Bourse de Casablanca : les analystes ne croient plus autant en la reprise

Les mesures techniques ou encore le mécanisme de prêt de titres ne devraient pas améliorer sensiblement la liquidité. Misez dès maintenant sur les valeurs bancaires, immobilières et télécoms pour profiter d’une éventuelle reprise.

La Bourse de Casablanca pourrait clôturer sa cinquième année de baisse. La contre-performance du Masi a atteint -7% au 15 juillet, et les échanges sur le marché central se limitent à 107 MDH en moyenne quotidienne depuis le début de l’année, en recul de 12,2% par rapport à la même période de l’année dernière.
Tous les opérateurs pâtissent de cette léthargie. Investisseurs comme intermédiaires ressentent de plus en plus le poids de la crise qui dure, rappelons-le, depuis 2008. Du côté des investisseurs, les particuliers sont toujours en stand-by, même si leurs moins-values latentes s’accumulent, en attendant un vrai signal de reprise. Les institutionnels, eux, essayent tant bien que mal de fructifier l’épargne confiée par le public, en continuant de miser sur les grandes valeurs de la cote. Celles-ci rapportent moins qu’auparavant, mais elles ont l’avantage de rester relativement liquides.

Pour leur part, les intermédiaires, sociétés de bourse notamment, souffrent du manque de volume, comme l’attestent leurs réalisations à fin 2012 qui restent largement inférieures à celles de 2011 (-12%).
Malgré ce tableau noir, les analystes poursuivent leur effort de recommandation et conseillent aux investisseurs d’adopter telle ou telle stratégie de placement. Cela étant, le manque de visibilité quant à une possible reprise du marché rend difficile l’exercice des prévisions et même celui d’analyse de la situation actuelle. D’autant plus que le contexte macroéconomique n’est guère favorable avec un déficit budgétaire qui s’alourdit et des réserves de change qui s’effritent. Le déficit de trésorerie du système bancaire n’arrange pas la situation puisque la liquidité du marché boursier en est affectée. Par ailleurs, la crise gouvernementale que traverse le pays ne manque pas de plomber le moral des opérateurs et d’accroître le sentiment d’instabilité.
Bref, la Bourse de Casa n’est pas près de sortir du rouge. Mais jusqu’à quand ? Que faut-il faire pour favoriser la reprise ?

Des «mesurettes» nécessaires mais pas suffisantes…

Ces interrogations interviennent dans un contexte où l’adoption de mesures techniques au début de l’année en vue d’accroître la liquidité du marché, à savoir l’élargissement de la séance de cotation ainsi que du seuil maximal de variation des cours et la réduction de la durée de réservation d’un titre, n’a pas eu un impact visible. D’ailleurs, c’est ce qu’avaient prévu les professionnels du marché au moment de leur adoption. Certains d’entre eux considèrent toujours que si ces «mesurettes» ne sont pas suffisantes pour améliorer la liquidité, elles témoignent au moins de l’engagement de la bourse pour dynamiser les transactions.
Outre ces mesures, la loi sur le prêt-emprunt de titres, tant attendue, a finalement été adoptée et l’entrée en vigueur du mécanisme est prévu au plus tard à la fin de l’année. L’ampleur de l’impact de ce dispositif divise toutefois les opérateurs du marché. En effet, certains tablent sur une augmentation des volumes grâce au prêt de titres et même sur une limitation du repli des indices. Un analyste détaille : «En prêtant ses titres à un investisseur, celui-ci pourrait tirer profit des opportunités qui se présentent sur le marché, ce qui permettra de créer du mouvement sur les actions concernées. Du coup, leur taux de rotation s’améliorera, et l’orientation des cours pourrait devenir favorable». Ceci sans parler de la rémunération fixée à l’avance du prêteur. Si ce mécanisme profite aux valeurs locomotive de la cote, les échanges s’amélioreraient et le marché retrouverait son niveau de liquidité d’avant la crise.

D’autres opérateurs trouvent le mécanisme «nécessaire mais pas suffisant». En effet, plusieurs difficultés de fonctionnement pourraient limiter l’effet escompté. «Tout d’abord, l’emprunt de titres est limité aux seuls institutionnels alors que le prêt peut être réalisé par l’ensemble des intervenants sur le marché», explique un autre analyste. «Du coup, seuls les zinzins pourraient profiter de ce mécanisme, puisque le prêt et emprunt porteraient sur de grandes quantités de titres, qui ne seraient certainement pas disponibles chez les particuliers», poursuit-il. Ensuite, le principe même du dispositif repose sur l’existence de deux visions différentes entre deux boursicoteurs, comme le précise notre analyste : «Il est vrai que le système, une fois opérationnel, permettrait de jouer à contre-courant du marché, mais, encore faut-il trouver une contrepartie qui a une logique totalement différente et qui accepterait d’échanger ses titres», surtout que le compartiment actions n’abrite que 77 valeurs dont une dizaine seulement qui tirent le marché. De plus, les recommandations des analystes convergent souvent vers la même stratégie de placement ; seul le cours cible diffère d’une société de bourse à l’autre. Du coup, il sera difficile d’avoir deux parties avec deux visions d’évolution différentes de la même valeur.

