Casablanca comparée aux Bourses de la région Mena

Elle s’est fortement développée depuis trois ans mais reste encore mal placée comparée à  six Bourses arabes.
64 sociétés cotées contre 600 en Egypte, 227
en Jordanie et
180 au Koweït.
Envolée des volumes mais faible taux de rotation.
Techniquement, Casablanca est
aux normes internationales.

Croissance importante et durable des indices, capitalisation boursière qui a presque doublé, nombre de sociétés cotées en hausse, expansion des volumes, avancées sur les plans réglementaire et technologique… Depuis 2004, la Bourse de Casablanca semble avoir pris le chemin d’une croissance régulière – même si elle reste trop forte -, selon certains analystes. Tous ces éléments ont fini par séduire les épargnants et investisseurs marocains, mais aussi étrangers qui, après quelques années de va-et-vient, ont à nouveau accordé leur confiance à la place casablancaise. Mais que vaut notre Bourse parmi les marchés arabes ?

La question mérite d’être posée car, si le rythme de développement de la Bourse de Casa est considéré par les professionnels du marché comme étant l’un des plus soutenus comparativement aux principales Bourses de la région MENA (Middle east and north africa : Moyen-Orient et Afrique du Nord ), ils considèrent, cependant, qu’il reste encore des efforts à faire pour la hisser au rang des Bourses les plus développées de la région. Et les chiffres sont parlants. Sur un comparatif réalisé avec six autre pays , des places comme celles de l’Arabie Saoudite, du Koweït, des Emirats Arabes Unis (EAU), de la Jordanie ou encore de l’Egypte sont en avance sur Casablanca concernant un certain nombre de critères.

A commencer par le nombre de sociétés cotées. La Bourse de Casablanca en compte aujourd’hui 64, dont 10 introduites en 2006 et une début 2007. Selon les statistiques du Fonds monétaire arabe (AMF), ce nombre s’élève à 180 à la Bourse du Koweït, avec 24 introductions en 2006. Sur la place de Amman, la cote officielle était composée de 227 valeurs à la fin de l’année écoulée, avec 26 nouvelles introductions en un an.

La Bourse de l’Arabie Saoudite comptait, quant a elle, 86 sociétés cotées avec 9 introductions en 2006. Enfin, la Bourse du Caire, championne en la matière, comptait plus de 600 valeurs cotées, sachant qu’elles étaient 740 en 2005. Et ce n’est pas la première fois que la place égyptienne opère ce que les professionnels appellent le «délisting». Les responsables de la Bourse du Caire procèdent depuis plusieurs exercices au nettoyage de la cote en radiant les entreprises illiquides et peu actives.

Le nombre des sociétés cotées est un indicateur important qui renseigne sur la représentativité de l’économie du pays à travers la Bourse. Les dirigeants de la Bourse de Casablanca ont une forte volonté de le développer et adoptent une stratégie qui a déjà commencé à donner ses fruits. Si, en 2006, dix nouvelles sociétés ont rejoint la cote, on table en 2007 sur dix autres introductions et ce, dans l’objectif d’atteindre 100 sociétés cotées d’ici 2015.

Mais le nombre de sociétés cotées n’est pas un baromètre pertinent si on ne l’associe pas au niveau du flottant en Bourse et à la liquidité des titres.

Sur le premier point, il faut reconnaître que le marché casablancais a effectué un bond considérable en la matière. L’indicateur «capitalisation boursière rapportée au PIB» a connu une évolution très importante, passant de près de 25% en 2004 à plus de 100% en avril 2007 (la capitalisation boursière étant de près de 530 milliards de dirhams), ce qui traduit la concordance de la taille du marché boursier avec celle de l’économie marocaine. Selon des chiffres publiés par la Bourse de Tunis, la capitalisation boursière des EAU représentait, à fin 2006, 78% du PIB du pays et celle de l’Egypte 85%. Alors que celle de la Tunisie représentait à peine 15% du PIB.

Cela dit, le nombre de sociétés cotées et la capitalisation, aussi élevés soient-ils, ne sont d’aucune utilité si le marché n’est pas liquide. La liquidité est d’ailleurs l’un des indicateurs qui intéressent le plus les investisseurs. A la Bourse de Casablanca, les volumes traités ont connu dernièrement une augmentation vertigineuse. Ils ont dépassé à maintes reprises le milliard de dirhams par séance. Autre facteur de progression : ces volumes ne sont plus concentrés sur une ou deux valeurs phare du marché. En effet, sur les 64 valeurs de la cote, plus des deux tiers sont traitées régulièrement, ce qui n’était pas le cas il y a quelques années.

