Ce que vous coûte le loyer de l’argent

Découvert bancaire, crédit immobilier ou à la consommation, crédit revolving… peu de personnes savent ce qu’elles déboursent en intérêts.
Pour un même usage, certains crédits sont plus chers que d’autres.

Combien vous coûte le loyer de l’argent ? Une question cruciale qui concerne toute personne faisant régulièrement appel à une forme ou à une autre de crédit. Dans notre société, gagnée par les habitudes de la consommation moderne, la question concernera certainement la plupart d’entre vous, dès lors que vous disposez d’un revenu régulier et que vous êtes, bien sûr, bancarisés.
Sauf pour certains réfractaires, notamment pour des motifs religieux (intérêt = riba), le crédit devient consubstantiel aux besoins de la vie moderne.
Mais, même en étant conscient que vos utilisations de crédit sont loin d’être négligeables, savez-vous combien vous coûte réellement votre financement ? Vous arrive-t-il d’aller au-delà d’un simple déchiffrage besogneux du relevé bancaire pour estimer le taux d’absorption de vos revenus par les seules charges d’intérêts et assimilées ? Nous avons demandé à plusieurs profils de consommateurs de crédit (y compris des banquiers !) le coût annuel généré par leurs nombreuses utilisations et ils étaient dans l’incapacité de nous répondre, ne serait-ce qu’avec une marge d’erreur acceptable. Ainsi, nous vous proposons de faire le tour des différents produits générateurs d’intérêts et qui vous sont destinés en tant que particuliers.