Abondant dans le même sens, le directeur d’une cellule analyse et recherche du marché se veut sceptique à propos de l’ensemble des mesures adoptées. Selon lui, «ce n’est pas une question de réformes ou de mise en place de mesures techniques ou d’autres de taille. Ce sont les fondamentaux du marché qui sont pris en compte par les investisseurs et il ne faut pas se leurrer, il demeure toujours à un niveau de valorisation élevé. Certains titres restent chers et tirent de ce fait la valorisation du marché vers le haut». Et d’ajouter : «Ni le déclassement du Maroc de l’indice MSCI, ni la relance du processus d’introductions en bourse, encore moins l’instauration d’un nouveau compartiment dédié aux PME avec un ticket d’entrée allégé ne pourraient relancer le marché. Il faudrait au préalable que les fondamentaux se rétablissent, ce qui devrait passer par une poursuite de la baisse des indices boursiers. Ce n’est qu’après que l’on pourrait assister à un retour des investisseurs et, de facto, du dynamisme des transactions. En ce sens, un PER de 12 contre 15 actuellement ne pourrait qu’être bénéfique pour le marché».

Les valeurs à fondamentaux solides toujours recommandées

Dans ces conditions, si certains analystes tablaient sur une reprise du marché au début de l’année 2014, ils sont actuellement sceptiques. Il faut dire même qu’ils broient du noir et n’arrivent pas à prévoir l’horizon au terme duquel l’agonie du marché prendrait fin. En revanche, d’autres maintiennent leur scénario de base selon lequel le marché boursier se redresserait au premier trimestre de l’année prochaine tout en signalant qu’«une reprise ne peut être effective que si elle est accompagnée d’un redressement de la situation macroéconomique».

En tout cas, si le marché tente de se redresser dès le début de l’année prochaine, sur quels secteurs faut-il miser pour profiter de la croissance escomptée ?
Les analystes contactés s’accordent à affirmer que bien des opportunités de placement sont à saisir dès à présent, compte tenu du niveau de valorisation atteint. En attendant d’actualiser leur recommandation suite à la publication des résultats au titre du premier semestre 2013, ils privilégient les secteurs agroalimentaire, immobilier, bancaire et cimentier, de par leur solidité et leur capacité à résister à la crise, d’une part, et les perspectives d’évolution qu’elles présentent, d’autre part.

Tout d’abord, le secteur agroalimentaire est habituellement recommandé à l’achat par les analystes quelle que soit la conjoncture. «La consommation de produits alimentaires ne s’interrompt pas en période de crise et reprend de plus belle dans un contexte d’aisance économique. Ce qui nous pousse à considérer les valeurs de ce secteur comme celles de fond de portefeuille», explique une société de bourse. Allusion faite à Centrale Laitière et Lesieur qui devraient profiter de la bonne campagne agricole pour augmenter leurs revenus. Brasseries du Maroc n’est pas en reste puisqu’elle devrait absorber l’impact du relèvement de la TIC sur ses bénéfices à fin 2013 et devrait également tirer profit du glissement des mois de Chaâbane et Ramadan hors de la période estivale, pour ainsi doper ses volumes de vente. D’autant plus que le secteur dans son ensemble bénéficie d’un taux de rendement intéressant qui dépasse les 4% à fin 2012.

Ensuite, le secteur des télécommunications, avec comme seul représentant Maroc Telecom, a toujours la faveur de la place, et ce, en dépit d’une baisse continue des bénéfices du groupe. En effet, les analystes mettent en avant la solidité financière de l’opérateur, son faible taux d’endettement ainsi que son rendement de dividendes qui est le plus élevé de toute la cote, soit 7% en 2012. De plus, le groupe s’est engagé dans un programme d’investissement de l’ordre de 10 milliards de DH étalé sur 5 ans. «Ceci permettrait au groupe de se développer tant sur le plan national à travers, entre autres, la mise à niveau des infrastructures, que sur le plan international en misant sur les filiales africaines notamment», explique un analyste. Cela dit, ils ne négligent pas la poursuite de la recrudescence de la concurrence entre les opérateurs du marché qui pourrait impliquer une baisse des marges.

Le secteur immobilier est également considéré comme l’une des locomotives du marché, aux côtés du compartiment bancaire. «Un redressement de la conjoncture économique propulserait les valeurs immobilières dans la mesure où les projets immobiliers mis en stand-by seraient remis en chantier, surtout que le pays souffre toujours d’un déficit important en matière de logements», explique notre source. Cette reprise impliquerait une hausse de la consommation des matériaux de construction dont principalement le ciment. Il est vrai que le secteur cimentier subit les effets de la concurrence du fait notamment de la montée en puissance de Ciments de l’Atlas, mais cela n’empêche qu’il reprendrait des couleurs avec une redistribution des parts de marché entre les cimentiers existants. D’ailleurs, malgré la contraction des bénéfices, le secteur continue de réaliser les marges les plus confortables : plus de 20% en moyenne.
Enfin, le secteur bancaire divise les analystes en raison du ralentissement de la distribution de crédits, de la montée du coût du risque et de la persistance du manque de liquidité. Toutefois, ils portent tous un avis favorable sur Attijariwafa bank, la BCP et BMCE Bank. En cause, le niveau de leurs fonds propres, leurs efforts de provisionnement et la diversification de leurs activités.