Ceci dit, le degré de liquidité peut être développé davantage en attirant de nouvelles sociétés – surtout les grosses capitalisations – à s’introduire en Bourse, en encourageant les petites capitalisations à recourir aux contrats d’animation et aux programmes de rachat d’actions et en mettant en place de nouvelles catégories d’ordres de Bourse plus faciles à exécuter.
En comparaison, et sur les places de la région MENA, le taux de rotation moyen (volume / capitalisation) au niveau de la Bourse de Casablanca était de 2,75% seulement sur l’année 2006, alors qu’il était de 4,80% en Egypte, de 5,63% aux EAU, de 12,25% en Turquie et de 23,25% en Arabie Saoudite. Résultat : en dépit de la hausse des volumes, la Bourse de Casa reste peu liquide.

Un autre élément tout aussi important que la liquidité, aux yeux des investisseurs, est la valorisation du marché. Dans un contexte de surliquidité et d’insuffisance de titres cotés, les cours ont tendance à flamber et à se décaler des fondamentaux du marché. Si on prend comme indicateur le PER (cours / bénéfice par action), la Bourse de Casablanca est relativement chère par rapport à d’autres marchés (PER de 22,5 fois à fin 2006, de près de 27 fois actuellement, contre 13,4 fois aux Emirats, 15,8 fois en Tunisie et 20 fois en Egypte et en Jordanie). Cela dit, les professionnels estiment que l’évolution de la valeur du marché reste modérée, pilotée par des institutionnels qui veillent au respect des fondamentaux, et que le niveau atteint actuellement demeure raisonnable par rapport à d’autres Bourses arabes (PER de 52 fois en Arabie Saoudite).

Ceci pour les indicateurs du marché. Maintenant, pour ce qui est de la réglementation, de l’organisation du marché et du niveau technologique, le classement est à l’avantage de la Bourse casablancaise.
Pour le CDVM (Conseil déontologique des valeurs mobilières), «le dispositif légal et réglementaire qui régit l’activité boursière au Maroc est conforme aux standards internationaux et est en phase avec l’évolution du marché». Ceci a d’ailleurs été confirmé par les experts de l’OICV (Organisation internationale des commissions de valeurs) qui viennent de procéder à une évaluation du cadre légal marocain en la matière. Dans les autres pays arabes, si les dispositifs réglementaires sont, dans l’ensemble, proches de notre arsenal juridique, ils n’ont pas été actualisés aussi fréquemment et ne suivent donc pas l’évolution du marché avec le même degré de réactivité.

En ce qui concerne l’organisation du marché, la place casablancaise est considérée par les professionnels comme étant celle qui s’apparente le plus au modèle adopté dans les Bourses développées, avec une société gestionnaire privée et autonome et des intermédiaires professionnels et à forte valeur ajoutée .

Quant au niveau technologique, la plateforme de cotation de la Bourse de Casablanca est au même degré de développement que les Bourses européennes et est similaire à celles mises en place dans les places arabes développées comme l’Arabie Saoudite et les EAU. Cela dit, l’aspect routage automatique (en l’occurrence la Bourse en ligne) reste encore à développer par les sociétés de Bourse marocaines pour s’aligner à ce niveau sur les Bourses des pays du Golfe, surtout que la plateforme de cotation le permet.

Ceci aura un impact positif sur la liquidité du marché et permettra à la culture boursière de se développer davantage au sein du grand public.

Cinq questions à :
«Valeur aujourd’hui, la Bourse de Casa est parmi les cinq premières au niveau des pays arabes»

Omar Drissi kaitouni
Directeur des systèmes d’information à la Bourse de Casablanca

La Vie éco : D’une manière générale, quelle est la place de la Bourse de Casablanca parmi les principales Bourses de la région MENA (Egypte, Koweït, Arabie Saoudite…) ?
Omar Drissi Kaïtouni : La Bourse de Casablanca a un positionnement de leader parmi les places boursières de la région MENA. Elle a suivi une évolution très favorable en 2006 par rapport à la majorité des Bourses arabes et sa dimension ne cesse de croître. Valeur d’aujourd’hui, nous pouvons placer la Bourse de Casablanca parmi les trois ou les cinq premières places au niveau
des pays arabes.

