Bourse : Les secteurs à qui profite la crise

• Les investisseurs vont continuer à miser sur les Télécom, la distribution, les métaux précieux et l’agrolimentaire.

Durant ces 6 derniers mois de pandémie, le Masi a perdu 16% de sa valeur. Après une forte chute d’environ 27% de mars à avril, l’indice s’est rattrapé tant bien que mal de mai à août en retrouvant les deux tiers de sa valeur, nourri par des anticipations de reprise progressive en 2021 de certains secteurs clés cotés.
Il faut dire qu’aujourd’hui les investisseurs n’ont pas d’autres choix que de miser sur les secteurs qui sortiraient indemnes de cette crise sanitaire.
En terme de performance annuelle des indices sectoriels, ils sont seulement 3 sur 24 secteurs cotés à être dans le vert. A savoir le secteur de la distribution (+3% à la clôture du 08/09), le secteur minier (+2,75% et celui des logiciels & matériels informatiques (+14,7%). En parallèle, la plus grosse contre-performance est enregistrée par l’indice du secteur immobilier qui a perdu quasiment la moitié de sa valeur depuis le début de l’année.
Il faut dire que le flou est absolu concernant l’évolution de l’activité de ce secteur. Dans le sens où les valeurs cotées ne livrent pas au marché financier des informations exhaustives susceptibles d’éclairer les investisseurs quant à leurs perspectives d’évolution. Un manque de visibilité accentué également par l’incertitude sur le dispositif légal, notamment en ce qui concerne la reconduction des mesures fiscales incitatives relatives au logement social, qui prennent fin le 1er janvier 2021 (hors programmes impactés par l’arrêt d’activité pendant le confinement qui bénéficient d’un délai supplémentaire d’une année, selon le projet de Loi de finances rectificative).
Par ailleurs, à en croire l’évolution des indicateurs d’activité de certains secteurs au premier semestre et du comportement des valeurs qui les composent en bourse, ces derniers gagnent et gagneront davantage en importance stratégique pour les investisseurs. C’est le cas du secteur agroalimentaire, selon les analystes d’Attijari Intermédiation. Dans la mesure où l’activité n’accuse aucune perturbation de sa chaîne de valeur grâce à la bonne tenue de ses composantes Offre et Demande. Aussi, ce secteur qui demeure un grand pourvoyeur d’emplois pourrait jouer un rôle actif durant la crise. Et dans un contexte où la question de la sécurité alimentaire est à l’ordre du jour, de nouvelles opportunités à l’export émergeront (et semblent déjà prendre le dessus au sein des grandes économies). Un clin d’œil particulier à Cosumar et à Lesieur Cristal qui s’inscrivent déjà dans une logique de développement international portée par un tour de table équilibré entre des actionnaires métier de référence mondiale et des institutionnels locaux crédibles.
Aussi, le secteur de la distribution moderne s’en sort bien durant cette période qui constituerait même pour lui une opportunité inédite afin d’augmenter considérablement son taux de pénétration au sein de l’économie. Ce taux s’élèverait à peine à 17% contre 38% en moyenne pour les pays comparables, expliquent les analystes. Ainsi, ce secteur d’activité a atteint des niveaux records en termes de fréquentation, favorisant ainsi le changement des habitudes de consommation des ménages, qui sont également de plus en plus familiarisés avec la digitalisation opérée par les opérateurs du secteur, à travers le lancement des services de commande en ligne et de livraison à domicile. Un nouveau créneau qui sera à terme créateur de valeur pour cette activité.

SMI, un bon véhicule de placement

Dans un autre registre, les métaux précieux devraient se démarquer durant cette crise sanitaire et ce, pour trois raisons. Premièrement, l’activation massive de la planche à billets suite aux politiques monétaires ultra accommodantes des grandes banques centrales risque de déprécier la valeur de la monnaie au profit de l’or en tant que valeur refuge. Deuxièmement, la montée des inquiétudes quant à la solvabilité des États au terme de cette crise se reflète via l’élargissement des spread de taux. Troisièmement, une pression sur l’offre minière en métaux précieux en raison de la fermeture des mines polymétalliques non rentables. Dans ce sens, SMI constitue un véhicule de placement intéressant. Cette valeur offrirait à la fois une marge de rattrapage importante du cours de l’argent et une couverture par rapport à une éventuelle dépréciation du dirham dans la mesure où son chiffre d’affaire est libellé en dollar à hauteur de 100%.
Enfin, le secteur des télécommunications devrait bénéficier d’une nouvelle dynamique de croissance. Grâce à la forte augmentation de la Data Mobile de plus de 50% durant la période de confinement, ce qui favoriserait le changement des habitudes de consommation au Maroc.
Concrètement, la consommation moyenne par utilisateur devrait franchir un nouveau palier et le taux de pénétration de la Data devrait accélérer sa progression. D’autre part, les acteurs privés et publics évolueront vers des modèles qui reposent davantage sur la digitalisation, ce qui boosterait le développement des segments Internet haut et très haut débit. Dans cette perspective, il est réconfortant de constater que l’effort d’investissement déjà déployé par le secteur lui permet aujourd’hui d’accompagner cette hausse importante du trafic, sans pour autant accuser une dégradation visible de la qualité de ses services.