Ces valeurs qui progressent malgré la baisse du marché

Brasseries du Maroc, Matel, CMT, Colorado, Lydec… Une vingtaine de valeurs ont progressé de plus
de 20% dans un marché baissier.
Bons résultats semestriels mais aussi opérations sur capital et rumeurs expliquent ces variations exceptionnelles.
Ces valeurs ont également profité de l’arbitrage des investisseurs en défaveur des grosses capitalisations.

Qui l’eut cru ? Alors que la Bourse de Casablanca est en constante baisse depuis le début de l’année et s’apprête à boucler son deuxième exercice dans le rouge (-4,7% au 14 décembre), certaines valeurs cotées affichent des performances exceptionnelles. Leurs cours ont progressé à deux chiffres, voire à trois, ce qui a fait le bonheur de plusieurs investisseurs dans ce contexte boursier de crainte et de morosité. Ces valeurs, ce ne sont pas les stars habituelles de la cote, telles les immobilières ou les bancaires, mais bien des petites et moyennes capitalisations qui ne suscitaient pas, avant, l’intérêt du marché. Des titres comme Matel PC Market, Colorado, Involys, Aluminium du Maroc et Dari Couspate figurent en effet dans ce lot, qui compte près d’une vingtaine de sociétés dont le cours a évolué de plus de 20% depuis le début de l’année.
Etonnant ? Pas totalement. Pour les analystes financiers, ces hausses importantes sont à lier, en grande partie, à l’intérêt qu’ont manifesté les investisseurs pour ces titres au cours de cette année. Ceci dit, il existe quelques variations jugées injustifiées ou irrationnelles. C’est le cas notamment de Branoma, filiale de Brasseries du Maroc, d’Involys et de Nexans Maroc qui ont gagné respectivement 36,4%, 61,6% et 32,8% depuis le début de l’année. «Aucun fait marquant positif ni résultat exceptionnellement bon n’ont été annoncés pour justifier la forte progression du cours de ces valeurs. Ce sont en revanche quelques manipulations techniques faites par certaines sociétés de Bourse pour tirer les cours à la hausse qui expliquent ces performances», affirme un gérant de portefeuille.
Cela n’empêche que, pour la majorité des titres qui ont beaucoup progressé cette année, il y a des raisons logiques liées au marché qui expliquent l’intérêt des investisseurs qui les ont achetés.

La faible liquidité de ces titres a amplifié leur hausse
D’abord, il faut préciser qu’il s’agit globalement de small caps, donc de valeurs peu liquides dont les cours peuvent varier significativement après quelques transactions. «Vu la faible liquidité de ces titres, les investisseurs qui étaient intéressés par leur achat n’avaient d’autre choix que d’offrir des prix élevés pour attirer l’offre», confie un analyste. Ceci explique en grande partie ces fortes progressions. Mais qu’est-ce qui pousse les investisseurs à s’intéresser à ces valeurs ?
C’est en premier lieu une question d’arbitrage. Les institutionnels en particulier ont, depuis le début de cette année et surtout après la publication des résultats semestriels, procédé à l’allègement de leurs positions sur les grandes valeurs, qui ont trop augmenté par le passé et qui présentent des niveaux de valorisation élevés. Ils ont commencé ensuite à chercher les opportunités de croissance parmi les titres «oubliés» de la cote, ce qui a profité à peu près à toutes les petites et moyennes capitalisations. Et, là, ce sont plusieurs éléments qui ont joué en faveur de certaines actions plus que d’autres. Il s’agit notamment de quelques rumeurs, d’opérations sur le capital, de la nature anti-cyclique de certains titres et de la publication de bons résultats ou la distribution d’un dividende élevé.
Commençons par la valeur qui signe la plus forte hausse de l’année : Brasseries du Maroc. Son cours a augmenté de plus de 110% depuis début janvier jusqu’au 14 décembre, alors que ni les résultats annuels de 2008 ni ceux semestriels de 2009 ne faisaient état de réalisations hors normes pour la société (croissance modeste du résultat net sur les deux périodes). Selon les analystes, ce qui a propulsé le cours du titre, c’est l’acquisition par «First Financière» de 5,63% du capital de Brasseries du Maroc en mars dernier. Cette entrée dans le tour de table et les rumeurs qui l’ont précédé ont attiré nombre d’investisseurs vers la valeur, d’autant plus que le marché se faisait l’écho que derrière First Financière se trouvaient le groupe Kabbaj et Adil Douiri à travers sa société Mutandis. Le cours du titre a continué sa montée les mois suivants avec les rumeurs qui disaient que First Financière allait encore renforcer sa participation dans la société (il n’en est rien jusqu’à aujourd’hui), et que Brasseries du Maroc était sur le point d’acquérir un embouteilleur d’eau dans la région de Chefchaouen qui exploite une source de qualité.
La deuxième performance est celle de Matel PC Market, dont le cours a progressé de plus de 85% jusqu’au 14 décembre. La raison de cette envolée est connue de tous : le distributeur de matériel informatique a annoncé il y a quelques semaines sa fusion avec Distrisoft, son confrère également coté à la Bourse de Casablanca. Le cours de ce dernier a d’ailleurs lui aussi enregistré une hausse louable depuis le début de l’année (+34%). Il faut dire que cette fusion aura des retombées très positives sur les deux opérateurs et donnera naissance à un champion régional en matière de distribution informatique. En achetant massivement les deux titres, les investisseurs n’ont fait qu’anticiper des conditions de fusion intéressantes en termes de prix et des perspectives d’activité prometteuses pour le nouvel ensemble.

