Bourse : une croissance pérenne ? Pas pour tous…

Au 16 décembre, le Masi affichait 31,3% de progression.
Correction technique, effet d’engouement, certaines valeurs se sont appréciées
en dehors de toute logique. Attention à la baisse.
Pour entretenir le dynamisme du marché, du papier neuf est nécessaire.

Aquelques jours de la fin de l’année, le marché boursier casablancais affiche une santé qui rompt avec la sinistrose des quatre derniers exercices. Mardi 16 décembre le Masi (indice composite) s’établissait à 3 973,3 points. Depuis le début de l’année, il s’améliore de près de 31,33 %. Plus significatif, pour ceux qui ont résisté à la tentation de vendre leurs actions en 4 ans de dégringolade, il annule toutes les pertes enregistrées depuis juin 2001.
Pour sa part, le Madex (indice des valeurs les plus liquides) s’établissait, mardi 16 décembre, à 3 200 points, soit 28 % depuis le démarrage de l’année 2003.
Si la capitalisation a atteint 116,7 milliards de dirhams, le volume global de transactions enregistré depuis le début de l’année est en progression de près de 250 % par rapport à la même période de l’année précédente. La progression à trois chiffres s’explique par le changement stratégique qui a concerné le tour de table de l’ONA et de la SNI et qui a nécessité des allers et retours de gros blocs des deux holdings, dopant au passage les statistiques. Il n’empêche que, hors cet élément exceptionnel, le volume aura tout de même évolué de plus de 60 % par rapport à la même période de l’année précédente.
Les analystes s’accordent aujourd’hui à dire que le redressement de la place casablancaise n’est pas fortuit. Il se fonde sur des facteurs multiples. Ceux de la société de Bourse MSIN attribuent cela à la conjonction d’au moins six éléments. D’abord, la mise en place d’un nouveau gouvernement qui a, paraît-il, contribué à redonner confiance aux milieux des affaires. Ensuite, la sous-évaluation de certaines valeurs par rapport à leurs perspectives de croissance, née de la baisse de leur cours pendant de nombreux mois. A cela s’ajoutent, troisième facteur, les bonnes perspectives de la croissance économique en 2003 et notamment celles des secteurs BTP et agroalimentaire. Quatrième facteur, l’abondance des liquidités sur le marché financier, qui a contraint les institutionnels à «revisiter» la Bourse et à faire confiance au marché des actions. Il s’en est suivi, cinquième facteur, une réduction du rendement des placements obligataires par rapport aux placements en actions, suite au jeu des vases communicants. Enfin, le retour des privatisations, en particulier celle de la Régie des tabacs, a redoré le blason des «titres de capital».

Toutes les valeurs grimpent mais le marché devra refroidir
Evidemment tout cela a incité les petits porteurs à reprendre le chemin oublié de la Bourse. Certains l’ont emprunté par comportement moutonnier. D’autres y trouvent leur compte. «Toutes les valeurs sont gagnantes aujourd’hui. Il suffit d’acheter le titre et de le revendre quelques jours plus tard pour réaliser une plus-value», fait remarquer un spéculateur sur le marché. Avant de se ressaisir et d’ajouter que «cela devient même inquiétant. Toutes les valeurs grimpent et le marché devra refroidir pour éviter un retour en arrière». C’est aussi l’avis de ce petit porteur qui a vu, à l’image du marché, la valeur de son portefeuille tripler en l’espace d’une année : «La croissance 2003 est déjà satisfaisante. Plus que cela, elle sera contraignante et limitera le potentiel de croissance des années à venir».

