Bourse : les analystes partagés sur la solidité de la hausse

Le marché atteint une performance depuis le début de l’année de 10,5%. Pour certains professionnels, la bourse ne fait que profiter de la baisse des taux des bons du Trésor. Pour d’autres, l’amélioration du contexte économique, de la liquidité et des bénéfices de la cote plaident pour une poursuite de la hausse.

La Bourse de Casablanca reprend des couleurs. Les indices sont sur un trend haussier depuis avril dernier, avec toutefois quelques phases baissières. De son côté, la volumétrie s’améliore progressivement d’un trimestre à l’autre. De fait, les investisseurs font leur come-back, attirés aussi bien par le niveau de rendement de certaines valeurs que par le potentiel de hausse que proposent d’autres. Au 7 octobre, le Masi affichait une performance de 10,3% depuis le début de l’année, pour un volume moyen quotidien de 87 MDH. Pour rappel, à la même période de l’année précédente, l’indice de toutes les valeurs était en baisse de 7,7% et les transactions généraient un volume de 91 MDH en moyenne quotidienne. Le marché serait-il en train de sortir définitivement de la crise qui sévit depuis 2008 ? La hausse de la masse bénéficiaire des sociétés cotées au premier semestre est-elle suffisante pour confirmer cette reprise ? Comment les indices devraient se comporter sur les prochains mois ?

Si certains analystes croient dur comme fer en la reprise du marché, d’autres restent sceptiques, estimant que la hausse est davantage à caractère technique plutôt que fondamental. «Ce n’est certes pas un rebond momentané mais cette récente reprise n’est pas porteuse de grands espoirs. Dans le contexte actuel du marché, elle pourrait s’essouffler à terme», pense l’un d’entre eux. Pour lui, la hausse est dopée uniquement par certaines valeurs de la cote, notamment Maroc Telecom qui, avec une croissance du cours de près de 11% depuis début janvier, a contribué à près de 55% à la progression du Masi. «Attijariwafa bank, la BCP et Sonasid ont également séduit les investisseurs qui anticipaient la réalisation de résultats semestriels en amélioration», explique un analyste. Dans un marché en manque de liquidité et de papier frais, le moindre mouvement «inhabituel» sur une poignée de valeurs tire mécaniquement la bourse vers le haut. Cette catégorie d’analystes estime qu’en dépit de l’amélioration de la liquidité, elle reste en deçà du niveau qui permettrait une hausse équilibrée du marché. Rappelons d’ailleurs que le fournisseur d’indices financiers Financial Times Stock Exchange (FTSE) a décidé, le 22 septembre, de rétrograder le Maroc du rang de «marché émergent secondaire» à celui de «marché frontière», en raison de la baisse continue de la liquidité sur la place de Casablanca.

En fait, la situation du marché des bons du Trésor a fortement contribué au rebond des cours boursiers. En effet, la contraction des taux obligataires avec des baisses allant jusqu’à 120 points de base a poussé nombre d’investisseurs et de gestionnaires de fonds à se réorienter vers le marché actions. Autrement dit, «vu le repli des rendements sur le marché de la dette publique et compte tenu du manque d’alternatives de placement, les investisseurs n’ont d’autre choix que de revenir à la bourse et de se placer sur les valeurs qu’ils jugent solides», souligne un autre professionnel.
Par ailleurs, ces analystes considèrent que les réalisations semestrielles des sociétés cotées ne sont pas d’un niveau satisfaisant. «La masse bénéficiaire ne s’est améliorée que de 2,9% à fin juin alors qu’elle avait marqué le pas à la même période de l’année dernière. Ce n’est donc pas une croissance sensible qui conduirait le marché à sortir de sa torpeur, surtout que bien des secteurs (mines, cimenteries, immobilier) ne se portent toujours pas bien», ajoute un gestionnaire de fonds. D’ailleurs, en excluant BMCE Bank, la BCP et Jlec dont la croissance des bénéfices était remarquable, la capacité bénéficiaire de la cote aurait baissé de 3,2%. En somme, «lorsque la croissance du marché sera tirée par une vingtaine de sociétés et non par les valeurs historiquement considérées comme les locomotives du marché, là, on pourrait parler de reprise durable et équilibrée». Bref, selon eux, le marché n’est pas encore sorti de son marasme et il devrait continuer à évoluer sans tendance de fond, en l’absence de changements majeurs pouvant bouleverser la donne.

