Ce qu’auront rapporté les différents placements en 2004

La Bourse a rapporté moins qu’en 2003, mais elle reste le meilleur placement.
Les OPCVM actions et diversifiés profitent naturellement de l’embellie.
En raison de la surliquidité et de la stabilité des taux monétaires, les rendements des obligataires long et moyen terme baissent.

Avez-vous pris les meilleures décisions en matière de placements en 2004 ? Comparez vos gains ou vos pertes (quoiqu’il semble difficile d’en avoir subi en 2004) avec les performances de l’ensemble des instruments de placement disponibles sur le marché marocain : Bourse, OPCVM (Organismes de placement collectif en valeurs mobilières), produits de taux…

bourse : 33 sociétés sur les 53 cotées ont réalisé des plus-values en 2004
Comme l’année dernière, ceux d’entre vous qui ont choisi la Bourse pour faire fructifier leur épargne auront réalisé les meilleures performances. En fonction des actions que vous avez privilégiées, vous aurez gagné jusqu’à 104 %, en termes de plus-value en l’espace de douze mois. Les moins avertis auront perdu pour leur part plus de 54 %.
Mais, globalement, le portefeuille moyen s’est apprécié de près de 15 % sur l’ensemble de l’année écoulée. Sur les 53 sociétés cotées, 33 ont vu leur cours progresser, 18 ont surperformé l’indice Masi (gain supérieur à 15 %), 5 ont réalisé plus de 50 % de croissance et une société a carrément vu sa valeur boursière doubler. Il s’agit d’Auto Nejma, qui arbore fièrement +104 % de performance. Les deuxième et troisième place sur le podium sont occupées, respectivement, par Branoma (+72%) et Afriquia Gaz (+62%).
Mais si ces chiffres sont valables pour l’année entière, l’action Maroc Telecom a gagné 27 % en quelques séances boursières seulement. Introduite à 68,25 DH, elle a terminé l’année à 86,7 DH. S’il avait séjourné plus longtemps en Bourse, le titre aurait réalisé une performance annualisée crevant tous les plafonds !
Cela dit, si les gains ont été au rendez-vous, il faut également retenir que 20 valeurs, soit 38 % des sociétés cotées, ont vu leur cours baisser en 2004.
La perte maximale a été de 54 % et elle a été enregistrée par La Marocaine Vie qui évolue, depuis son rachat par la Société générale, sous le signe du redressement. Le CIH et Diac Salaf trébuchent toujours avec des pertes respectives de 49 et 45 %.
Notre mise en garde reste toujours valable : l’investissement en Bourse promet une rentabilité très élevée, mais il constitue également l’option la plus risquée. Elle peut s’avérer extrêmement destructrice de richesse. Nous l’avons indiqué au début de cet article, les moins chanceux ont perdu jusqu’à 54 % de leur mise. N’envisagez donc d’intervenir sur ce marché que si vous êtes bien outillé et disposez d’une épargne de moyen terme. Autrement, passez par les OPCVM.

opcvm actions : encore mieux que l’intervention directe en bourse
Résultat naturel de l’embellie de la Bourse, les OPCVM actions (Organismes de placement collectif en valeurs mobilières, investissant essentiellement en actions) réalisent des performances positives. Etant gérées par des professionnels, leur croissance a été très souvent supérieure à celle du marché. En tout cas, aucun OPCVM classé dans cette catégorie n’a affiché une performance négative. Les «moins bons» réalisent tout de même du 6,20 %. L’avantage est évident par rapport à l’investissement direct en Bourse.
Les OPCVM actions sont logés dans deux catégories, distinction fiscale oblige. D’une part, on trouve les OPCVM investis en actions à hauteur de 60 % minimum. De l’autre, on trouve les OPCVM investis en actions cotées à raison de 85 % minimum de leur actif géré.
Les performances au 31 décembre oscillent entre 6,20 % et 26,27 %. Les pics ont été de 19,34 % pour la première catégorie et de 26,27 % pour la seconde. Sur trois années glissantes, ceux qui ont fait confiance aux OPCVM actions auront gagné jusqu’à… 81,39 %.
Cela dit, la tendance est générale. Sur la trentaine d’OPCVM actions ouverts au public, 27 % ont surperformé l’indice Masi en 2004. Mieux encore, près de 70 % affichent une performance supérieure aux 12 % promis par la Bourse de Casablanca dans sa dernière campagne de communication, visant à inciter les épargnants à passer par les SICAV (Sociétés d’investissement à capital variable) pour leurs investissements en Bourse.

