Bons du Trésor : stabilité jusqu’à  fin 2012 mais hausse possible en 2013

Le contexte macroéconomique plaide pour un maintien des taux à  leur niveau actuel. L’emprunt à  l’international du Trésor devrait apaiser les tensions sur le marché. Le projet de Loi de finances 2013 n’est pas favorable à  une baisse des taux aux yeux des professionnels.

Les taux des bons du Trésor devraient se stabiliser d’ici la fin de cette année. C’est la conclusion tirée par les analystes des sociétés de gestion de portefeuilles contactés. «Après la forte progression enregistrée ces derniers mois, les taux ont actuellement consommé tout leur potentiel haussier qui a été alimenté par les besoins élevés de financement du Trésor», précise l’un d’entre eux.

En fait, les fondamentaux de l’économie n’ont subi aucun changement. Le déficit budgétaire est toujours considérable et le Trésor se finance à un rythme élevé sur le marché. D’ailleurs, le déficit a atteint à fin septembre 31 milliards de DH contre 9,8 milliards de DH à la même période de l’année précédente. Cette évolution exponentielle de plus de 200% s’explique surtout par la progression des charges de compensation de 53%, à 42,5 milliards de DH et la maigre évolution des recettes ordinaires de 4%. Du coup, le Trésor continuera à lever des fonds sur le marché national afin de combler son déficit. D’ailleurs, les levées se sont établies en octobre à 11,3 milliards de DH pour un besoin de financement déclaré de 7,5 milliards, portant les levées nettes depuis le début de l’année à 38 milliards de DH. Toutefois, l’emprunt que compte réaliser le Maroc fin novembre sur le marché international, d’un montant d’un milliard de dollars (équivalent à 8 milliards de DH) devrait combler une partie du déficit et calmer par conséquent la tendance haussière des taux. «Ce montant n’est certes pas suffisant pour combler le déficit budgétaire, mais il devrait apaiser les tensions sur les taux», estime un analyste obligataire.

Néanmoins, les conditions de cette sortie du Trésor sur le marché international demeurent inconnues jusqu’à présent, ce qui alimente quelque peu le manque de visibilité des opérateurs. «Le Trésor n’a pas encore communiqué sur le taux d’intérêt, la durée et les modalités de remboursement», avance un gestionnaire de fonds. Ce dernier évoque la récente dégradation de la perspective du Maroc par l’agence de notation Standard & Poor’s. «Avec le passage du rating de la dette long terme du Maroc d’une perspective stable à négative, avec une possibilité d’abaisser si le pays n’arrive pas à juguler son déficit budgétaire et extérieur, les conditions de financement pourraient être serrées et par la même occasion, la prime de risque augmenterait», estime-t-il. A priori, le marché se fait écho d’un emprunt fin novembre, à 10 ans avec 10 à 15 points de base de plus sur les taux de cette maturité, soit près de 4,80%.

D’un autre côté, les rentrées en devises en provenance des pays du Golfe, suite à la visite royale dans cette région, ne manqueraient pas de donner un bon signal aux investisseurs sur le marché qui devraient être moins exigeants sur les rendements. Par conséquent,  la pression sur les taux serait amortie.

Les taux de courte échéance ont subi, pour leur part, un léger changement dans le sens où ils ont enregistré une baisse suite à la décision de Bank Al-Maghrib d’abaisser le taux de la réserve monétaire obligatoire de 2 points pour le ramener à 4%. Cette mesure a permis une injection permanente de 8 milliards de DH dans le circuit bancaire, ce qui laisse aux banques plus de marge de manœuvre pour la gestion de leur trésorerie. Cela dit, l’effet de cette mesure n’était que momentané. Le déficit de liquidités bancaires a atteint fin août 72,3 milliards de DH et devait s’établir fin septembre à 75 milliards de DH. Ainsi, les taux sont rapidement revenus à leur niveau initial vu le déficit structurel de liquidité sur le système monétaire.
Rappelons, par ailleurs, que le Trésor a levé récemment sur le court terme près de 4,5 milliards de DH pour répondre au paiement anticipé des salaires des fonctionnaires qui a coïncidé avec la période de l’Aid Al Adha.

S’agissant de 2013, les professionnels de la place ne s’attendent pas à une baisse des taux. Ces derniers devraient, au mieux, rester stables vu le contexte macroéconomique global. Cela étant, ils n’excluent pas le scénario d’une hausse des taux au cas où le Trésor continue de lever massivement sur le marché local, notamment si aucune réforme n’est conduite pour réduire la charge de compensation.

Le projet de Loi de finances de l’année prochaine est jugé décevant par nombre d’entre eux. «Il ne s’attaque pas aux problèmes de la compensation et ne contient pas de mesures concrètes pour réduire le déficit budgétaire. Limiter le déficit de 4,8% du PIB est un objectif difficile à atteindre surtout au regard de la tendance haussière qu’empruntent les charges de compensation», avance un gestionnaire de la place.
Par ailleurs, estimant que l’abaissement du taux de la réserve monétaire n’est pas une mesure suffisante, certains gestionnaires obligataires espèrent un abaissement du taux directeur lors du conseil de Bank Al-Maghrib de décembre, surtout dans un contexte de maintien de l’inflation à un niveau de 1,2%, en ligne avec les prévisions de l’institution d’émission, et de ralentissement croissant de l’économie.