Capital investissement : profitez de bien plus que du financement

Assurer la croissance de son entreprise, en améliorer la gestion, créer des synergies, développer des partenariats…, des avantages multiples.

Les fonds d’investissement cherchent eux-mêmes les cibles mais un entrepreneur peut prendre l’initiative.

Le potentiel du marché et la qualité des dirigeants, principales exigences des opérateurs.

Beaucoup de chefs d’entreprises ne le savent peut-être pas, mais en dehors de la banque et du marché financier, le capital investissement peut être une bonne alternative pour financer les besoins de croissance et de développement de sa société ou même pour sa transmission. L’activité, qui a vu le jour au Maroc en 2000, a connu un développement important au cours de ces dernières années, permettant à plusieurs entreprises d’accéder à bien plus que du financement. Certaines d’entre elles ont même fini en Bourse après avoir accueilli des fonds de capital investissement dans leur tour de table, et sont devenues des sociétés modèles qui suscitent l’intérêt de plusieurs investisseurs nationaux et étrangers.
Agram, Oléa, Capital Morocco, Sindibad…, ce sont là des fonds de capital investissement parmi les 15 que compte le secteur au Maroc. Des opérateurs tels que Capital Invest, Attijari Invest, CDG Capital Private Equity ou Société Générale, pour ne citer que ceux-là, en sont les créateurs. Chacun a une orientation et des caractéristiques spécifiques, ainsi que des bailleurs de fonds distincts. En effet, les sociétés de gestion de capital investissement font appel à des investisseurs privés pour alimenter les fonds créés en ressources. Cet argent est ensuite investi dans des entreprises, à travers des prises de participation minoritaires ou majoritaires, pendant une durée déterminée. Les investisseurs sont rémunérés au moment de la liquidation des fonds sur la base d’un taux de rendement avec une rentabilité généralement espérée entre 15 à 20% brut. Pour leur part, les sociétés de gestion touchent des frais de gestion et éventuellement des «success fees» à la fin.
L’industrie du capital investissement a démarré avec ce qu’on appelle la première génération de fonds. Cinq ont été créés à partir de 2000 pour une taille de l’ordre d’un milliard de DH. «Le Maroc venait à l’époque de signer l’accord de libre-échange avec l’Union européenne, et les entreprises des secteurs concernés devaient être accompagnées dans leur développement pour attaquer les nouveaux marchés et affronter une concurrence plus forte», explique Omar Chikhaoui, président de l’Association marocaine des investisseurs en capital (AMIC) et directeur général de Capital Invest.