opcvm diversifiés : entre +6 et +14 %, avec une moyenne de +11 %
Au même titre que les OPCVM actions, les «diversifiés» réalisent de bonnes performances en 2004. Comptant aussi bien des actions que des obligations dans leur portefeuille, ces instruments sont moins rentables, certes, mais moins risqués également. Et comme la rentabilité ne peut être appréciée qu’en tenant compte du risque pris pour l’atteindre, il faut vraiment relativiser avant de qualifier les scores affichés de «moyens». Des chiffres qui vont de 6 à 14 %, c’est très correct compte tenu de la politique d’investissement. Et encore, la moyenne des rendements se rapproche plutôt de 14% que de 6 %. Elle s’inscrit globalement à 11 %, ce qui est excellent pour des instruments qui ne présentent qu’un niveau de risque modéré. Car, selon la règle citée plus haut, un OPCVM diversifié qui offre du 11 % est largement plus performant qu’une action qui rapporte autant. Et pour cause – on ne le rappellera jamais assez -, en choisissant un OPCVM de ce type, vous avez couru un risque nettement inférieur par rapport à l’investissement direct en Bourse. Sur trois années glissantes, les valeurs liquidatives de ces fonds ont évolué de +13,13% à 42,32 %. No comment !

opcvm obligataires : jusqu’à 9,8 % de rendement
Si, en 2003, les performances des OPCVM obligataires ont été relativement freinées par la hausse des taux, celles de 2004 sont plus intéressantes. Entre 3,52 et 9,77 % ! Et encore, nous n’avons pas pris en considération dans cette fourchette la performance exceptionnelle (+15,91%) réalisée par l’OPCVM Cap Solidarité, un fonds humanitaire dont les rendements réalisés sont irrévocablement distribués à des œuvres humanitaires, caritatives ou d’intérêt général.
La moitié des fonds classés dans cette catégorie a réalisé mieux que les bons du Trésor à 10 ans, qui ont offert à leurs détenteurs 6,53 % de rendement au terme de l’exercice dernier.
Quant aux perspectives 2005, l’évolution des performances dépendra de celle des taux, elle-même fonction des besoins futurs du Trésor, mais également de la situation de liquidité du marché.

opcvm monétaires & obligataires court terme : de 3,25 à 3,94 % pour un risque quasi nul
Nous avons regroupé dans ce bloc deux types de fonds : les fonds purement monétaires et les fonds obligataires à court terme.
Les fonds monétaires, appelés également fonds de trésorerie, s’adressent essentiellement aux institutionnels et aux entreprises qui pratiquent une gestion dynamique de leur trésorerie. L’horizon de placement est de 3 mois uniquement, associé à un couple rendement-risque très faible. Pour l’année 2004, les performances de ces fonds monétaires se sont situées entre 2,18 % et 3,64 %. Ils ont rapporté légèrement mieux qu’en 2003 où les performances s’étaient inscrites entre 2 et 3 % environ.
Quant aux fonds obligataires court terme, ils s’adressent plutôt aux particuliers et aux entreprises disposant de cash pour une période plus longue. L’horizon de placement idéal se situe en effet entre une et deux années. Ils offrent ainsi des perspectives de rentabilité plus intéressantes pour un risque légèrement plus important que les fonds monétaires. Pour 2004, les performances de cette deuxième catégorie varient de 3,25 à 3,94 %. Là encore, ils ont fait mieux qu’en 2003.