Il faudra des réformes pour développer les produits de placement
Tous s’accordent à dire que ce qu’il faut pour entretenir et développer ce regain d’intérêt se résume en une seule «doléance» – parce que c’est de cela qu’il s’agit – : avoir du papier neuf. Le marché en a soif et le nombre de sociétés cotées ne progresse plus depuis deux ans. Pire il ne cesse de baisser suite aux faillites, rachats ou aux radiations tout court (General Tire Maroc, BNDE, Longométal… et bientôt Wafabank). C’est en partie salutaire, certes, puisqu’on opère un nettoyage louable des tablettes, mais il faut absolument trouver des remplaçants. Les bonnes intentions ne manquent pas et certaines sociétés prennent même le risque d’annoncer leur introduction dans des horizons d’un ou deux ans (Risma…). Mais la vérité est que, depuis IB Maroc, un certain juillet 2001, aucune entreprise n’a eu le courage de franchir le pas.
Les responsables de la Bourse en sont conscients, le ministère de tutelle aussi (avec beaucoup de retard d’ailleurs, ses incitations fiscales n’ayant servi finalement à rien jusque-là), mais beaucoup reste à faire. D’ailleurs les ajustements opérés sur les compartiments de la Bourse n’ont pas encore donné leurs fruits que l’on réajuste déjà : les intervenants du marché s’acheminent vers la modification des règles (voir encadré) qui paraissent plus réalistes et surtout plus encourageantes.
D’un autre coté, le récent changement au niveau du Conseil de surveillance de la Bourse des valeurs de Casablanca est perçu par les observateurs comme étant une reprise en main du marché par les banques et les institutionnels avec la volonté de marquer de leur empreinte sa renaissance. Tant mieux si cela doit déboucher sur une dynamique durable et solide. Tant mieux si ces derniers s’engagent à préserver les acquis et à ne pas renvoyer la finance marocaine à l’ère de l’intermédiation bancaire. Tant mieux s’ils veillent au respect de l’éthique…
Des réformes devront ensuite venir pour développer les produits de placement et inciter les investisseurs à rester longtemps dans ce marché qui est, par définition, destiné à recevoir de l’épargne longue.
Le tableau est plutôt rose aujourd’hui et ceux qui réalisent des plus-values ne s’en plaignent pas. Parmi les secteurs qui ont tiré vers le haut la performance de la Bourse figure incontestablement celui des BTP. Le bâtiment et matériaux de construction ont donné le ton dès la publication des résultats semestriels qui ont connu une progression de 36 %. Ciments du Maroc, Aluminium du Maroc et Sonasid sont les trois valeurs de ce secteur qui ont le plus progressé, réalisant des résultats nets en amélioration de respectivement 61, 47 et 28 % par rapport au premier semestre 2002. Les multiples chantiers d’infrastructures ainsi que les nombreux projets lancés dans le logement social ont contribué à cette effervescence alors qu’en même temps la consolidation des gains de productivité des usines et la bonne maîtrise des charges ont servi de catalyseur. Mais sur les tablettes de la Bourse, c’est Lafarge Ciments qui a le plus profité de l’embellie du secteur, le cours du leader sur le marché national du ciment ayant progressé de 78 % depuis le début de l’année. Aluminium du Maroc n’est pas en reste, avec une hausse du cours de 74 % en un an.
Le secteur agroalimentaire vient en second lieu. Malgré une hausse d’à peine 5 % de son chiffre d’affaires et une baisse de 6 % du résultat net, causée essentiellement par la contre-performance de Lesieur (-37 %), il arrive à tirer son épingle du jeu. Le cours de la Centrale Laitière affiche orgueilleusement une progression de 103 % depuis le début de l’année. Il faut dire aussi que la société avait amélioré son résultat d’exploitation de 10,9 % et son résultat financier de 6 % au terme du premier semestre 2003.