En dehors de Maroc Telecom, les bénéfices de la cote seraient en hausse de 7,5%

Une autre catégorie de professionnels n’est pas du même avis. Ils estiment que le marché est bel et bien sorti de son cycle baissier et que cette hausse représente le début d’une reprise solide et durable. Il est vrai qu’elle reste tirée par certains titres, mais elle devrait se transmettre aux autres valeurs progressivement avec le redressement de la liquidité du marché. Selon un directeur analyse et recherche, «la liquidité est certes toujours faible par rapport aux années d’euphorie boursière». Toutefois, sur le 3e trimestre de cette année, le niveau de la volumétrie a doublé, atteignant en moyenne quotidienne 82 MDH contre 44 millions à la même période en 2013. Ceci s’est accompagné d’une amélioration de la conjoncture économique, considérée comme facteur essentiel de redressement du marché boursier. En effet, les réserves de change se sont améliorées de 17% à fin août pour se situer à 175,6 milliards de DH, les banques subissent moins de tensions sur les liquidités (près de 40 milliards de DH de déficit à fin juin contre 78 milliards de DH une année auparavant) et la situation des finances publiques est en phase de redressement, comme l’atteste le niveau du déficit budgétaire qui a atteint à fin août 42,4 milliards de DH.
En outre, ces opérateurs voient la croissance bénéficiaire des sociétés cotées d’un autre œil. Si les analystes sceptiques cités ci-dessus considèrent qu’elle est tirée par trois sociétés essentiellement, ceux-ci estiment qu’en excluant le repli du bénéfice de Maroc Telecom, elle se serait établie à 7,5%, «ce qui représente quand même une bonne nouvelle pour nombre d’investisseurs et de professionnels du marché qui tablaient sur une poursuite de la chute de la masse bénéficiaire de la cote», affirme l’un des analystes contactés.
S’il y a, en plus de ces éléments, un argument de taille qui jouerait en faveur de la poursuite de la croissance du marché boursier, c’est bien celui de l’abaissement du taux directeur de 25 points de base effectué par Bank Al-Maghib fin septembre. En effet, cette décision devrait permettre aux banques de se refinancer auprès de l’institut d’émission à moindre coût. Mais aussi, elle devrait pousser les banques à accorder des crédits à des taux plus avantageux. Ce qui devrait, selon les analystes, relancer la machine économique dans un horizon de 6 à 12 mois.

Par ailleurs, la baisse du taux principal de Bank Al-Maghrib devrait exercer une pression à la baisse sur les taux des bons du Trésor qui sont déjà en recul. Du coup, la rémunération de l’épargne investie sur ce marché sera davantage rognée, ce qui devrait pousser les investisseurs à se renforcer sur le marché actions. Enfin, les instruments financiers à même de dynamiser la bourse commencent à prendre forme. En atteste la publication de la circulaire sur le prêt-emprunt de titres.
Quoi qu’il en soit, qu’ils soient sceptiques ou optimistes, tous les professionnels estiment que la poursuite de la reprise dépend d’un facteur important : l’injection de papier frais. A ce titre, ils considèrent que l’introduction en bourse annoncée de Marsa Maroc et les bruits qui courent autour de l’ouverture du capital de Total Maroc et d’une compagnie immobilière devraient améliorer la liquidité et la confiance des investisseurs aussi bien locaux qu’étrangers et, de facto, confirmer la reprise du marché boursier.