Bourse de Casablanca : la chute n’est pas près d’arrêter

Le Masi a effacé ses gains et affiche une contre-performance de 2% le 24 août. Plusieurs facteurs expliquent cette baisse : la situation de la Samir et d’Alliances en plus de la publication de 3 profits warnings.

La Bourse de Casablanca a replongé encore une fois ! La reprise amorcée en début d’année était finalement fragile et tous les indicateurs se sont dégradés. A commencer par l’indice général du marché qui a effacé tous ses gains et viré au rouge. Le 24 août, le Masi affichait une contre-performance depuis le début de l’année de 2% alors qu’à peine en mars dernier il était en hausse de 9,2%. Pour sa part, le volume moyen quotidien, même s’il affiche toujours une progression de 26% par rapport à la même période de l’année dernière, à 107 MDH, est sur une tendance baissière depuis la fin du premier semestre (-9,4%, à 94 MDH entre début juillet et le 24 août). Il faut dire que pendant cette période plusieurs événements défavorables se sont produits, touchant nombre de sociétés cotées. 

Tout d’abord, jusqu’à aujourd’hui trois entreprises de la cote ont publié un avertissement sur leurs résultats du premier semestre. Il s’agit de la SNEP, de Microdata et de Sonasid. Alors que la place s’attendait plus ou moins à des résultats mitigés pour les deux premières, elle écartait carrément la possibilité de réalisation de mauvais résultats pour le sidérurgiste. Certains analystes recommandaient même aux investisseurs de se positionner sur la valeur. Mais la conjoncture en a voulu autrement. La société a subi les contre-coups de la léthargie du secteur du BTP. Malgré un carnet de commandes bien rempli, les chantiers peinent à démarrer. Cela est survenu simultanément à la baisse des prix mondiaux de l’acier long, conséquence de la hausse des exportations chinoises. La situation de Sonasid annonce la couleur sur l’état de plusieurs sociétés appartenant aux secteurs gravitant autour du BTP. Une chose est sûre, le profit warning du sidérurgiste a largement affecté la place financière, poussant les investisseurs à se retirer du marché ou à limiter leurs interventions. 

Les déboires du raffineur Samir sont venus assombrir le tableau. L’exercice 2014 était particulièrement néfaste pour le raffineur et l’on espérait une légère reprise au premier semestre 2015, surtout que les prix du pétrole sur le marché international étaient en redressement. Mais cela n’est vraisemblablement pas le cas. «On s’est accommodé à un endettement pléthorique, à des marges de raffinage d’un niveau à peine satisfaisant mais à une situation financière assez compliquée… Mais, à aucun moment on n’a imaginé un scénario d’arrêt de production ou encore d’approvisionnement», se désole un professionnel. 

Pour sa part, le promoteur immobilier Alliances, qui souffrait déjà en 2014 de nombreuses difficultés, ne parvient toujours pas à redresser sa situation. Ses réalisations prévisionnelles publiées dans la note d’information relative à son emprunt obligataire remboursable en actions ne laissent présager rien de bon. Du moins pour l’instant. «En plus de l’annonce d’un business plan pas assez convaincant, la société n’a même pas intégré le pôle construction dans l’établissement de ses projections», explique un analyste. Or, ce pôle demeure le nœud de l’ensemble des problèmes que connaît la compagnie immobilière. Tant que ce segment n’est pas pris en compte, tous les scénarios demeurent possibles : liquidation, cession, recapitalisation… «En tout cas, si aucune solution n’est apportée à ce pôle et tant qu’il n’y a pas d’efforts de recapitalisation, la société pourrait faire face à une faillite à moyen et long terme», ajoute l’analyste.

Notons qu’à la veille de l’annonce de ces mauvaises informations, le marché a été alimenté par une bonne nouvelle portant sur la montée de la BCP dans le capital de chacune des 10 BPR à 52%. Cela a permis à la bourse de se maintenir légèrement en hausse. Mais l’effet de cette annonce s’est rapidement estompé face à l’ampleur des difficultés d’autres entreprises de la cote.

Le Masi devrait finir l’année sur une baisse

Dans ces conditions, les analystes sont moins optimistes par rapport à l’évolution des résultats des sociétés cotées au terme du premier semestre. Ils s’attendent à une multiplication des profits warnings durant le mois de septembre. Les secteurs qui devraient être les plus touchés sont la pétrochimie, les mines et l’informatique. Les cimenteries ne devraient pas pour leur part afficher une forte baisse. Il est prévu que leurs résultats ressortent en amélioration, mais cette amélioration ne devrait pas être suffisante pour atténuer la baisse de la masse bénéficiaire globale de la cote.

Les banques cotées ne devraient pas décevoir non plus. Certes, elles souffrent toujours de la montée du coût du risque. Mais cela ne devrait pas grever leur rentabilité puisqu’elles disposent déjà d’un matelas de provisions assez confortable et de relais de croissance à l’international. Cependant, un analyste précise que si la casse se poursuit, elles pourraient être confrontées à de sérieuses difficultés au terme des deux prochaines années.

Les compagnies d’assurance devraient elles aussi résister à la baisse du marché boursier, vu qu’elles disposent de plus-values latentes tirées de leurs placements antérieurs aussi bien dans les actions, obligations ou dans les bons de Trésor.

Au sein du secteur immobilier, Addoha devrait poursuivre son redressement. D’ailleurs, le promoteur continue d’honorer ses échéances tant au niveau de la dette privée que bancaire. Notons toutefois que ces performances sont davantage financières que commerciales puisque la cadence de production a nettement ralenti conformément au plan mis en place. 

Pour sa part, Résidences Dar Saada maintient toujours le cap puisque ses performances devraient ressortir en ligne avec les objectifs qu’elle s’était assignés.

En somme, les professionnels contactés s’accordent à dire que l’évolution de la masse bénéficiaire devrait ressortir négative. Si cette baisse contribuera à amplifier la fuite des investisseurs, il n’en demeure pas moins qu’elle aide à filtrer les intervenants en bourse, surtout les spéculateurs, pour n’en garder que ceux ayant un horizon de placement moyen à long.  Mais cette tendance ne serait pas sans impact sur le marché boursier, surtout au niveau du volume des échanges. 

Pour l’évolution des cours, il reste difficile de prévoir l’ampleur de la baisse car elle demeure liée aux réalisations financières de l’ensemble des sociétés cotées et spécifiquement celles qui drainent une grande part du bénéfice (secteur bancaire, pétrolier, immobilier et cimentier). Toutefois, les pronostics font état d’une poursuite du recul du Masi pour finir l’année sur une contre-performance comprise entre 5% et 10%. Au mieux, il devrait se stabiliser à son niveau actuel (-2%).