5 milliards de DH de fonds sous gestion actuellement
A partir de 2005, une deuxième génération de fonds, cette fois-ci de capital-transmission, a commencé à voir le jour, portant les montants sous gestion à près de 5 milliards de DH actuellement. Ces nouveaux fonds, dont beaucoup à l’initiative d’institutionnels étrangers, se sont le plus souvent investis dans le rachat d’entreprises.
Il faut savoir qu’il existe en fait cinq types de capital-investissement intervenant chacun à un moment de la vie de l’entreprise. Il y a d’abord le capital-amorçage qui consiste à financer des entreprises en phase de démarrage. Les cibles sont des sociétés innovantes qui n’ont pas encore démarré leur activité et n’ont pas encore fait appel à un financement extérieur. «Généralement, il s’agit de petits montages dont les montants ne dépassent pas le million de DH», précise Rachid Zraigui, ancien professionnel du capital investissement.
Il y a ensuite le capital-risque, métier dont l’objectif est d’investir dans des entreprises récemment créées, avec des produits ou services déjà en place, pour accélérer leur croissance et leur assurer un bon démarrage. Dans cette branche, les montants à investir varient entre 4 et 10 MDH, selon les estimations des professionnels.
Troisième métier : le capital-développement. Cette branche vise à accompagner des entreprises de taille moyenne (chiffre d’affaires dépassant les 40 MDH) dans leurs projets de développement et ce, afin d’atteindre leur phase de maturité.
Il y a aussi le capital-transmission dont le but est d’investir à l’occasion de rachats de sociétés en utilisant des techniques financières à effet de levier bancaire dont la plus connue est celle du Leveraged Buy-Out (LBO). Enfin, le capital-retournement se focalise, lui, sur des entreprises en difficulté qui doivent être redressées. Notons que les fonds actifs au Maroc sont principalement investis dans le capital-développement et transmission. «Le capital-risque ne représente lui que près de 5% des montants sous gestion», indique Omar Chikhaoui.
On peut également classer les fonds en fonction de la narture des secteurs dans lesquels ils interviennent. Il y a les fonds dits généralistes, plus répandus, et ceux spécialisés (Agram dans l’agroalimentaire ou Oléa dans l’oléiculture par exemple). Il y a aussi les fonds à durée limitée (horizon d’investissement de 4 à 6 ans par exemple) et ceux à durée illimitée qui sont plutôt des sociétés d’investissement.
Quels avantages pour un chef d’entreprise de choisir le capital investissement ? «L’objectif d’un fonds d’investissement n’est pas seulement de financer des projets et dégager de la rentabilité, mais aussi et surtout de créer de la valeur en réorganisant l’entreprise, redéfinissant sa stratégie et en améliorant sa gouvernance», affirme le président de l’AMIC. En effet, accueillir un fonds de capital investissement dans son tour de table se traduit premièrement par une injection de liquidités qui permettra de développer l’activité et de financer la croissance. Cela permet aussi d’institutionnaliser l’entreprise et de moderniser son organisation et son fonctionnement, surtout pour les PME qui sont généralement des sociétés familiales. La transparence s’en voit également renforcée, car la présence d’un capital investisseur ne permet plus d’activités informelles ou non déclarées, et la pérénnité assurée dans le cas où le patron n’a pas de relève pour reprendre l’affaire (le capital-transmission).
Autre avantage important: l’effet de synergie. Quand un fonds d’investissement prend des participations dans plusieurs sociétés appartenant à trois ou quatre secteurs, il peut aider à développer des synergies entre les entreprises ayant des activités complémentaires.
Un fonds de capital investissement c’est aussi un bon moyen pour accéder à la Bourse. Grâce à la présence d’institutionnels dans son tour de table, l’entreprise, en effet, se structure et se conforme aux exigences du marché financier et développe une notoriété vis-à-vis des partenaires (clients, fournisseurs, banques…) et d’investisseurs potentiels. Pour profiter de tous ces apports, l’entreprise doit répondre, cependant, à un certain nombre d’exigences. «Le potentiel du marché et la qualité de l’équipe dirigeante sont déterminants dans le choix des entreprises cibles», déclare Omar Chikhaoui. En effet, les potentialités du marché, son degré de saturation et de concentration, les barrières à l’entrée et à la sortie… sont des éléments que les sociétés de gestion de fonds d’investissement regardent de très près avant de passer aux autres étapes de l’étude de dossier. La qualité du management, son expertise et sa transparence, les performances passées de l’entreprise ainsi que ses références constituent aussi des critères clés pour la sélection. Dans le cas d’un projet de développement, sa pertinence et sa rentabilité sont également importantes pour l’acceptation du dossier. Enfin, il reste la question du prix que le propriétaire de l’entreprise fixe et toute la partie des négociations. «La situation financière de l’entreprise n’est pas vraiment décisive car l’objet même du capital investissement est de renforcer les fonds propres de la société et d’améliorer sa situation financière», ajoute Rachid Zraigui.
Reste la question de qui entreprend les démarches. Est-ce le fonds ou l’entreprise elle-même ? Généralement, ce sont les capital-investisseurs qui recherchent des opportunités d’investissement conformes à leur stratégie et leurs exigences et ce, dans 70% des cas. Dans 30% des cas, ce sont les entreprises qui vont elles-mêmes prospecter des gestionnaires de fonds et les solliciter pour une prise de participation dans leur capital. Il est donc possible de prendre l’initiative et d’inviter ces professionnels à accompagner le développement de son entreprise à condition, toutefois, de présenter un bon dossier, avec le détail de la situation actuelle et un business-plan de son projet. L’idéal est de se faire assister par un cabinet de conseil ou une banque d’affaires qui s’occupera d’effectuer les démarches nécessaires avec la société de gestion du fonds. Et pour avoir une idée sur le processus, il faut savoir qu’il démarre avec la prise de connaissance de l’entreprise et de son activité et se termine avec la signature du pacte d’actionnaires et des déclarations de garantie, en passant par la «due diligence» (étude stratégique et opérationnelle), la signature du protocole d’accord, la négociation du prix et la conduite d’un audit financier et fiscal.