Bourse : les particuliers plus confiants que les institutionnels

Selon l’indice de confiance d’Attijari Intermédiation, les particuliers sont passés en phase d’assurance au lieu d’être dans l’attentisme. Les institutionnels et les acteurs de référence du marché restent, eux, pessimistes.

Le marché boursier casablancais n’a jamais été autant régi par les facteurs psychologiques. Pendant l’année qui vient de s’écouler, et même en ce début 2012, les investisseurs réagissent plus à l’évolution de l’environnement international (crise des dettes publiques, croissance dans l’Union européenne, soulèvements populaires dans la région Mena…) et national (manifestations, réforme de la Constitution, tenue des élections législatives, formation du gouvernement…) qu’à l’annonce par une société cotée d’une bonne nouvelle ou la publication d’une recommandation théorique favorable par une société de Bourse.
Conscients de cette mutation dans la réflexion des investisseurs, les analystes d’Attijari Intermédiation ont élaboré en septembre dernier le premier indice de confiance du marché actions casablancais, lequel mesure la perception future des investisseurs quant à l’évolution du marché (voir présentation de l’indice en encadré). La société de Bourse vient de publier la deuxième édition de cet indice, relative au dernier trimestre 2011.

Le contexte global pousse toujours à l’attentisme

Il en ressort qu’à fin décembre dernier, l’indice de confiance des investisseurs s’est établi à 48,1 points sur une échelle de 100, en appréciation de 2,5 points par rapport à septembre 2011 (l’indice est calculé trimestriellement). Il s’agit certes d’une progression, mais ce score situe toujours l’indice de confiance dans la phase d’attentisme (entre 25 et 50). La perception future des investisseurs envers le marché actions est donc toujours qualifiée d’indécise. Elle est impactée, selon Attijari Intermédiation, par une incertitude plus prononcée quant à l’évolution future du climat économique général du Maroc, une inquiétude plus vive à propos des résultats annuels 2011 des sociétés cotées, et un contexte international que les investisseurs qualifient toujours de défavorable. Ces éléments négatifs ont été contrebalancés−c’est d’ailleurs ce qui a permis à l’indice de gagner 2,5 points par rapport à septembre−par une nette amélioration de la confiance des investisseurs envers le contexte politique national ainsi que par un contexte géopolitique que ces investisseurs qualifient de plus rassurant par rapport au troisième trimestre 2011.
Cela dit, l’évolution de la confiance en fin 2011 n’a pas évolué de manière homogène pour toutes les catégories d’investisseurs (voir graphique ci-contre). Si le climat général est toujours à l’attentisme, il n’en est pas de même chez les particuliers, qui constituent 15% de l’échantillon retenu par la société de bourse pour élaborer cet indice. Celui-ci est, pour les personnes physiques résidentes, passé de 43 à 58 points, soit 15 points de plus qu’au troisième trimestre 2011, plaçant ainsi cette catégorie d’investisseurs dans la phase d’assurance (de 50 à 75 points). Les particuliers sont donc plus confiants par rapport à l’évolution future du marché, à l’instar des étrangers (15% de l’échantillon également) qui, malgré un indice en baisse de 1,5 point, restent situés dans la phase d’assurance avec un indice de 51 points.

Le consensus est à une poursuite de la correction du marché jusqu’à mars

De fait, ce sont les institutionnels (50% de l’échantillon de par leur niveau d’intervention sur le marché) qui tirent l’indice de confiance global vers le bas. Ces investisseurs sont toujours dans une phase d’attentisme, avec, en plus, un indice en dégradation de 0,7 point, à 44,5 points. Les acteurs de référence du marché (20% de l’échantillon), notamment les sociétés de bourse, restent également attentistes, malgré un indice en progression de 4,2 points, à 47,5 points.
Parmi les points qui tirent également l’indice global à la baisse figure l’évolution future du marché actions durant les trois prochains mois (jusqu’à fin mars). Le consensus des investisseurs plaide en effet pour une poursuite de la correction. 31% des sondés optent pour une baisse du Masi−contre 18% en septembre dernier−et 29% prônent désormais une stabilité contre 39% trois mois plus tôt. Les optimistes tablant sur un scénario haussier ont également vu leur part baisser de 18% à 17%. Toutefois, le pourcentage des individus optant pour un «scénario noir» (marché fortement baissier) a sensiblement baissé, passant de 21% à 14%.
Les anticipations des investisseurs quant aux réalisations annuelles 2011 des sociétés cotées sont, elles aussi, dans un registre de pessimisme. Les analystes d’Attijari Intermédiation ont relevé une méfiance plus prononcée en décembre qu’en septembre, avec 40% des sondés qui s’attendent à des résultats mitigés contre 33% trois mois plus tôt, et 26% qui tablent sur des réalisations «ordinaires» contre 30% en septembre. Les investisseurs qui s’attendent à une bonne progression des résultats ont, eux, vu leur part passer de 33% à 31%.
Même constat en ce qui concerne les perspectives des investisseurs en matière de climat général de l’économie nationale. Ils sont 40% à être sceptiques quant à une bonne évolution de l’environnement macroéconomique du Maroc contre 15% en septembre 2011, alors que le pourcentage des investisseurs à être confiants a reculé de 52% à 31% en décembre. 26% des sondés se prononcent neutres contre 33% trois mois plus tôt, et 3% sont désormais très méfiants contre 0% au troisième trimestre 2011.
L’environnement économique international et son impact sur le marché actions marocain inquiète, lui aussi, toujours les investisseurs. Ils sont en effet 54% à considérer que cet environnement aura un impact défavorable sur la Bourse de Casablanca durant les prochains mois contre 48% en septembre 2011, et ils sont 14% seulement à penser que la conjoncture internationale n’aura aucun impact significatif sur le marché contre 27% au 3e trimestre 2011. Ceci alors que les investisseurs estimant que cet environnement sera très pénalisant restent significatifs : 17% des sondés.

Le contexte politique national n’inquiète plus

Face à cette méfiance et anticipations défavorables, les investisseurs se montrent plus confiants par rapport à l’environnement politique national et son impact sur le marché actions. En effet, 37% des investisseurs sondés estiment que l’évolution future du contexte politique du Maroc aura un impact favorable sur la Bourse contre à peine 15% en septembre. Et ils sont désormais 20% à considérer que l’impact sera carrément très favorable contre 3% seulement au troisième trimestre. 26% s’attendent à un impact non significatif sur le marché, et 17% tablent sur un impact défavorable contre 27% trois mois plus tôt.
Enfin, l’environnement géopolitique n’inquiète plus autant les investisseurs. Plus du tiers des sondés pensent qu’il va s’améliorer et qu’il aura un impact positif sur le marché boursier contre à peine 3% en septembre 2011, alors qu’ils ne sont plus que 29% à s’attendre à un impact défavorable contre 58% au troisième trimestre 2011. Les investisseurs qui tablent sur un impact très pénalisant sur le marché actions ont, eux, vu leur poids passer de 15% à 3%.