Bourse : l’année s’annonce stable pour les fabricants de matériaux de construction

Les analystes de BMCE Capital recommandent de conserver les titres Ciment du Maroc et LafargeHolcim Maroc . Les ventes de ciment en 2017 devraient rester quasi stables, voire légèrement baisser . Sonasid résiste tant bien que mal à la suroffre sur le marché.

L’année 2016 n’a pas été des plus florissantes pour les fabricants de matériaux de construction. Un peu plus de 14 millions de tonnes de ciments ont été consommés, en légère baisse par rapport à 2015 (-0,7%). S’agissant des opérateurs cotés en bourse, ils ont enregistré des évolutions contrastées mais ont bouclé l’année sur une masse bénéficiaire en dégradation de 1,2 milliard de DH, en raison des résultats dégradés de Ciments du Maroc. Pour 2017, les analystes de BMCE Capital Research s’attendent à une stabilité de l’activité.

Ciments du Maroc, filiale du Groupe allemand Heidelberg Cement AG,  accapare 24% du marché national du ciment à fin 2016. Son outil industriel, couvrant principalement la région du Sud, lui permet de disposer d’une capacité de production de 4,6 Mt. Les ventes de ciment de la société sont ressorties en quasi-stagnation (+0,7%) pour un chiffre d’affaires consolidé en hausse de 3,4%, à 3,8 milliards de DH. Mais le résultat net part du groupe a viré au rouge, à -136,4 MDH contre un bénéfice de 1,09 milliard en 2015, en raison de la constatation d’une dotation aux provisions d’impairment test dans sa participation égyptienne de 1,2 milliard de DH.

Le management du groupe compte réaliser en 2017 des résultats en ligne avec ceux de 2016 (hors impact de la provision d’impairment test sur Suez Cement). En effet, le groupe table sur une demande en ciment stable voire en légère baisse comparativement à l’exercice précédent, et ce, en raison des fortes pluies enregistrées en début d’année. Dans ce contexte et malgré la recrudescence de la concurrence dans sa région de prédilection, le groupe devrait capitaliser sur le positionnement de son usine à Aït Baha d’une capacité de 2,2 Mt, le potentiel de l’activité à l’export (dont le poids dans les revenus devrait monter à 20%-30% dès 2017) ainsi que ses efforts d’amélioration de l’efficience de sa production. A moyen terme, le groupe ambitionne d’élargir sa présence dans le Royaume. A l’international, il entend maintenir sa volonté de développer à Kamsar, en Guinée-Conakry où il a acquis un terrain, un broyeur dont les études sont toujours en cours. Et à long terme, il pourrait se voir ériger en tant que hub africain de son nouvel actionnaire allemand, et ce, en fonction de la stratégie de ce dernier, qui est bien positionné sur le continent noir. Enfin et en cas de non-aboutissement desdits projets, le groupe pourrait procéder vraisemblablement à la distribution d’un dividende exceptionnel, lequel pourrait également profiter de l’éventuelle cession de foncier à Agadir (près de 36 ha détenus en propre). A la lumière de ces éléments, les analystes recommandent de conserver le titre qu’ils valorisent à 1453,50 DH. Pour sa part, LafargeHolcim, leader du marché local (avec une PDM de 55% en 2015 et une capacité de production de près de 11,8 MT), a clôturé 2016 sur un chiffre d’affaires consolidé en quasi-stagnation à 8,2 milliards de DH pour un RNPG en amélioration de 1,6%, à 2,06 milliards de DH.

Pour 2017, le nouveau groupe anticipe une demande nationale en ciment stable par rapport à 2016. Dans ce contexte, il devrait poursuivre sa stratégie de différenciation et d’innovation commerciale avec notamment l’introduction de nouvelles solutions constructives pour le bâtiment ainsi que l’approvisionnement des grands chantiers d’infrastructures. Parallèlement et afin d’accompagner le développement des provinces du Sud, il prévoit le démarrage en 2017 d’une station de broyage à Laâyoune (d’une capacité de 200 Kt) et la poursuite du projet de construction de l’usine d’Agadir à l’horizon 2020. De même et s’alignant sur les objectifs du Maroc en matière de développement durable et d’énergie verte, Lafargeholcim Maroc prévoit en 2017 la mise en fonctionnement du centre de tri de la décharge de Rabat et la signature d’un contrat d’énergie avec Nareva afin de subvenir aux besoins énergétiques de son usine à Fès. Et ce, sachant que le groupe vient d’inaugurer un laboratoire de développement de solutions constructives à Bouskoura. BMCE Capital recommande ainsi de conserver la valeur et annonce un cours cible de 2196,30 DH, soit un potentiel de hausse de 10,3% par rapport à son cours du 12 juin.

La société de bourse recommande, par ailleurs, d’alléger les portefeuilles du titre Sonasid qu’elle valorise à 400,70DH (contre 377,15DH au 12 juin). A fin 2016 et sous le poids de la concurrence tant locale qu’étrangère, le groupe affiche un chiffre d’affaires consolidé en repli de 11,7%, à 3,1 milliards de DH, du fait d’un double effet négatif du prix moyen de vente et des expéditions (atténué au 4e trimestre). Dans ce contexte toujours difficile, Sonasid entend consolider son leadership à travers son nouveau plan stratégique 2017, axé notamment sur une amélioration de sa compétitivité à travers la maîtrise des coûts des intrants, l’optimisation des coûts énergétiques (via la conclusion d’une convention avec Nareva, devant permettre une couverture de 90% des besoins à l’horizon 2018). Ainsi que l’intensification des investissements pour l’optimisation de ses process industriels. Le groupe table également sur une poursuite de la diversification de ses produits (projet en phase de démarrage sur quelques produits de niche) et du développement de l’activité export. Pour cette dernière, le groupe est actuellement en prospection au Sénégal et en Côte d’Ivoire pour organiser dans un premier temps la distribution dans ces pays, voire une implantation en propre en cas de perspectives favorables. Si cette stratégie est cohérente sur le principe, il n’en reste pas moins qu’elle occasionne du moins à court terme une perte des clients grossistes qui se sont soit orientés vers d’autres fournisseurs locaux et/ou à l’import, soit devenus eux-mêmes des producteurs.