Quelle comparaison feriez-vous entre la place casablancaise et ces Bourses sur les plans organisationnel et technologique ?
La majorité des places boursières dans ces pays ont des sociétés gestionnaires à caractère presque public. C’est-à-dire qu’elles sont dirigées par les autorités de tutelle avec, souvent, une forte implication des organes de régulation, ce qui limite énormément le développement du marché, la mise en place de nouveaux produits et l’avancée technologique. Au Maroc, nous avons un opérateur de marché privé qui gère la place et qui veille à son développement sur le plan institutionnel, dans le cadre stratégique du financement de l’économie et du développement de l’épargne.

Pour l’organisation du marché, la majorité des Bourses arabes ont une organisation centralisée au niveau de la société gestionnaire, dans la mesure où l’ensemble des opérations est effectué et contrôlé par l’opérateur du marché qui, dans certains cas, se charge même du dénouement, ce qui limite le rôle des intermédiaires et leur valeur ajoutée. A la Bourse de Casablanca, nous avons un modèle très proche du modèle européen, où les intermédiaires ont un rôle important en termes d’intervention, de conseil, de négociation, voire dans certains services d’accompagnement.

Concernant l’aspect technologique, la majorité des places boursières arabes utilisent des plateformes électroniques similaires à notre système, mais nous avons une longueur d’avance en la matière, dans la mesure où notre plateforme est continuellement mise à jour et où son degré technologique n’a rien à envier aux plateformes des Bourses européennes, alors que, dans certains pays arabes, les plateformes sont soit développées en interne, soit fondées sur des solutions informatiques qui datent de plusieurs années.

Concernant les fondamentaux de la Bourse de Casablanca (nombre de sociétés cotées, liquidité, valorisation…), n’estimez-vous pas qu’il y a encore du chemin à faire ?
Nous avons un travail important à réaliser sur ces aspects si on veut atteindre la dimension de marchés comme ceux du Koweït, de l’Arabie Saoudite ou des Emirats Arabes Unis. La liquidité en nombre de titres échangés et le nombre des sociétés cotées doivent encore être améliorés, mais il faut dire que sur certaines places, ce nombre est dopé car les entreprises sont obligées de s’introduire en Bourse dès lors qu’elles font un appel public à l’épargne (emprunt obligataire, émission de billets de trésorerie,…).

Pour la valorisation du marché, et si on prend pour indicateur le PER, la Bourse de Casablanca connaît une évolution mature et son niveau de valorisation demeure raisonnable car le marché casablancais est piloté par des institutionnels qui l’accompagnent et qui lui assurent une stabilité. Si certaines Bourses arabes ont actuellement des PER inférieurs à celui du Maroc, c’est parce qu’ils ont connu des chutes drastiques des cours en 2006 après les niveaux importants atteints en 2005.

Que comptez-vous faire pour accroître la dimension de la Bourse de Casablanca selon ces critères ?
Nous avons une stratégie qui a déjà commencé à donner ses fruits en termes d’introduction en Bourse et d’amélioration de la liquidité et de la volatilité. Nous comptons la poursuivre pour porter la Bourse de Casablanca à une dimension similaire à celle des Bourses arabes les plus importantes.

Pour 2007, nous tablons sur un rythme d’introductions en Bourse similaire à celui de 2006, c’est-à-dire une dizaine de sociétés si le programme est respecté. Aussi allons-nous continuer à innover en introduisant de nouveaux produits, du type marché à terme, pour dynamiser davantage la place et préserver notre avancée technologique pour accompagner le développement du marché.

Qu’en est-il de l’accord signé en 2004 entre la Bourse de Casablanca et la Bourse du Caire ?
Cet accord devrait être concrétisé prochainement, après que certaines mesures réglementaires indispensables soient mises en place et que les travaux d’intégration entre les plateformes soient réalisés afin de permettre la double cotation des valeurs et l’intervention des intermédiaires sur les deux places.

Nous avons un contact permanent et régulier avec notre partenaire, la Bourse du Caire, pour mettre en œuvre une coopération efficace au niveau arabe et africain.