Bourse : Maroc Telecom pourra-t-elle ranimer le marché ?

L’OPV a dynamisé les volumes et les cours des grosses valeurs. Pas beaucoup d’engouement auprès des personnes physiques n Il faudra attendre les résultats semestriels de la cote pour qu’une véritable tendance se dessine.

Maroc Telecom a été le centre d’intérêt du marché financier depuis son annonce, en juin dernier, d’une OPV portant sur ses titres. Rappelons que l’opérateur a mis sur le marché 70,3 millions d’actions, répartis entre 52,7 millions d’actions pour le marché de bloc (6% du capital) et 17,5 millions d’actions pour le public (2% du capital). Cette opération d’envergure est l’une des plus grosses depuis très longtemps.

Maintenant que l’OPV est bouclée, que tous les participants y ont trouvé leur compte, qu’est-ce qu’elle a bien pu apporter au marché financier ? Est -elle à même à relancer la place, redonner confiance aux investisseurs marocains/étrangers ?…

Techniquement, depuis les 20 jours qui ont suivi la clôture de l’opération (05/07), les titres IAM sont plus liquides sur le marché boursier, la valeur capte des volumes hebdomadaires de pas moins de 300 MDH. Cela a naturellement donné un coup de fouet à la volumétrie globale du marché.

Depuis le 5 juillet, le volume quotidien moyen est de 156 MDH, un dynamisme peu commode durant cette période de l’année, caractérisée, depuis plusieurs années, par des niveaux de flux anémiques transitant dans un marché tout aussi plat. La preuve, à la même période de l’année dernière, le volume quotidien moyen ne dépassait pas les 66 MDH, soit 135% en moins que les volumes actuels.

«Mais en plus d’animer le marché, l’opération sur les titres de l’opérateur a porté les actions de certaines sociétés cotées, dits Blue chips (ndlr : le titre d’une société en bonne santé financier, offrant un rendement certain et dont le cours est peu volatil), à l’instar d’Attijariwafa bank, dont la pondération a augmenté dans l’indice global, au niveau des OPCVM», explique un gestionnaire de portefeuille.

En effet, en juin dernier, un arrêté ministériel a introduit une série de mesures techniques portant sur les OPCVM. Dorénavant, un OPCVM peut porter la limite de 10% de ses actifs en valeurs mobilières d’un même émetteur, à 20%, si la pondération des titres de capital cotés de ce dernier dépasse 15% dans l’indice boursier de référence. C’est le cas d’IAM et d’Attijariwafa bank: la pondération de Maroc Telecom sur le MASI passera de 18% à 25%. Le poids de l’opérateur téléphonique et du groupe bancaire dépasse aujourd’hui les 40% dans l’indice.

«Les investisseurs se sont positionnés davantage sur les actions d’Attijariwafa bank. Une situation qui a renchéri l’animation sur le marché» nous dit un trader. Il est à noter que depuis le 13 juin, le titre enchaîne les performances et s’est renforcé de 7%.

Impact à moyen terme sur le marché

L’un dans l’autre, l’indice a épongé ses pertes, durant ces dix dernières séances. A la clôture de la séance du 22 juillet, le MASI passe au vert en réalisant une légère performance de 0,41%.

