Bourse : le marché démarre l’année sur un bon mood

Un arbitrage encore plus favorable pour l’action en 2020. La vague haussière en fin d’année traduit un retour de confiance. Une importante injection de cash attendue en faveur du marché boursier.

Le MASI n’a pas lâché du lest en ce début d’année. Il boucle le premier mois de cette année, sur une performance annuelle de 3,5%, franchissant même à la hausse la barre psychologique des 12 600 points (une première depuis mai 2018).

Il faut dire que l’indice surfe sur une vague haussière depuis la deuxième semaine d’octobre dernier. Rappelons que le dynamisme qui a marqué les deux derniers mois de 2019 a été alimenté par des facteurs qui ont contrebalancé l’effet de déception des opérateurs face aux résultats semestriels de la cote. Les investisseurs ont voulu «y recroire», tenant compte des nouvelles mesures annoncées dans le cadre du PLF 2020, notamment celles liées à la baisse du taux d’imposition pour les sociétés industrielles et à la déclaration de l’argent thésaurisé. Ainsi que l’amélioration du classement du Maroc dans l’indice Doing Business et la notation de Standard & Poors qui a relevé les perspectives du Maroc de négatives à stables. Ou encore la réallocation des ressources du marché obligataire caractérisé par la baisse des taux (atteignant un plus bas niveau en novembre 2019), vers le marché actions. Le titre Maroc Telecom a également stimulé l’indice et les volumes (après l’échange de 415 060 actions, drainant ainsi le plus gros volume de la cote à la clôture de la séance du 21 novembre). En plus d’autres éléments fondamentaux comme les résultats trimestriels à fin septembre qui ont affiché une hausse du chiffre d’affaires cumulé de 2,7%. Les institutionnels ont fait un reclassement de leurs portefeuilles en faveur des plus grandes capitalisations, à savoir Maroc Telecom, Attijariwafa bank ou encore BCP. Cette situation a eu un impact positif sur les cours de ces grandes capitalisations, favorisant ainsi la montée du MASI.

Dans quel mindset sont les investisseurs en ce début d’année ?

La hausse du MASI, qui se poursuit depuis plus de 3 mois, témoigne d’une reprise de confiance de la part des opérateurs, constate un gérant de portefeuille de la place qui enchaîne : «Le contexte est marqué par une grande baisse des taux accompagnée par une faiblesse de rendements. Cette situation ne permet pas aux investisseurs de rémunérer leur investissement, notamment les caisses de retraite et les compagnies d’assurance (taux de rendement minimum exigé est de 3%)» En effet, un bon de Trésor sur 10 ans offre seulement 2,7%. Ainsi, la détention d’actifs financiers sur la durée est faiblement rémunérée aujourd’hui et ne sert pas les intérêts des investisseurs. En parallèle, le marché boursier offre une rémunération par les dividendes nettement meilleure de 3,5% (cf encadré). Cette situation continuera naturellement à favoriser l’arbitrage en faveur du marché action. Notons tout de même que cette migration en faveur de l’action est également justifiée par l’absence d’alternatives d’investissement sur le marché financier. A défaut d’une ouverture du marché sur d’autres produits, les investisseurs n’ont définitivement pas d’autres choix…

L’optimisme des opérateurs est également motivé par des anticipations de bonnes nouvelles, pour cette année. Aussi timide soit-elle, la reprise économique constitue un bon signal, drivé par le redressement de l’agriculture. Dans ce contexte, la Loi de finances table sur une croissance de 3,7% imputable à un redressement de la production agricole, sous l’hypothèse d’une campagne céréalière moyenne de 70 millions de quintaux.

BOURSE
Source : BKR

 

Un retour de cash…

Un autre point positif, celui de l’amnistie et la régularisation fiscale des avoirs et des revenus fonciers non déclarés au Maroc. C’est d’ailleurs l’une des mesures phares de la Loi de finances 2020. Le législateur prévoit, en effet, d’intégrer une contribution libératoire destinée aux personnes physiques et morales en infraction fiscale, qui aura pour effet le renflouement des dépôts bancaires qui permettra aux établissements de crédit de continuer de financer l’économie et le renforcement des recettes du Trésor.

A noter que l’amnistie ne s’applique qu’aux personnes ayant leur domicile fiscal au Maroc et détenant des avoirs et liquidités à l’étranger, tandis que la régularisation fiscale vise les personnes physiques disposant de liquidités originaires d’activités professionnelles ou agricole au Maroc.

«Suite à cette opération, beaucoup de cash devrait être injecté dans l’économie, et par la force des choses dans le marché actions. Les liquidités non déclarées sont estimées aujourd’hui à 290 milliards de DH. En supposant que les détenteurs déclarent seulement 10% de cet ensemble, l’effet ne sera que bénéfique, au même titre que 2014», explique un analyste. Et le bilan de cette même opération était plus que satisfaisant en 2014. 18 973 déclarations d’actifs (immobiliers, financiers et liquides) ont été enregistrées pour une valeur déclarée de 27,85 milliards de DH. Au même niveau de 2014 ce serait une excellente chose.

Enfin, le renforcement du poids du Maroc dans le MSCI des marchés frontières (FM) est également accueilli d’un bon œil de la part des opérateurs. En effet, le Koweït aura le statut de marché émergent en mai prochain. Ce reclassement profitera mécaniquement au Maroc car le Koweit représentait 31,45% du MSCI FM. C’est le pays qui pesait le plus dans cet indice, suivi du Vietnam (18,22%), puis du Maroc ( 9,25%). La sortie du Koweit augmentera sensiblement la représentativité du Maroc dont le poids va passer à 15%.

«Suite à ce renforcement, un dollar sur six investis dans les marchés frontières serait investi au Maroc» résume l’analyste.

Les opérateurs du marché se languissent de la privatisation escomptée de certaines sociétés, éventuellement par IPOs, dans le cadre de la Loi de finance de 2020. Cette dernière ouvre la porte à une deuxième année consécutive de privatisations. Après la cession d’une part des actions en Bourse de l’Etat dans l’opérateur historique des télécommunications l’été dernier, l’Exécutif prépare une nouvelle vague de privatisations en 2020. C’est ce qui ressort du projet de budget déposé au Parlement. Le gouvernement continue sur sa lancée donc dans un contexte marqué par une hausse des engagements et des dépenses plus importantes des recettes. C’est d’autant plus vrai que les dons des pays du Golfe devraient arriver à leur terme.

 

Dans sa récente étude sur les perspectives du marché, BKR a comparé la place casablancaise à un échantillon de 17 marchés Frontiers et Emergents. Il en ressort que la place boursière vient en dernière position pour un P/E de 19,8x. Son rendement de dividende s’établit en 2019 à un niveau inférieur à la moyenne (3,5% vs. 4,5% pour l’ensemble) et sa volatilité ressort parmi les plus faibles, soit 7,8%, contre une moyenne de 15,5%. En Afrique, le Maroc se classe en 3e position en termes de performance (+7,1%) après le Kenya (+18,5%) et l’Afrique du Sud (+8,2%).

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