Bons du Trésor : Bras de fer entre le Trésor et les investisseurs

Une sortie à l’international devrait alléger la pression exercée sur le marché interne.

Les institutionnels pressent le Trésor pour augmenter ses taux. L’argentier refuse d’abdiquer sur les bons à long terme. Son recours aux financements innovants a créé un effet d’éviction vers ce produit de placement.

La courbe des taux s’inscrit sur une tendance haussière depuis quelques mois. Les pressions inflationnistes dans lesquelles baigne l’économie marocaine poussent forcément les investisseurs institutionnels à exiger un rendement plus élevé. Toutefois, cette progression touche notamment la partie courte et moyenne de la courbe.
A la dernière séance d’adjudications (30 août), les hausses ont atteint en moyenne 50% depuis le début de l’année sur le segment court, 36% sur le 5 ans et de 9% sur le 10 ans. La même tendance est constatée sur le marché secondaire (voir graphique).
Si la courbe des taux des BDT a toujours été drivée par trois éléments dont la volatilité des taux monétaires, le comportement des opérateurs et le rythme des levées du Trésor, un autre facteur s’y ajoute actuellement.

Recours moins massif
Il s’agit du recours de l’argentier de l’Etat aux financements innovants dont essentiellement le placement des actifs de l’Etat dans des OPCI. Ces derniers ont permis de dégager un montant de 10 milliards de dirhams à fin juillet 2021 et il est prévu que 10 autres milliards soient engrangés d’ici la fin de l’année, sachant que la Loi de finances prévoyait 12 milliards de ce type de recettes non fiscales.
D’ailleurs, à fin juillet, les recettes ordinaires s’affichent en hausse de 25% à 172 milliards de dirhams, soit un taux de réalisation de 65,5% par rapport aux prévisions de la Loi de finances. Les dépenses, elles, sont de l’ordre de 198 milliards de dirhams, en progression de près de 10%. Conséquence : le besoin de financement du Trésor atteint 19,2 milliards de dirhams au lieu de 57 milliards l’année précédente.
Ceci met le Trésor dans une situation de recours moins massif que prévu aux bons de l’Etat, essayant de maintenir les taux à leurs niveaux actuels. Il n’en demeure pas moins que le Trésor répond à la demande des investisseurs en augmentant les taux sur ladite échéance (courte et moyenne), de quelques points de base.


Les investisseurs boudent
«Sauf que cette situation n’arrange pas les investisseurs qui, depuis un moment, marquent leur absence, surtout sur l’échéance longue de la courbe (15 à 20 ans). A titre d’illustration, très peu de demandes a été manifesté sur les bons d’une maturité de 10 ans lors de la dernière séance d’adjudication. Sur un volume de 16,3 milliards de dirhams requis, seuls 5,3 milliards ont été adjugés. Ce qui place le taux de satisfaction à 32%», remarque un gérant institutionnel. C’est dire que les investisseurs ne suivent plus le Trésor sur ses intentions de levées sur de longues échéances. En revanche, ce taux de satisfaction pointe à plus de 60% sur l’échéance 26 semaines et 5 ans.
Chacune des parties essaye, tant bien que mal, de tirer les ficelles de son côté. D’une part, le Trésor ne souhaite pas abdiquer et marquer une hausse des taux de ses émissions, de long terme, de crainte de devoir céder à chaque fois que les investisseurs le demandent. D’autre part, ces derniers désertent la courbe et refusent de répondre aux besoins de l’Etat, sur toutes les maturités.

Pression sur le marché
Une réunion a même été tenue récemment, entre le Trésor et l’ASFIM (Association des sociétés de gestion et fonds d’investissement marocains) pendant laquelle les deux parties ont tenté de trouver un terrain d’entente pour un retour des investisseurs sur le marché. Une autre méthode de calcul des taux a même été proposée au Trésor pour assurer un rendement idéal aux opérateurs. Pour couronner le tout, les institutionnels, en plus de réaliser de légères souscriptions, procèdent à des opérations de rachat, au profit d’autres moyens de placement. «Au final, l’épargne prend un coup, puisque les rendements actuels, diminués du taux d’inflation et des différents frais de gestion et de sortie, sont presque nuls», estime cet expert.
Ce bras de fer devra se poursuivre entre les institutionnels et le Trésor tant que ce dernier recourt toujours aux financements innovants et rechigne à offrir des rendements plus intéressants aux investisseurs. «Si les besoins du Trésor sont amenés à augmenter, pour faire face à des dépenses exceptionnelles, il sera obligé de marquer la courbe et d’opérer des levées sur le long terme», conclut notre gérant de portefeuille. Néanmoins, une sortie à l’international devra alléger cette pression exercée sur le marché interne et comprimer, un tant soit peu, les demandes à la hausse des taux. D’ici à la fin de cette année, Attijari Global Research estime le besoin de financement brut du Trésor à 101 milliards de DH, dont 33,5 milliards seront couverts par le financement extérieur et le reliquat par le marché domestique.
En attendant un incontournable recours au marché international, le marché scrute le prochain conseil de Bank Al-Maghrib, le 27 septembre courant, pour un éventuel relèvement du taux directeur. Le gouverneur de la Banque centrale finira-t-il par le faire ?

 

 

Taux directeur : La hausse attendue finira-t-elle par arriver ?

De plus en plus de voix s’élèvent pour réclamer la hausse du taux directeur par Abdellatif Jouahri, wali de Bank Al-Maghrib. Depuis son abaissement en juin 2020, aucune décision de relèvement n’a été prise. En fait, une série de baisses a été réalisée dès le 1er trimestre 2009. De 3,50%, il a été ramené graduellement jusqu’à 1,5%.
Un contexte de taux bas contribue à relancer la demande, à travers notamment les crédits, ainsi que l’investissement, ce qui contribue donc à la relance économique. Grosso modo, une hausse des taux pourrait freiner cette machine, déjà lancée, dont l’économie a besoin pour reprendre ses forces après une année gravement difficile. En face, un relèvement des taux est de nature à accentuer le coût de l’endettement de l’Etat, surtout qu’il a toujours des besoins conséquents par rapport aux années précédentes, contribuant ainsi à creuser le déficit budgétaire. Néanmoins, elle reste la solution idoine pour faire face à une inflation galopante qui mine les rendements des investisseurs.