Le secteur informatique coté retrouve la forme
Deux autres sociétés du secteur informatique coté en Bourse affichent de fortes évolutions. Il s’agit d’IB Maroc et de Microdata. Le cours de la première a augmenté de 36%, avec la publication de bons résultats au titre de l’année 2008 et du premier semestre 2009, mais surtout grâce à l’annonce de deux importantes acquisitions en Algérie et en Afrique qui offriront à la société de nouvelles opportunités d’affaires et qui accroîtront son niveau d’activité de 40% dès la première année. Quant à Microdata, son cours a gagné plus de 22% depuis le début de l’année, en réaction à des résultats semestriels en croissance et conformes aux attentes ainsi qu’aux perspectives encourageantes de la société avec le lancement du plan Maroc Numeric 2013.
Le secteur informatique coté retrouve donc sa santé, en pleine période de crise, et il n’est pas le seul. Les sociétés minières ont également eu les faveurs des investisseurs cette année, principalement CMT et SMI. Le cours de la première compagnie a bondi de 84,6% depuis le début de l’année. La réussite de sa récente émission d’obligations convertibles en actions, la qualité de ses résultats semestriels et de son portefeuille de couverture des métaux, ainsi qu’une rumeur sur une éventuelle acquisition de SMI expliquent en grande partie cette envolée. Pour sa part, le cours de la filiale du groupe Managem a augmenté de 81,5%, profitant lui aussi de la rumeur d’acquisition par CMT. Le redressement significatif des résultats de la société au premier semestre a par ailleurs maintenu la tendance haussière du cours.
Et comme pour Matel, l’annonce de la fusion-absorption de Chaâbi Leasing a propulsé le cours de Maroc Leasing. Ce dernier a en effet progressé de 47,2% durant l’année, les investisseurs ayant été attirés par les perspectives qu’ouvre cette opération à la société de crédit-bail, filiale de la CDG, et le positionnement fort qu’elle lui assurera sur le marché.
A côté de ces valeurs se trouvent des sociétés dont l’activité est anti-cyclique, ce qui a permis à leurs cours de bien se comporter en cette période de crise. On parle ici de Lydec, dont le cours boursier a pris près de 50% depuis le début de l’année, et de Cosumar qui affiche une performance de 24,8%. Ces deux opérateurs offrent des produits et services de consommation courante, donc résistants en période de crise, et se trouvent dans une situation monopolistique sur leurs marchés respectifs.
Les valeurs restantes ont vu leurs cours fortement augmenter grâce à de bons résultats et un niveau élevé de dividendes. Il s’agit d’Aluminium du Maroc, dont le cours a gagné 69%, de Colorado qui affiche une progression de 65%, de Centrale Laitière avec une hausse de  53%, de la CTM qui enregistre une évolution de 42%, de Delta Holding dont le prix a bondi de 23% et enfin de Dari Couspate avec une progression de cours de 25%.
Toutes ces valeurs présentent encore des multiples de valorisation corrects et sont toujours intéressantes à l’achat. Seulement, il faut faire attention car dès qu’on sentira les premiers signes de reprise, les grands investisseurs se repositionneront sur les grosses capitalisations au detriment des petites et moyennes.