BTP, agroalimentaire, assurance et banque ont dopé la cote

Les compagnies d’assurance, elles, en dépit de résultats en baisse, ont permis aux boursicoteurs de réaliser des plus-values inespérées. A 107 %, la Marocaine Vie affiche le meilleur taux de progression de la cote. Son appartenance au groupe Société Générale lui donne des ailes et la réussite de son plan de restructuration porte ses fruits. Toujours dans les assurances, les 79 % de performance du cours de Wafa Assurance sont dûs en grande partie au rapprochement entre la BCM et la famille Kettani. Dès l’annonce de l’acquisition par la Banque commerciale du Maroc du holding OGM, la valeur a été réservée à la hausse et son cours prenait, à chaque séance, 6 % supplémentaires… Agma continue pour sa part de progresser tranquillement, raflant un gain de 63 % depuis le début de l’année.
Les banques constituent le troisième secteur porteur cette année. Pourtant, comme pour les assurances, ce secteur s’est engagé dans un processus de provisionnement visant à se conformer à la réglementation prudentielle. D’ailleurs, son résultat net semestriel est en régression de 6 %. La seule valeur qui figure dans le top-ten est le CIH. L’ex-organisme financier spécialisé (OFS) a profité, pendant plusieurs séances, des rumeurs concernant son rapprochement avec la BCP. Son cours s’est apprécié en conséquence pour afficher un saut – tenez vous bien – de 104 % depuis le début de l’année. Les autres valeurs affichent tout de même 33 % pour la BCM, 23 % pour la BMCI et 22 % pour Wafabank et Crédit du Maroc. Le cours de la BMCE, lui, n’arrive pas à décoller.
Enfin, dans le secteur pétrole et mines, des valeurs comme Samir et Managem parviennent à réaliser des performances respectives de +58 % et +20 % malgré un démarrage difficile et des résultats semestriels en forte baisse (-73 % et -87 % respectivement).
Alors, pérenne la croissance ? La dynamique est sans doute-là mais il est des valeurs qui ont profité cette année d’un effet de correction technique (posititive) et ont surfé sur l’engouement général alors que la performance de leurs entreprises ne reflète pas la progression des titres. Autrement dit, l’année 2004 ne sera pas rose pour tout le monde. Ce sera – enfin nous l’espérons – un marché boursier… comme les autres avec des perdants et des gagnants.


De nouvelles règles pour les compartiments…
Le Conseil déontologique des valeurs mobilières (CDVM), la Bourse de Casablanca et les opérateurs du marché financier se sont mis d’accord sur une formule commune relative aux compartiments de la Bourse de Casablanca. En effet, des changements radicaux concerneront les conditions d’éligibilité aux compartiments de la Bourse et ce en vue de s’aligner sur les critères adoptés par les places financières internationales.
C’est ainsi que cinq compartiments seront créés : trois compartiments d’actions, un compartiment obligataire et un marché des fonds.
1er compartiment :
– Il est nécessaire de lever un montant minimum de 75 millions de dirhams constitué de plus de 250 000 actions ;
– La société est tenue de libérer entièrement son capital et de disposer de ce fait de fonds propres supérieurs à 50 MDH ;
– Elle doit justifier de deux exercices certifiés ;
– Les entreprises qui disposent de filiales doivent, quant à elles, présenter impérativement des comptes consolidés .
2e compartiment :
– Il faut avoir réalisé un chiffre d’affaires supérieur à 50 MDH au titre du dernier exercice ;
– La société doit lever un capital minimum de 25 MDH ;
– Elle doit présenter des comptes certifiés d’au moins une année et signer un contrat d’animation d’une année également, renouvelable à la demande de la Bourse, après avis favorable du CDVM.
3e compartiment
– Il faut lever un montant de 10 MDH ;
– La société doit certifier ses comptes d’un exercice, présenter un business plan portant sur trois ans et souscrire à un contrat d’animation de trois ans renouvelable, également sur la demande de la Bourse ;
– Les premiers actionnaires sont autorisés à rester dans le capital pendant trois ans au lieu de cinq ans auparavant.
Le marché obligataire
Ce marché porte sur les titres obligataires dont la maturité est de deux années et dont le montant d’émission est de plus de 20 millions de dirhams cotables.
Le marché des fonds
Ce marché sera dédié aux fonds du capital risque et aux fonds collectifs en titrisation dont le volume dépasse 20 MDH.
Les compartiments ainsi constitués permettront de mieux classifier les sociétés cotées, de faciliter l’introduction de nouvelles entités et surtout de bien dessiner les frontières de chaque compartiment