«Aujourd’hui il est difficile de quantifier l’impact de cette opération sur le marché à moyen terme. L’OPV est un stimulus pour le marché. Il faut temporiser pour juger et mesurer l’opportunité qu’elle offre», confie un analyste. L’opération a répondu aux besoins budgétaires de l’Etat. Son objectif était également de «repopulariser» l’actionnariat de Maroc Telecom. «Cet objectif est presque atteint. On tablait tout de même sur un nombre de personnes physiques plus grand, compte tenu de la nature de l’émetteur et du ticket d’entrée qui n’est pas très important (20000 à 25 000 DH)». Pour rappel, 22 880 personnes physiques marocaines résidentes ont souscrit à l’OPV. Un chiffre correct mais largement inférieur aux niveaux de souscriptions aux OPV et IPO des années 2000.
Pourquoi ? «Nous sommes dans une structure de marché qu’il faudra analyser par la suite. C’est peut être le timing qui a freiné l’engouement de cette catégorie d’investisseurs: les départs en vacances, l’approche de la période des fêtes. Ou encore le fait qu’il n’y ait plus de leviers auprès des banques», explique notre gérant de porte feuille. On se souvient des années 1990-2000, quand les banques offraient des leviers aux personnes physiques pour souscrire massivement, même lorsque les comptes de ces derniers n’étaient pas suffisamment approvisionnés. «Mais depuis que les banques ont subi des casses vers la fin des années 2000, elles rechignent à donner des leviers aux particuliers… Cela a peut-être freiné l’appétit des gens», suppose l’expert.
Quoi qu’il en soit, il est encore prématuré de se prononcer sur les retombées futures de l’OPV. Mais, disons-le, malgré l’envergure et la qualité de l’opération, celle-ci pourrait contribuer activement à la relance du marché mais elle ne fera pas des miracles à elle seule !

Une confiance renforcée par les résultats du premier semestre

L’opérateur a récemment publié ses résultats semestriels, qui sont légèrement plus élevés que les attentes. Un très bon signal qui devrait renforcer la confiance du marché. Cependant, «il faudrait que les réalisations semestrielles des autres sociétés cotées confirment ce trend. De mauvais résultats, principalement des grosses capitalisations, casseraient incontestablement cette dynamique», explique l’analyste.

Le marché aura sans doute plus rapidement de la visibilité si la nouvelle circulaire de l’AMMC est mise en application dès ce trimestre. Il s’agit de la circulaire homologuée par le ministère des finances qui exige dorénavant des sociétés cotées de publier trimestriellement certains indicateurs de leurs activités (chiffre d’affaires/ investissements/dettes). «Si nous disposons de ces éléments avant le 31 août, cela va donner de la guidance au marché. Mais on ignore si cela va se faire cette année ou en 2020…On attend. Auquel cas la tendance ne sera pas visible avant septembre», ajoute la même source.

Selon un analyste, «le cœur de l’activité, qui est au Maroc, a historiquement tiré les résultats de l’opérateur, en matière de marges. Concrètement, il y a au moins 10 points de différence entre les marges au Maroc et celles des filiales africaines.
En gros, si l’activité domestique marche bien, elle aura le dos solide pour supporter les déboires des filiales».
Au vu des résultats actuels, les activités africaines sont négatives en matière de croissance. A mon sens, nous assistons à un tournant en Afrique : le passage à de nouvelles technologies avec de nouvelles licences que l’opérateur a obtenues, notamment sur la 4G. Tout ceci génère des coûts d’investissements importants. L’impact plein de ces nouvelles technologies et licences ne sera vérifié qu’en fin d’année».

 

Nous avons posé la question à un professionnel: Est-ce qu’il ne fallait pas plutôt lancer l’opération en deux temps, pour entretenir l’appétit des opérateurs et donc le dynamisme du marché ? «Avant l’OPV, certains étaient sceptiques quant à la taille de l’opération passée auprès des institutionnels. Le montant devant être injecté était très important. Les doutes se sont vite dissipés au vu de la réussite de l’opération et de la rapidité d’absorption de ce montant auprès de cette catégorie d’investisseurs». Faute de meilleur placement ? «Les investisseurs marocains n’ont certes pas l’embarras du choix en termes de placement. Mais l’on ne peut pas dire qu’ils se sont positionnés dans cette opération à défaut de mieux, puisque Maroc Telecom est un émetteur de qualité, l’un des plus fiables de la place et parmi ceux qui offrent les meilleurs rendements de la place».

 

Comme annoncé plus haut, la pondération de Maroc Telecom sur le MASI passera de 18% à 25%. IAM et Attijariwafa bank pèsent dorénavant plus lourd dans la capitalisation boursière.
Ce qui revient à dire que l’évolution de leurs cours impactera systématiquement, instantanément l’indice… De quoi faire frémir plus d’un gérant qui n’a pas fait les bonnes pondérations dans son portefeuille !