obligations et titres de créances négociables (tcn) : au gré des besoins du trésor
Le marché obligataire est quasiment hermétique aux particuliers du fait de sa complexité, son fonctionnement et ses rendements. Il évolue au rythme des besoins du Trésor, mais également – et c’est de plus en plus vrai depuis quelques années – au gré des émissions privées. Et ces dernières ont été nombreuses en 2004. Sans être plus nombreuses, les émissions de titres de créances négociables ont gagné en valeur. A fin novembre dernier, le total émis s’élevait à 5,28 milliards, contre 2,95 milliards à la même période de 2003. Ce sont les billets de trésorerie (BT) qui ont le plus animé le marché.
ONA et ONE ont, à eux seuls, émis pour 2,8 milliards de dirhams en BT. Les taux ont baissé, suite logique de la baisse des taux souverains des bons du Trésor, conjuguée, il faut le dire, à une baisse des spreads. De 3,467 % à 6,376 %, toutes maturités confondues, ils sont passés à 3,086 à 5 % entre novembre 2003 et 2004. Ces chiffres n’intègrent pas les émissions obligataires classiques, qui étaient nombreuses également l’année dernière. Les professionnels attestent que le contexte de surliquidité permanente et de stabilité des taux monétaires a sérieusement poussé les taux moyen et long terme vers le bas. Ces maturités ayant été les plus prisées, que ce soit par le Trésor ou par les investisseurs privés. Il faut dire que les deux opérations de l’ouverture du capital de la BCP et de Maroc Telecom, à elles seules, ont mis le Trésor dans une situation très confortable.
Mais au-delà des chiffres, 2004 a été une année de réformes : mise en place par Bank Al Maghrib de la facilité de dépôt à 2,25 %, des reprises hebdomadaires à taux variable, suppression de l’avance à 5 jours… Des mesures qui ont évité une tension des taux monétaires suite à l’opération de Maroc Telecom.

dépôts à terme et bons de caisse : la sécurité comme principal atout
A fin novembre 2004 (derniers chiffres disponibles), le taux moyen pondéré des comptes et bons de caisse à six mois était de 3,29 %. Les bons à 12 mois offraient, pour leur part, du 3,53 %. Taux en baisse par rapport à la même période de l’année 2003, même s’ils ont connu des pics de 3,42 et 4,04 %, respectivement en mars et janvier.
Le niveau de rendement des DAT et bons de caisse est adossé aux taux offerts par le Trésor lors des adjudications de ses bons. Ces instruments ne bénéficient toujours pas des faveurs des banquiers qui continuent, naturellement, à s’intéresser aux ressources non-onéreuses (comptes courants…). Ils ne cherchent donc pas à améliorer le rendement de ces bons pour en augmenter l’attrait et ce, malgré les multiples inconvénients que présentent ces DAT pour l’épargnant. Outre la faible liquidité de ces «comptes bloqués», il faut souligner que toute sortie avant terme entraîne des majorations et des pénalités. A cela s’ajoute le poids de la fiscalité. Soumis au régime de la TPPRF (30 % libératoires), les taux de rendement net fondent, une fois le fisc servi.

bons du trésor à six mois : 100 points de base de moins en un an
On les appelle toujours des «bons sur formule» bien que, depuis la dématérialisation des titres, ils ne sont plus «sur formule» ou «sur papier» et sont plutôt inscrits sur compte. Leur taux est calculé de manière trimestrielle sur la base du taux moyen pondéré des bons à 26 semaines, émis par adjudication durant le trimestre précédent, auquel on ajoute une prime de 25 points de base. Leur rendement a donc baissé, à l’image des BT à 26 semaines. Le Trésor a servi en effet un taux d’intérêt brut de 2,7 %, au titre du quatrième trimestre 2004, contre 3 % lors du second trimestre et 3,7 % au titre des deux premiers trimestres de 2004.
Les perspectives 2005 ne sont guère meilleures. Pour le premier trimestre de l’année en cours, le taux brut sera de 2,60 %, informe-t-on du côté de Bank Al Maghrib.
Peu connus du public, ces titres sont disponibles auprès des trésoreries du Royaume, agences de Bank Al Maghrib et guichets de banque au prix unitaire de 1 000 DH.
Outre le pré-escompte de 50 % des intérêts trimestriels, le placement devient liquide à l’expiration des 3 premiers mois.

