Bourse : attention aux commissions qui peuvent plomber votre plus-value !

Frais d’ouverture de compte, d’intermédiation, de règlement et livraison, droits de garde…, un nombre important de commissions est appliqué.
Les prix pratiqués varient selon les sociétés de Bourse et la conjoncture. Renseignez-vous avant d’agir.
Un suivi rigoureux exigé quand on passe par sa banque.

Dans l’esprit de beaucoup de petits épargnants, surtout les novices, le gain qui peut être réalisé sur une opération boursière se résume à la différence entre le cours de vente de l’action et son cours d’achat. Ce raisonnement simpliste, nombre de particuliers ayant participé aux récentes opérations d’introduction en Bourse l’ont abandonné.

Car, outre l’impôt que l’Etat prélève et qui réduit sensiblement leurs gains (15% du montant de la plus-value), ils ont constaté qu’il y a une multitude de frais et commissions que les banques et intermédiaires boursiers leur facturent. Des frais qui peuvent peser lourd au point de consommer l’intégralité d’une plus-value si elle n’est pas conséquente.

200 DH de frais de dossier pour souscrire à une introduction en Bourse !
Au vu de la différence entre leurs calculs (cours de vente diminué du cours d’achat) et le montant réellement viré sur leurs comptes, beaucoup de particuliers réfléchissent maintenant deux fois avant de se relancer dans une autre opération et particulièrement ceux qui, à cause des frais, ont accusé une perte.

Pour autant, et malgré toutes ces charges qui réduisent les gains, la Bourse reste le placement le plus performant à condition, toutefois, de bien connaître les différentes commissions auxquelles donne lieu une opération boursière, les prendre en compte dans l’estimation de la plus-value à réaliser et, enfin, opter pour la banque ou l’intermédiaire qui applique le minimum de frais avec la meilleure qualité de service, car une bonne prestation est synonyme d’efficacité, de réactivité sur le marché et donc d’optimisation des gains.

Le premier poste de frais que supporte un investisseur particulier, principalement lors de la souscription à une introduction en Bourse, est celui de l’ouverture de compte. Actuellement, la majorité des banques et des sociétés de Bourse exemptent leur clientèle de ces frais. Néanmoins, certains établissements continuent toujours de prélever ce qu’ils appellent des «frais de dossier».

C’est le cas notamment de la Société Générale qui, dans le cadre de l’introduction de la Snep, n’a pas hésité à facturer l’ouverture de compte (avec effet de levier) à 200 DH. Et au vu du nombre très bas d’actions attribuées au grand public (2 à 3 actions par souscripteur), ces frais ont sensiblement réduit les gains que les particuliers ont dû réaliser, surtout que l’action Snep n’a pas eu un parcours boursier très brillant.

Les banques et les intermédiaires prélèvent également une commission d’intermédiation à l’occasion de l’acquisition des titres. Ils l’appliquent, bien entendu, une deuxième fois au moment de la cession. Cette commission démarre à 0,2% hors taxe du montant de la transaction avec un maximum de 0,6%. Upline Securities pratique cette fourchette et explique que «le niveau de la commission dépend de la catégorie du client, c’est-à-dire s’il est un particulier ou un institutionnel, et de la taille de la transaction».

Chez CFG Group, cette commission démarre à 0,4%. Tandis que BMCE Capital Bourse et la Société Générale appliquent du 0,6%. Cela dit, même si les banques et les sociétés de Bourse précisent dans leurs grilles tarifaires que les frais de courtage sont à un niveau donné, elles ne manquent pas de pratiquer lors des opérations d’introduction en Bourse un taux plus élevé. C’est le cas notamment des membres du syndicat de placement de l’opération Label’Vie qui ont appliqué à leurs clients une commission de 1%. D’où l’utilité de se renseigner auprès de sa banque pour savoir si des conditions particulières vont être appliquées dans le cadre d’une introduction en Bourse.

Chez Attijariwafa bank et ses filiales de courtage (Attijari Intermédiation et Wafabourse), la commission d’intermédiation est toujours fixée à 0,99%. Mais elle englobe également les frais de règlement / livraison qui sont facturés séparément chez les autres organismes. En effet, ils varient entre 0,1% et 0,3% hors taxe, avec 0,2% chez Upline securities et la Société Générale, 0,15% chez BMCE Capital Bourse, 0,3% chez la BMCI et compris entre 0,1% et 0,2% chez CFG Group, selon le montant de la transaction.

