Ces cinq valeurs qui drainent 60% du volume en Bourse !

Addoha, Maroc Telecom, Attijariwafa bank, BCP et BMCE ont capté plus de 50% des volumes échangés depuis 2008. La capitalisation et la forte liquidité de ces valeurs justifient leur attrait pour les investisseurs.

Elles sont une poignée de valeurs cotées à la Bourse de Casablanca à drainer bien plus de volume de transactions qu’une soixantaine d’autres titres. Une dizaine d’actions parmi les plus actives du marché (Addoha, Maroc Telecom, Attijariwafa Bank, BCP, BMCE, CGI…) concentrent à elles seules plus de 70% des échanges. Cette domination , certes, n’est pas nouvelle. Elle dure depuis des années sur le marché boursier casablancais, mais elle a tendance à s’accentuer avec le climat de morosité qui règne actuellement sur la place. En effet, les cinq valeurs les plus actives ont accaparé 60% des transactions effectuées sur les 9 premiers mois de l’année, soit 13,5 milliards de DH sur les 22 milliards échangés sur la période.  

La concentration des volumes n’est pas une anomalie

Si ces valeurs s’attirent les faveurs du marché, c’est principalement en raison de leur liquidité prononcée, permise par leurs fortes capitalisations, elles-mêmes synonymes d’un nombre important de titres en circulation sur le marché.
Effectivement, les valeurs les plus dynamiques sur la place casablancaise sont celles qui occupent le haut du tableau en termes de capitalisation. 
Par exemple, à l’issue du troisième trimestre de 2011, la capitalisation de Maroc Telecom, la première de la place, pesait près du quart de la capitalisation globale du marché, à 125,7 milliards de DH. A la même date, Attijariwafa bank, BMCE Bank ou encore la BCP affichent elles aussi des parts importantes, de 14%, 7% et 6% respectivement. Aussi, les taux de rotation (volume rapporté à la capitalisation flottante) de ces mêmes valeurs se distinguent très nettement sur le marché. Selon les données de BMCE Capital Bourse, les valeurs citées affichent durant le deuxième trimestre 2011 un taux de rotation du flottant supérieur à 160% et approchant même 300% pour des titres comme celui de la CGI. A titre de comparaison, une valeur moyennement liquide telle que Maroc Leasing se contente d’un taux de rotation du flottant de 50% sur la période.
Outre la liquidité et la taille de la capitalisation, l’annonce de bons résultats explique également l’attrait des investisseurs pour ce type de valeurs.
Dans une certaine mesure, la concentration des volumes sur un nombre limité de valeurs ne constitue pas une anomalie spécifique à la place casablancaise. «Il est commun sur tout marché boursier qu’un groupe limité de valeurs dynamiques se distingue par des volumes conséquents de transactions», éclaire un analyste. 
Cependant, le fait que ce soit toujours les mêmes valeurs qui exercent une mainmise sur le volume de transactions présente un risque. En effet, le classement des dix valeurs les plus dynamiques n’a que peu changé ces dernières années, spécifiquement depuis 2008. Cela est d’autant plus vrai pour les valeurs Addoha, Maroc Telecom, Attijariwafa Bank, BMCE et BCP qui s’adjugent continuellement au moins 50% des transactions sur la période.  

Le titre Addoha bien plus volatile que le marché

La raison de ce statu quo est principalement la rareté des introductions en Bourse ces dernières années. «Ce type d’opérations, surtout lorsqu’elles portent sur d’importantes capitalisations, offrent aux investisseurs de nouveaux titres qui sont fortement échangés», explique un professionnel. D’ailleurs, la période 2000- 2008, ayant connu un rythme d’introductions élevé, a vu la liste des valeurs les plus actives changer fréquemment. 
Le risque dans le statu quo actuel ? Outre une alternative de placement restreinte pour les investisseurs, un risque de déconnexion avec les fondamentaux. «Si ce sont les mêmes valeurs qui drainent constamment l’essentiel des volumes sur le marché, cela soumet leurs cours à une forte pression», répond un analyste. En effet, étant fortement positionnés sur les valeurs les plus échangées, les investisseurs, en particulier les institutionnels, sont enclins à surréagir autant en cas d’annonces positives que négatives.
A titre d’exemple, les analystes de BMCE Capital Bourse notent «une volatilité historique du titre Addoha, traduisant des fluctuations plus importantes que celles de ses indices de référence», notamment à l’occasion des événements exceptionnels ayant secoué la Bourse de Casablanca vers la fin du mois d’avril, consécutivement aux effets psychologiques dus à l’attentat qui a touché la ville de Marrakech. En effet, la volatilité du titre Addoha se situe entre mai 2010 et mai 2011, à 21,4% contre 12,1% pour le Masi, ou encore 15,7% pour l’indice sectoriel.  
Un autre signe du manque d’objectivité des investisseurs par rapport aux titres les plus échangés se reflète dans l’exemple Maroc Telecom. La valeur ne connaît toujours pas de mouvement vendeur de fond, alors que le ralentissement tendanciel de la croissance bénéficiaire de l’opérateur est aujourd’hui une réalité. «Tout cela accroît le risque pour les titres les plus échangés d’aboutir à des valorisations trop élevées», avertit un analyste. 
Autant de risques qui plaident pour une reprise des introductions en Bourse, ou encore pour l’accélération de  l’élargissement prévu à court et moyen terme du flottant de certaines sociétés (Cosumar, Centrale Laitière, Lesieur…). Ceci devrait contribuer à détendre la pression exercée actuellement sur les valeurs les plus échangées par les investisseurs.