comptes sur carnet : 1,64 % après les 30 % d’impôts
De 8,5 % entre décembre 1986 et décembre 1993, les taux minimums appliqués par les banques aux comptes sur carnet se sont réduits comme peau de chagrin. Ils n’ont rapporté qu’un minuscule 2,49 % lors du premier semestre 2004, et 2,35 % pour la deuxième moitié de l’année. Et encore, ces taux s’entendent hors taxes. Si l’on déduit les 30 % de TPPRF, le taux de rendement net baisse, respectivement, à 1,64 % et 1,74 %.
Vous avez, depuis un an, le droit d’épargner plus puisque le montant maximum des comptes sur carnet est passé de 150 000 DH à 300 000 DH. Mais vos économies, plus importantes, vous rapporteront moins d’argent.
Au vu de la baisse vertigineuse des rendements, le compte sur carnet doit être considéré comme un compte courant plutôt que comme un instrument de placement.

livret d’épargne nationale : 2,15 % exonérés d’impôts
A l’image de tous les produits de taux, le compte «Caisse d’épargne nationale» ne rapporte plus grand-chose. Pour le deuxième semestre 2004, sa rémunération s’est élevée à 2,1 % nette d’impôts, et elle est en constant recul d’un semestre à l’autre, depuis plusieurs années.
Le principal avantage de ce compte est la gratuité totale des opérations ainsi que l’exonération de tous impôts et taxes pour les personnes physiques. La disponibilité des fonds et la garantie, par l’Etat, du remboursement des dépôts à la CEN ainsi que le paiement des intérêts y afférents est un plus important. Cette formule d’épargne rémunérée et gérée sur livret par Barid Al-Maghrib est disponible dans les établissements postaux sur l’ensemble du Royaume. Elle est ouverte à tous, aussi bien aux particuliers qu’aux personnes morales (sociétés, coopératives, associations…). Les écoliers peuvent souscrire à une autre formule, baptisée «Epargne scolaire», avec dépôt minimum de 5 DH.
Pour cette épargne populaire, réduite et gratuite, il ne faut pas s’attendre à des taux de rémunération extraordinaire. Autre inconvénient : le mode de calcul des intérêts vous pénalise à la fois au moment des dépôts aussi bien que des retraits et ce, en raison des dates de valeurs qui seront retenues.
Si par exemple vous déposez de l’argent le 2 du mois, le compteur des intérêts ne fonctionnera qu’à partir du 15 du même mois. Si par contre vous retirez une somme le 14, le système considérera que ce montant a été retiré le 1er et vous fera perdre 14 jours d’intérêts.

epargne-retraite & épargne-éducation :
Les taux de rendement des contrats d’épargne retraite et d’épargne éducation dépasseront de peu les 5 %, bonus compris, un niveau sensiblement équivalent à celui servi en 2003, qui se situait entre 5 et 6 %. L’appréciation est due à l’amélioration des rendements des placements des compagnies d’assurance, dans le sillage de la reprise boursière. Il faut dire que, depuis plusieurs années, les épargnants n’ont eu droit qu’à de modestes rémunérations, crise boursière oblige. La baisse du taux minimum garanti, qui est passé de 4,5 à 3,25 % en janvier 2003, n’a pas arrangé les choses. Appliqué à tous les contrats d’assurance-vie, et en l’absence de bonus conséquent, l’attrait de ces contrats baisse d’une année à l’autre.

Une mise en garde toujours valable : l’investissement en Bourse promet une rentabilité très élevée, mais il constitue également l’option la plus risquée. Non initiés s’abstenir.

Le meilleur couple risque/rentabilité ? Les OPCVM actions et diversifiés, qui permettent d’envisager des niveaux de rentabilité honorables, de 6 à 27%.

Les comptes sur carnet rapportent peut-être plus que les antiques livrets d’épargne, mais une fois le fisc rémunéré, ils ne laissent plus rien, alors que les rendements des livrets, eux, sont exonérés d’impôts.

Continuer à miser en Bourse ? Pour les analystes, la tendance haussière se poursuivra, quoique avec une moindre ampleur.