Bourse de Casa : pas d’éclaircie en 2013

Les professionnels sont unanimes quant à  la poursuite de la baisse même si leurs avis divergent sur les raisons de la tendance. Cours élevés par rapport aux fondamentaux, situation économique difficile, manque de confiance et absence des investisseurs étrangers sont les raisons avancées.

La situation ne s’arrange pas à la Bourse de Casablanca. Après avoir clôturé sa cinquième année de baisse depuis 2008, avec une contre-performance de 15% en 2012, la place semble avoir entamé une nouvelle année baissière. Au 22 février, l’indice de toutes les valeurs s’est enfoncé à -5% depuis début 2013. En parallèle, les volumes ont atteint des niveaux ridiculement bas, mis à part les quelques opérations stratégiques qui ont exceptionnellement dopé le marché, à l’instar de la finalisation de la cession de Centrale Laitière à Danone. En tout cas, depuis le début de l’année, les transactions effectuées sur le marché central ont à peine totalisé 3,8 milliards de DH, avec une moyenne quotidienne de 108 MDH, soit le même niveau que l’année dernière qui était en forte baisse par rapport à 2011 et 2010.

L’atonie se prolonge donc et même l’initiative prise par la Bourse des valeurs de Casablanca d’améliorer la liquidité du marché à travers la mise en place d’une série de mesures techniques n’a pas fait réagir les investisseurs. Comme prévu par les professionnels de la place, ces actions ne peuvent à elles seules renverser la tendance baissière. D’un autre côté, les premières publications des résultats annuels de 2012, aussi positives soient-elles, n’ont pas eu d’impact non plus sur le comportement des cours, si ce n’est d’accentuer leur contre-performance.

Pourtant, cette année devait être celle de la reprise puisque, historiquement, le marché boursier obéit à des cycles qui durent en moyenne cinq années. Le dernier cycle baissier s’est étendu de 1998 à 2002 et a été suivi directement après par cinq années haussières, de 2003 à 2007.

Jusqu’où alors ira la Bourse de Casablanca ? Qu’en pensent les professionnels ?

En fait, si les avis de ces derniers divergent quant aux raisons qui expliquent la situation actuelle du marché, tous demeurent sceptiques quant à une reprise courant 2013.
Les fondamentalistes expliquent cette atonie par le niveau de valorisation du marché qui demeure encore élevé, situation qui s’explique à son tour par la déconnexion persistante entre les résultats publiés par certaines sociétés cotées et le cours de leurs titres en bourse. Selon Karim El Hnot, directeur général adjoint de CDG Capital Gestion, «le PER actuel du marché qui se situe à 14 fois les bénéfices de la cote se trouve dans la fourchette haute de la moyenne des marchés émergents. Il est vrai qu’il reste assez cher par rapport à certains pays concurrents ; toutefois, l’on peut constater que le marché marocain est en train de se normaliser». De plus, la baisse actuelle du marché est engendrée par la chute des cours de certaines grosses capitalisations et non pas par toutes les valeurs qui publient des résultats en baisse ou inférieurs aux attentes. Par conséquent, le PER de ces dernières augmente car leurs titres gardent le même cours. C’est le cas de plusieurs petites et moyennes capitalisations qui, même si elles évoluent dans un marché qui traite à 14 fois les bénéfices, affichent des PER de 40 fois les bénéfices, voire plus.
Par ailleurs, la situation économique et financière du pays dans sa globalité n’est pas favorable à une reprise du marché boursier.
Il n’existe aucun signal positif qui permet d’espérer la relance de la bourse. En effet, la croissance économique reste molle, les réserves en devises s’effritent et la réforme de la compensation ne verra pas le jour de sitôt. Du coup, le déficit budgétaire au même titre que le déficit commercial continuera à se creuser. Parallèlement, le manque de liquidité, tant sur le marché bancaire qui ne s’équilibre que grâce aux injections de Bank Al-Maghrib que sur le marché financier avec les levées massives du Trésor, impacte négativement la liquidité et par conséquent le dynamisme de la place casablancaise.

Le facteur psychologique prend toujours le dessus

Cela dit, si certains professionnels justifient la baisse du marché par les fondamentaux de l’économie et des sociétés cotées, d’autres n’y croient pas. Un institutionnel de la place argumente : «Il ne s’agit plus d’attentisme d’un redressement de la situation économique, encore moins de cherté du marché. Au contraire, le marché traite à des niveaux de PER corrects et présente donc de bonnes opportunités de placement. Ce sont juste des prétextes pour éviter de se repositionner sur le marché actions de peur de subir le contrecoup d’un prolongement de la situation actuelle. Le problème réside dans le manque de confiance qui règne depuis quelques années déjà».  La léthargie actuelle, semble-t-il, relèverait donc plus du psychologique que de l’économique.

Même les institutionnels, connus pour être les market makers, interviennent sur le marché d’une manière prudente, comme le confirme ce directeur d’une salle de marchés : «Les investisseurs institutionnels sont dans leur grande majorité assez présents sur le marché. Néanmoins, leur stratégie de placement reste très prudente, voire opportuniste et n’est donc pas en mesure de créer un dynamisme sur le marché». D’ailleurs, certains d’entre eux, à l’instar de Wafa Assurance, ont subi de plein fouet la morosité du marché financier, qui a impacté inévitablement leurs bénéfices annuels. Par conséquent, «leurs interventions se limitent à quelques opérations visant à soutenir le cours de certaines valeurs dont le cours a tendance à baisser ou à pondérer le cours d’autres titres afin de minimiser les pertes latentes», souligne ce directeur.

Mis à part ces deux facteurs, des opérateurs de la place évoquent l’absence d’investisseurs étrangers sur le marché. «Tant que les investisseurs étrangers ne reviennent pas avec force, les institutionnels locaux resteront inactifs. Il faut savoir que ces derniers suivent le comportement des étrangers sur le marché et ne peuvent donc pas à eux seuls dynamiser les transactions», explique un analyste. Les particuliers, eux, réputés dans leur majorité pour être des «trading followers», suivent également la tendance et préfèrent attendre une réelle reprise pour ainsi se repositionner.
Dans ces conditions, par quels moyens la Bourse pourrait retrouver son dynamisme ?

D’ores et déjà, M. El Hnot se veut méfiant : «Il est difficile de voir des signaux de reprise dans l’immédiat au vu d’un contexte macroéconomique difficile et d’une dynamique de résultats négative». Contrairement à cet avis, un opérateur du marché s’attend à un léger reflux des capitaux et, du coup, à une reprise à partir du second semestre, qui serait alimentée essentiellement par la cession de la participation de Vivendi dans Maroc Telecom.
Quoi qu’il en soit, les professionnels sont unanimes sur un fait : la reprise ne peut s’opérer réellement qu’avec l’annonce d’une introduction en Bourse de taille, accompagnée par des dispositions fiscales incitatives pour les investisseurs.
M. El Hnot précise : «Une introduction en Bourse ne pourra produire ses effets si elle est tournée seulement vers les investisseurs locaux. Il faut d’abord que la valorisation de la société objet de l’IPO soit attrayante et qu’elle intéresse ensuite les investisseurs étrangers qui pourraient réorienter leurs placements vers le marché marocain». Conséquence d’une telle opération : «Les investisseurs marocains, institutionnels et particuliers, ne pourraient que témoigner de l’intérêt et replacer leur épargne, ce qui tirerait le marché vers le haut», poursuit-il.