Avec la décrue enregistrée au cours des dernières années par les taux d’intérêts, vous êtes de plus en plus nombreux à réaliser votre rêve d’accéder à votre logement. Et naturellement, à cause des montants importants sollicités, c’est là que votre bourse est le plus grevée, en absolu, par la charge d’intérêts. Surtout au cours des premières années de votre crédit. Une charge d’autant plus massive que vous succombez aux arguments des banques sur le prolongement de la durée maximale du crédit qui a atteint 25 ans dans certains établissements !
Certes, la fourchette des taux commerciaux devient très profilée, en fonction de la durée, de la nature du taux et de l’autofinancement, mais, dans une hypothèse centrale d’une durée de10 à 20 ans, d’un taux variable (la majorité font abstraction du risque de remontée des taux et préfèrent alléger immédiatement leur traite) et d’un financement maximal de près de 100 % (vos économies serviront à peine à financer le «noir» et les frais administratifs), vous supporterez un taux situé dans le meilleur des cas entre 7,5 % et 8 % hors taxes (HT). Soit, pour un crédit de 500 000 dirhams sur 15 ans à 7,75 %, correspondant à une traite de près de 4 860 dirhams, une charge d’intérêts annuelle de plus de 38 000 DH dès la première année. Et même après cinq ans, quand le capital restant dû aura relativement baissé, vous supporterez un poids annuel de 31 800 DH.
Bien évidemment, il existe toujours des formules particulières moins pénalisantes mais elles ne sont adressées qu’à certaines catégories. Tel le taux fixe de 6 % HT sur le crédit d’acquisition de logements économiques, ou encore le crédit destiné au personnel de l’enseignement adhérent à la Fondation Mohammed VI de promotion des œuvres sociales de l’éducation-formation, qui varie entre 6,25 % et 6,5 % HT, avec une ristourne de la fondation de 2 % sur la première tranche de financement allant de 150 000 à 200 000 H, selon le grade de l’emprunteur.
Mais si le prêt immobilier génère le plus d’intérêts parmi tous les autres emprunts ou loyers d’argent, il est de bon ton de rappeler que ses charges corrélatives doivent être évaluées également à l’aune de ses avantages. Entre autres le fait qu’il crée un «effet de richesse» quand la valeur du bien acquis prend de la hauteur au fil des années. Ainsi, les charges d’intérêts doivent être confrontées au taux de rendement annualisé de l’espérance de plus-value, souvent non négligeable, qui évolue au gré de la valeur de marché de votre logement. Ne pas oublier également l’avantage fiscal né de la déductibilité des charges d’intérêts relatives à l’acquisition de votre habitation principale de votre revenu global imposable, à hauteur de 10 % de celui-ci.
S’il est un segment de crédit où les banques essaient de pousser les feux, c’est bien celui du crédit à la consommation, concurrençant de plus en plus les sociétés de financement. Et vous êtes de plus en plus nombreux à vous endetter pour vous équiper, voyager ou acquérir un véhicule. Bref, le crédit à la consommation est devenu quasiment inévitable malgré sa relative cherté. Le taux effectif global (TEG, qui inclut frais de dossiers, d’assurances et autres) tutoie toujours le niveau de 13,95 % HT. Ce qui, même dans le cas d’un emprunt modéré, par exemple un montant de 20 000 DH sur deux ans, vous fait supporter des intérêts non négligeables, de l’ordre de 3 055 DH, soit une moyenne mensuelle de 127 DH. Sans compter que, pour le financement du véhicule, vous aurez vraisemblablement à supporter des frais encore plus conséquents (aux alentours de 6 300 DH en moyenne annuelle pour un prêt de 80 000 DH sur 48 mois).
Si vous êtes opportuniste, vous pouvez guetter des périodes promotionnelles où les sociétés de crédit sacrifient 1 ou 2 points d’intérêts, ce qui vous fera économiser quelques dizaines d’intérêts mensuellement pour des prêts inférieurs à 50 000 DH.
Les banques demeurent, pour leur part, relativement moins chères, avec des taux pleins oscillant entre 12 % et 12,75 % HT mais en y additionnant les frais de dossier et l’assurance-décès-invalidité, vous retomberez sur une charge équivalant plus ou moins à celles des sociétés de financement.
Au départ, vous vous dites qu’une facilité bancaire peut toujours servir pour y puiser ponctuellement en cas de difficulté passagère mais, au fil des mois, vous vous y installez durablement. Si bien que votre compte devient presque constamment débiteur et ne vire au vert que quelques jours dans le mois, lorsque votre salaire est viré.
Une commodité qui a son prix car le découvert que vous accorde votre banquier, et qui correspond généralement à un mois de votre salaire ou revenu professionnel moyen, vous est facturé à 12 % HT en moyenne. Ainsi, pour une autorisation de 10 000 DH, vous pouvez facilement vous retrouver avec des agios trimestriels de 350 DH si vos utilisations sont intensives et si vous êtes parfois en dépassement de votre découvert grâce à la flexibilité de votre banquier. Ce qui équivaut à une charge mensuelle récurrente de près de 120 DH.
A l’encontre des cartes de débit qui ne sont qu’un moyen de paiement qui touche immédiatement votre compte pour tout retrait ou achat chez les commerçants, les cartes de crédit sont à paiement différé. Aussi, en les utilisant avec un plafond hebdomadaire qui est déterminé en fonction de vos revenus et de vos besoins, votre compte n’est réellement débité qu’à la fin du mois, en règle générale. Ce crédit à très court terme est consenti quasiment aux mêmes conditions que le découvert bancaire ordinaire et ce, à un taux de près de 12 % HT. Intérêts qui vous sont débités en agios trimestriels. Elle vous permet, au cas où votre plafond de découvert est déjà atteint, de disposer encore, sans dépasser celui-ci, de l’argent. Mais, en étant débiteur dans la limite de votre autorisation avec une utilisation «légère», l’usage d’une carte de crédit, ainsi que son coût, sont presque substituables à ceux du découvert.
Vous êtes de plus en plus nombreux à vous «équiper» en cartes de crédit révolving qui mettent à votre disposition, sur votre compte, et de façon permanente, une somme d’argent que vous pouvez dépenser à votre rythme, pour des montants variables et pour les achats de votre choix. La reconstitution de votre réserve se fait au fur et à mesure de vos remboursements mensuels, qui sont effectués à votre rythme mais en respectant généralement un minimum mensuel qui est, dans la plupart des cas, fonction de la ligne qui vous est accordée : de 5 % à 10 %.
Comme pour le crédit amortissable, les mensualités comportent une part en remboursement du capital emprunté, et une autre pour les intérêts sur les utilisations effectives. Ceux-ci sont facturés chaque mois entre 1,1 % et 1,3 %. De même que ce taux mensuel s’applique par tranches : plus vous empruntez, plus le taux baisse et la variabilité du taux peut même dépendre de la vitesse de remboursement. La formule présente, certes, l’avantage de la souplesse mais elle peut rapidement donner lieu à des dérapages. A tel point que les intérêts et les frais d’assurance peuvent parfois atteindre jusqu’à 25 % ou 30 % de la mensualité. D’ailleurs, en Europe, le crédit révolving est la principale cause du surendettement.
Sur le sillage du crédit revolving, des cartes dites privatives commencent à faire leur chemin au Maroc. Elles sont généralement distribuées par les grands magasins, les chaînes d’hypermarchés et les sociétés pétrolières, en partenariat avec des réseaux bancaires. Le principe, et aussi le coût, est quasi identique à celui d’une carte de crédit révolving classique, sauf que votre réserve d’argent est utilisable en achats auprès du réseau des enseignes adhérentes.