près du dernier cours coté. Ces valeurs ont pour principale caractéristique de ne pas enregistrer de variations importantes de prix entre des transactions successives. Ainsi, le risque de non-maîtrise du prix est minimisé. De même qu’il est préférable de passer un ordre de ce type avant l’ouverture du marché (10 heures) car, dans ce cas, le prix d’achat (ou de vente) sera le prix d’ouverture. Cette prudence ne vaut, bien évidemment, que pour les valeurs traitées sur le mode du «continu», autrement le prix de transaction est d’office celui de l’ouverture.

L’ORDRE A PRIX Limité
Contrairement au précédent, cet ordre permet de maîtriser le prix d’exécution puisqu’en y recourant, l’acheteur fixe le prix maximal qu’il est disposé à payer, et le vendeur, le prix minimal auquel il accepte de céder ses titres.
Il est exécuté si le marché le permet. Exemple : votre ordre d’achat limité à 100 DH ne sera pas exécuté tant que le cours de l’action sera supérieur à 100 DH. Et votre ordre de vente limité à 100 DH ne le sera pas davantage tant le cours restera inférieur à 100 DH. C’est l’ordre le plus classique et le plus utilisé jusqu’à présent par les intervenants sur la place de Casablanca.
l Avantages
L’ordre à prix limité présente plusieurs avantages. D’abord, il est simple car il nécessite seulement d’entrer un cours de vente ou d’achat. Ensuite, il permet d’acheter et de vendre sans surprise à un cours connu. Enfin, il protège contre les fluctuations importantes des cours.
l Inconvénients
Malgré ses atouts, cet ordre n’est pas dénué d’inconvénients. Le premier, et le plus délicat, est qu’il nécessite de bien connaître la valeur pour le placer correctement. En effet, si, d’aventure, on ignore tout ou presque sur la volatilité moyenne intra-day (au cours de la même séance) d’une société, sur sa tendance des dernières semaines ou encore sur le consensus des analystes la concernant (quand il existe), on risque de fixer un prix limite qui a peu de chance d’être exécuté ou, à tout le moins, de l’être partiellement. Ce risque est d’autant plus manifeste pour les valeurs faiblement traitées.
Exemple : vous détenez des actions Eqdom cotées à 1 000 DH. Vous croyez que la valeur augmentera encore. Vous décidez donc de placer un ordre de vente à cours limité de 1 100 DH. Si l’action monte jusqu’à 1 050 DH et dégringole juste après, vous aurez toujours ces titres entre les mains pendant que leur cours chute. Et même si l’action Eqdom atteint effectivement ou dépasse le cours fixé, il est possible que votre ordre ne soit pas exécuté (ou le soit partiellement) car d’autres ordres de vente sont prioritaires et doivent être exécutés en premier lieu. Il est donc possible qu’il n’ y ait plus suffisamment de titres disponibles pour effectuer votre transaction lorsqu’arrive votre tour.
l Conseil
L’ordre à prix limité est tout indiquée pour les valeurs à faible liquidité dont le cours risque de subir de fortes variations à l’arrivée sur le marché de gros ordres sensiblement supérieurs à la moyenne des transactions. Mais attention tout de même car il faut gérer la différence potentielle entre le dernier cours connu, le prix limite de l’ordre et le délai nécessaire avant que l’ordre n’atterrisse sur le marché. A utiliser également avec précaution en pré-ouverture pour les valeurs traitées au fixing car le cours d’ouverture théorique (qui est le cours de clôture de la veille) peut varier fortement suite à la confrontation de nouveaux ordres sur la feuille de marché.
Enfin, une fois le type d’ordre choisi, en y précisant la quantité, le sens (achat ou vente), le nom de la valeur, le prix d’exécution (du marché ou limité), il faudra aussi l’assortir d’une durée de validité. Le règlement de la Bourse vous donne le choix entre les validités suivantes.

TROIS TYPES DE VALIDITE
Un jour : si votre ordre n’est pas exécuté le jour où vous le passez, il expirera à la fin de la séance.
A révocation : pour les ordres valables jusqu’à la fin du mois calendaire.
A durée déterminée : pour les ordres spécifiés avec une date limite qui ne peut être inférieure à un jour et supérieure à 30 jours calendaires.
A défaut de choix entre ces trois validités, l’ordre est réputé à révocation.

L’intermédiaire n’exécutera pas votre ordre en criant, comme au cinéma : «j’ai !» ou «je prends !». Depuis 1997, la Bourse de Casablanca a en effet abandonné la méthode de cotation «à la criée» au profit d’un système électronique.