Bourse : cinq valeurs font le marché !

Attijariwafa bank, IAM, Addoha, la BCP et Dar Saada drainent plus de 70% du volume de transactions.
Elles sont les plus faciles à  vendre ou à  acheter grà¢ce à  l’importance de leur capitalisation flottante.
Certains titres très demandés sont introuvables sur le marché.

La Bourse de Casablanca se porte mieux cette année. Tous les indicateurs l’attestent, à commencer par la performance de l’indice général du marché. A la clôture de la séance du 23 mars, il affichait une progression de 8,2% depuis le début de l’année. Pour leur part, les fondamentaux de la place demeurent intéressants, avec un PER (capitalisation rapportée aux bénéfices) de 17 et un taux de rendement des dividendes de 4,4%. Cela dit, la santé d’une place financière ne se mesure évidemment pas uniquement à la performance de ses indices ou au niveau de ses multiples boursiers. La liquidité reste un facteur déterminant pour les investisseurs.

Et c’est là que le bât blesse au Maroc car, même si les volumes de transactions sont en amélioration dernièrement, ils restent en deçà des niveaux souhaités ou de ceux atteints pendant les années 2006-2007. «La liquidité du marché a été boostée entre 2006 et 2007 par la vingtaine d’introductions en bourse opérées sur le marché. Une fois l’effet de ces opérations estompé, le volume est revenu à son niveau normal», relativise un analyste.
En tout cas, sur l’année 2014, le volume global ressort en hausse de 8%, à 27,6 milliards de DH, en retraitant l’effet des opérations d’allers-retours réalisées en fin d’année. Ce volume a été drainé, pour l’essentiel, par une dizaine de valeurs seulement, dont principalement les grandes capitalisations. On peut dire que ce sont ces titres qui font le marché et qu’on peut facilement céder ou acheter. De quels titres s’agit-il ?

S’il y a bien des valeurs qui se distinguent des autres, c’est bien celles qui disposent d’une capitalisation flottante (part du capital échangeable sur le marché) élevée à l’instar d’Attijariwafa bank et de Maroc Telecom. Avec près de 21 milliards de DH chacune sur une capitalisation flottante globale de 113 milliards de DH, elles ont réalisé les plus gros volumes moyens quotidiens de l’année, nets des opérations de window dressing, avec respectivement 10 et 9 MDH et un taux de cotation de près de 100%. «Ces valeurs sont très suivies par les investisseurs institutionnels et particuliers en raison essentiellement de leur poids dans l’indice général du marché.

De plus, le nombre de titres AWB et IAM en circulation sur le marché est élevé. Du coup, les investisseurs, qu’ils se positionnent à l’achat ou à la vente, peuvent facilement exécuter leurs ordres», explique un trader. C’est le cas aussi de la BCP et d’Addoha qui, du fait de la demande exprimée sur leurs titres, affichent un taux de cotation de 100% avec des transactions moyennes quotidiennes d’un peu plus de 7 MDH chacune. La BCP doit sa liquidité à son capital flottant en bourse qui s’élève à 9,2 milliards de DH. Elle est également recherchée en raison de son statut de valeur sûre avec des fondamentaux bousiers intéressants et des performances commerciales et financières confirmées d’année en année. En revanche, si Addoha reste facilement échangeable, ce n’est pas grâce à la bonne tenue de ses indicateurs. C’est plutôt en raison du manque de visibilité sur l’avenir de la société puisqu’elle ne cesse d’actualiser ses prévisions à chaque émission sur le marché. Ce qui crée des mouvements acheteurs ou vendeurs au gré de ses publications.

En tout cas, ces titres restent les préférés des institutionnels car ils servent à pondérer le cours de leur portefeuille en cas de réalisation de moins-values sur d’autres valeurs. Notons aussi que ces 4 titres réunis drainent 52% du volume du marché. Avec la dernière recrue de la cote, Résidences Dar Saada, la part monte à 74%. Les 70 autres valeurs du marché se partagent les 26% restants.
Par ailleurs, bien qu’elle ne draine que 5% du volume moyen quotidien, BMCE Bank reste un titre qui s’échange quotidiennement avec une capitalisation flottante de 8 milliards de DH. Sauf que les transactions portent sur des quantités peu importantes comparativement à la BCP et Attijariwafa bank. Cela tient à son flottant qui est de loin plus bas, mais aussi au fait qu’elle soit détenue par des institutionnels qui, de par leur nature, investissent sur le long terme. Il faut dire que nombre d’investisseurs, ayant réalisé de fortes moins-values latentes lors de la dernière crise, gardent la valeur, à côté d’autres, dans leur portefeuille en attendant que le marché confirme son redressement et essuye les pertes accumulées depuis 2008.

Le même constat prévaut pour Taqa Morocco ou encore la Samir. En ne tenant compte que du taux de cotation, elles figurent parmi les titres les plus liquides de la cote avec un taux de 100% pour la première et de 96% pour la seconde. Cependant, elles ne disposent que d’une capitalisation flottante respectivement de 1 milliard et 860 MDH. Ce qui explique le niveau bas de leur volume qui ne représente que 3% à 4% du négoce moyen global. En plus du nombre de titres émis sur le marché qui s’avère être réduit, Taqa Morocco est considérée depuis le jour de son introduction en bourse comme étant une valeur de rendement. Autrement dit, les investisseurs l’acquièrent en raison de l’importance du dividende distribué et non du potentiel de croissance du cours. Du coup, la valeur n’enregistre pas un grand rush au cours de sa cotation. La Samir, elle, n’est plus intéressante aux yeux des investisseurs compte tenu de la volatilité de ses réalisations financières consécutivement aux fortes variations des cours du pétrole.

Cela dit, il existe sur la cote bien des valeurs qui bénéficient d’une orientation favorable de leurs indicateurs financiers, mais qui restent illiquides. C’est le cas par exemple de Salafin, Colorado, Dari Couspate… En dépit de leur taux de cotation élevé (entre 70% et 100%), elles ne sont pas facilement échangeables sur le marché en raison de leur flottant en bourse réduit. En effet, avec une capitalisation flottante de 360 MDH, 221 MDH et 81 MDH respectivement, elles ne font pas le poids face aux grandes capitalisations de la place. «Ces valeurs figurent parmi les plus intéressantes des Small&midlle capitalisations. Elles sont même recherchées par les investisseurs étrangers mais restent introuvables sur le marché. Il arrive même qu’un ordre d’achat reste en suspens pendant plus d’une semaine pour que finalement la quantité demandée/offerte ne soit exécutée qu’à moitié !» se désole un responsable d’une salle de marché.

Inversement, même avec une capitalisation flottante assez importante, il est difficile de réaliser des transactions sur certains titres, à l’instar de SMI, Crédit du Maroc, Managem… Cela tient au positionnement «exagéré» de certains investisseurs institutionnels sur ces valeurs et ce, au-delà des participations stratégiques. Ce qui plombe ainsi leur taux de rotation sur le marché.