Enfin, il y a ce qu’on appelle «les droits de garde» que les banques prélèvent aux investisseurs pour la conservation des titres. Ils varient entre 0,05% et 0,3% l’an hors taxe avec une facturation trimestrielle. Chez certains établissements, ces droits sont fixes quel que soit le volume, notamment chez Upline Securities (0,3%), BMCE Bank (0,2%) et Attijariwafa bank (0,2%).

Tandis qu’ils sont variables chez CFG Group (de 0,1% à 0,2%), Société Générale (de 0,1% à 0,3%) et BMCI (de 0,05% à 0,3%) et dépendent de la valeur du portefeuille du client (plus le portefeuille est petit, plus le taux est élevé). A noter qu’il y a un minimum de droits de garde que les banques prélèvent quel que soit le niveau du portefeuille. Il peut être de 10 DH hors taxe seulement par trimestre, comme par exemple chez CFG Groupe, ou même de 50 DH par trimestre chez des banques comme la Société Générale et la BMCI.

Les ordres de Bourse émis via les agences peuvent prendre des semaines pour être exécutés
A cette batterie de frais s’ajoute, enfin, la commission de la Bourse des valeurs de Casablanca (BVC) que cette dernière prélève sur chaque transaction et qui est égale à 0,1% hors taxe de son montant.
Si les niveaux de ces frais peuvent paraître insignifiants pour quelques-uns (des pourcentages inférieurs à 1%), il faut savoir que leur somme en TTC peut engendrer un coût considérable, surtout pour les petits portefeuilles.

«Quand on n’a que trois actions qui vont rapporter au maximum 1 500 ou 2 000 DH au bout de trois mois d’attente, supporter 500 ou 700 DH de frais et commissions est très pénalisant», déplore un petit porteur. Il faut savoir aussi que ces prélèvements rapportent beaucoup aux banques et aux sociétés de Bourse. «Une introduction en Bourse, telle que celle de la Snep qui a attiré plus de 120 000 souscripteurs particuliers et drainé des milliards de DH, génère aux banques un chiffre d’affaires de plusieurs millions de DH pour seulement quelques jours de travail», affirme un banquier.

En effet, il n’y a qu’à voir les résultats annuels des sociétés de Bourse de la place et leur évolution pour avoir confirmation. Upline Securities, intermédiaire boursier indépendant (non adossé à un établissement bancaire) et de taille moyenne, a réalisé au titre de l’année 2007 un chiffre d’affaires de plus de 95 MDH, en hausse de 180% par rapport à 2006.

Son bénéfice net a atteint pour sa part plus de 18 MDH, soit une progression de 165% et une marge nette de 19%. Une performance qui s’explique essentiellement par l’explosion du volume des transactions à la Bourse de Casablanca en 2007 qui a drainé davantage de frais et commissions aux sociétés de Bourse. Pour les grands intermédiaires tels que BMCE Capital Bourse, Attijari Intermédiation et Safabourse, l’annonce des résultats de 2007 devrait forcément faire état de chiffres d’affaires et de bénéfices beaucoup plus importants.

Cela dit, si le particulier supporte autant de frais, qui rapportent beaucoup aux banques et aux sociétés de Bourse, le minimum est que ces intermédiaires lui assurent un service de qualité. Cela n’est malheureusement pas le cas de tous les organismes, surtout les banques par qui la majorité des petits porteurs passent pour investir en Bourse.

Le client d’un établissement bancaire raconte qu’il lui a fallu près de trois semaines pour vendre ses actions et que le cours du titre a fortement baissé entre-temps. «Mon premier ordre de vente a été égaré après que mon agence l’a envoyé par fax au siège et j’ai mis dix jours à attendre le virement du montant de la cession. Par la suite, j’ai établi un second ordre de vente qui, lui, a pris plus d’une semaine pour être exécuté», déplore-t-il.

Des cas comme celui-là, il y en a chaque semaine et chez plusieurs banques. Les petits épargnants peuvent-ils alors traiter directement avec les sociétés de Bourse généralement plus réactives et rapides dans l’exécution des ordres. Sauf que ces établissements ne traitent qu’avec les clients qui ont des portefeuilles de plusieurs centaines de milliers, voire des millions de DH. C’est dire que la Bourse, avec une prestation de qualité, reste toujours un privilège réservé aux fortunés !