Bourse de Casablanca : retour à  la case départ !

Le Masi a effacé ses gains accumulés depuis le début de l’année. La baisse des résultats des sociétés cotées en 2014 est la principale raison.

La Bourse de Casablanca a effacé ses gains accumulés depuis le début de l’année. Après un pic de 9,4% enregistré début mars, le Masi s’est inscrit sur une tendance baissière pour atteindre une contre-performance de 0,3% fin mai. Il s’est légèrement ressaisi après grâce à l’effet introduction en bourse de Total Maroc pour afficher une petite hausse de 0,5% le 2 juin. Même le volume échangé sur le marché central a fondu. D’une moyenne quotidienne de 126 MDH sur les trois premiers mois de l’année, le volume est passé à 68,6 MDH seulement depuis début avril, ou, pour préciser, depuis la fin de la période de publication des résultats annuels des sociétés cotées au titre de l’année 2014.

Les analystes ayant considéré la reprise du marché comme un rebond technique qui allait finir par s’estomper ont eu finalement raison. Car, il faut le dire, la bourse s’était redressée non en raison de bons fondamentaux des sociétés considérées comme locomotives du marché, mais uniquement suite aux arbitrages réalisés par les professionnels du marché, surtout les institutionnels qui ont opté pour le placement sur le marché actions, compte tenu de la baisse des taux sur le marché obligataire. Actuellement, les investisseurs ne savent plus à quel saint se vouer. Ils restent partagés sur les raisons mêmes de la baisse des cours. Cela dit, ils sont unanimes sur l’élément déclencheur de cette contraction qui n’est autre que la chute de la masse bénéficiaire des sociétés cotées.

En tout cas, cette baisse qui a démarré vers fin mars s’est accentuée sur les deux derniers mois et a entraîné avec elle une perte de confiance, que ce soit dans une possible reprise du marché ou dans la qualité de l’information communiquée par les sociétés cotées, sur laquelle se basent les investisseurs pour leurs décisions de placement. Sur ce dernier point, les analystes font allusion essentiellement au promoteur Alliances : il a annoncé un bénéfice prévisionnel de 131 MDH dans la note d’information de son emprunt obligataire, effectué peu avant la publication de ses résultats 2014, alors que finalement il a réalisé un déficit de près d’un milliard de DH. Les professionnels remettent également en cause l’avancement du plan de restructuration du groupe. «D’une part, il y a un retard dans les délais de réalisation. D’autre part, le groupe annonce un état d’avancement de 60% en mai, sans donner de détails sur les différents points du plan. Ceci ne joue pas en faveur du titre. Actuellement, rares sont les investisseurs qui s’y positionnent à l’achat, sauf ceux qui le détiennent déjà en portefeuille et qui réalisent des transactions à l’achat comme à la vente en vue de pondérer le cours», explique un analyste.

Cela dit, la baisse du marché n’est pas seulement le fait du secteur immobilier. Plusieurs valeurs ont vu leurs cours chuter. Durant le mois de mai où le Masi a baissé de 2,3%, Alliances et Addoha ont chuté respectivement de 23,6% et 3,2% quand Attijariwafa bank a reculé de 1,5% et Centrale Laitière de 20%. Maroc Telecom dont le poids dans l’indice est important a vu son cours se contracter de 4,1%. Il faut dire que l’opérateur a également déçu les analystes suite à la publication de ses réalisations trimestrielles. Ils s’attendent actuellement à une poursuite de la dégradation de sa situation financière, et certains recommandent même, sous couvert d’anonymat, de se désengager du titre en bourse.

En face, le cours de certaines valeurs a progressé, ce qui a permis au Masi de se maintenir. C’est le cas de Lafarge et Ciments du Maroc dont le cours a augmenté de 9%, Residences Dar Saada qui s’est apprécié de 4% ou encore Brasseries du Maroc avec une performance mensuelle de 6%.

«C’est plus que jamais une crise de confiance, se désole un professionnel du marché, et ce n’est pas dû seulement aux résultats annuels». Selon lui, le marché s’est quand même bien maintenu à la fin des publications, malgré la forte baisse de la capacité bénéficiaire, et nombre d’investisseurs ont gardé leurs positions. Cependant, plusieurs «erreurs» se sont succédé, portant un coup dur à cette confiance qui peine déjà à s’installer. En plus de l’affaire Alliances, le CDVM a mis beaucoup de retard pour valider l’offre publique de retrait de la CGI; le cours de la valeur est resté suspendu depuis octobre 2014. Même le prix de l’OPR fixé à 725 DH, soit le dernier cours avant la suspension de la cote, n’est pas aussi intéressant que ce que la communauté financière prévoyait. Pire encore, après la reprise de la cotation, la valeur a perdu 2% par rapport à son dernier cours pour s’échanger à 711 DH. Ce qui revient à dire que les détenteurs de la valeur se montrent prêts à la vendre à un cours inférieur à ce qui est proposé, pourvu qu’ils s’en débarrassent.

Compte tenu de ces éléments, les opérateurs lèvent un peu le pied, surtout que les réformes engagées et décidées pour développer le marché tardent aussi à se concrétiser. «Aujourd’hui, les investisseurs sont dans leur majorité matures. Il est temps, selon eux, d’introduire sur le marché de nouveaux instruments de transactions, surtout que le négoce tourne autour d’une dizaine de valeurs. Depuis sa création, la bourse n’a jamais introduit des mesures phares, à part quelques mesurettes qui, grosso modo, n’ont pas servi à grand-chose», renchérit un analyste.

Ainsi, la baisse devrait se poursuivre et même s’accentuer avec une liquidité encore plus faible. De plus, la saison estivale et Ramadan sont connus pour être des périodes d’accalmie en bourse. Ce n’est donc qu’à partir de septembre, mois qui coïncide avec la publication des résultats semestriels, que le marché pourrait changer de direction. Dans ce cadre, les analystes estiment que les résultats ne devraient pas connaître une forte amélioration, mais plutôt une consolidation, et ce, malgré le redressement de la situation macroéconomique du pays. Ils précisent qu’il existe toujours un décalage entre la sphère économique et le secteur financier de 6 mois en moyenne. Par conséquent, l’amélioration du contexte économique ne devrait se refléter sur la cote qu’à partir du second semestre de cette année.