Bon cru pour les banques cotées au 1er semestre

Amélioration du PNB mais alourdissement du coût du risque. Croissance record des bénéfices pour quasiment tous les établissements. L’Afrique, un relais de croissance rentable.

Le secteur bancaire coté s’en est bien tiré au premier semestre. Et ce, malgré un contexte économique peu favorable, marqué par une faible croissance, une décélération de l’investissement et la poursuite du ralentissement du crédit. En effet, les banques de la place -hormis BMCI qui n’avait pas encore publié ses comptes à l’heure où nous mettions sous presse- ont bouclé les six premiers mois de l’année avec un produit net bancaire consolidé en amélioration de 6,46%, à 26,9 milliards de DH. Le résultat net part du groupe agrégé s’est pour sa part propulsé de 12,25%, à 5,4 milliards de DH.

Ces performances trouvent leur origine d’abord sur le plan commercial. De fait, les banques ont tiré profit de l’amélioration de la situation de liquidité -suite à la reconstitution des réserves de change- pour renforcer leurs dépôts. Ainsi, les cinq banques ont porté l’encours de leurs dettes envers la clientèle à 779,45 milliards de DH, en hausse de 2,2% ; l’équivalent d’un additionnel de 16,7 milliards de DH. Attijariwafa bank et la BCP ont participé à hauteur de 60% à cette hausse (environ 6 milliards pour la première et 4 milliards pour la seconde).

En face, dans un contexte marqué par la poursuite du ralentissement des crédits au Maroc, l’encours des créances sur la clientèle a cru de 1,82%, à 719,9 milliards de DH. Une croissance tirée par une hausse de l’encours des crédits distribués en Afrique par les trois plus grandes banques de la place. En effet, Attijariwafa bank a augmenté son encours global de 4,4%, à 264,2 milliards de DH, grâce à la fois à l’activité de distribution de crédits au Maroc (4,5% à 203,6 milliards de DH) et en Afrique (5% à 36,7 milliards de DH). Pour sa part, BMCE Bank a accusé une contraction des prêts et créances sur la clientèle de 3,1%, à 167,9 milliards de DH suite à une baisse de l’activité au Maroc (-4,9%, à 122 milliards de DH). Toutefois, les crédits distribués en Afrique et en Europe ont affiché des hausses respectives de 1,3%, à 41,1 milliards de DH, et 8,9%, à 3,9 milliards de DH. Quant à la Banque Populaire, elle a amélioré ses créances sur la clientèle de 2,64%, à 215,6 milliards de DH grâce notamment à l’activité au Maroc (2,1%, à 188,9 milliards de DH) et en Afrique (6,74%, à 23,7 milliards de DH).

Les opérations de marché dopent le PNB

Dans ces conditions, les indicateurs financiers des cinq banques cotées ont enregistré une amélioration significative. C’est ainsi que le Produit net bancaire global s’est bonifié de 6,46%, à 26,9 milliards de DH. Une hausse qui intègre une évolution timide de la marge d’intérêt de 1,55%, à 16,9 milliards de DH, mais une hausse soutenue de la marge sur commission de 11,7%, à 4,4 milliards de DH (hors CIH). La hausse du PNB a été également portée par une bonne croissance du résultat sur opérations de marché, sur fond d’une bonne orientation du marché boursier (une performance du Masi de 6,9% à fin juin) et d’une baisse profitable des taux sur le marché obligataire. Par banque, c’est BMCE Bank qui affiche la meilleure performance du PNB avec une hausse de 13,2%, à 6,7 milliards de DH. La BCP et CIH Bank alignent une croissance de d’environ 5,5%, à respectivement 8,1 milliards de DH et 912 MDH. Crédit du Maroc signe une hausse de 4,2%, à 1,1 milliard de DH, et Attijariwafa bank progresse de 3,5%, à 10 milliards de DH.

Cela dit, parallèlement à l’évolution du PNB, les charges générales d’exploitation ont crû de 6,7%, à 11,9 milliards de DH, ce qui dégrade légèrement le coefficient d’exploitation agrégé des cinq banques. En cause, les charges de certaines banques qui ont évolué plus rapidement que leur PNB, notamment Attijariwafa bank (qui affiche toutefois l’un des meilleurs ratios du secteur), la BCP et CIH Bank. BMCE Bank, malgré une croissance des charges de 9,84%, améliore son coefficient grâce à la bonne prestation de son PNB.

En outre, le coût du risque s’est également alourdi de 9,56%, à 4,3 milliards de DH. Cette évolution intègre une montée de 30%, à 1,05 milliard de DH pour BMCE Bank, soit l’effet de la non- récurrence des fortes reprises sur BMCE Bank SA et sur la plateforme européenne enregistrées au 1er semestre 2015. La BCP a également vu son coût du risque augmenter de 15,4%, à 1,76 milliard de DH. Notons que le groupe a continué ses efforts en matière de provisionnement en constituant une provision supplémentaire pour risques généraux de 314 MDH, portant l’encours à 2,7 milliards de DH. Il est à noter que la BCP est la première banque à avoir constitué une provision complémentaire pour risque pays relative à la zone UEMOA (Union économique et monétaire ouest-africaine). En face, Attijariwafa bank poursuit l’allègement de son coût du risque, entamé depuis l’année dernière, en enregistrant une baisse de 5%, à 1,1 milliard. Notons que le taux de créances en souffrance du groupe s’est établi à 7,1% à fin juin 2016, soit le même niveau qu’à fin 2015. Par zone géographique, ce taux est de 6,7% au Maroc (contre 6,6% à fin 2015), à 9,8% en Afrique Subsaharienne (contre 10,6% à fin 2015) et à 6,5% en Tunisie (contre 6,8% à fin 2015). Crédit du Maroc a également allégé son coût du risque de 24,2%, l’équivalent d’une baisse de 90 MDH. Une baisse attribuable à l’effort de provisionnement fourni ces dernières années et aux actions de recouvrement entreprises.

Croissance bénéficiaire à deux chiffres

Dans ces conditions, le résultat d’exploitation agrégé des cinq banques s’est hissé de 5%, à 9,3 milliards de DH. Cependant, cette hausse a été freinée par un recul du résultat du CIH de 9,8% et de celui de la BCP de 1,55%.

Au final, le RNPG global s’est bonifié de 12,25%, à 5,48 milliards de DH. Hormis CIH Bank, toutes les banques ont pu améliorer leurs bénéfices. En effet, le CIH a accusé un recul de son résultat de 5,2%, à 180 MDH suite à l’impact des charges inhérentes à QMB Company, la filiale de banque participative qui n’a toujours pas entamé son activité.

En face, Attijawafa bank a amélioré sa capacité bénéficiaire de 7,9%, à 2,5 milliards de DH grâce à l’allégement de con coût du risque et de l’amélioration de la contribution de la banque de détail à l’international, profitant d’une augmentation de la participation de la banque dans deux filiales, à savoir SIB et CBAO au 4e trimestre 2015. Parallèlement, BMCE Bank a augmenté son résultat net de 17,5%, à 1,2 milliard de DH, grâce à la forte hausse du résultat des opérations de marché, à la baisse du coût de risque pour ses activités de banque au Maroc et à la croissance de ses activités de Banque de détail à l’international. Notons par ailleurs que l’imposition des filiales offshore du groupe a pris effet à partir du 1er semestre de l’année en cours, d’où une hausse de l’IS de 16% par rapport au 1er semestre 2015. Aussi, la BCP a vu son RNPG croître de 13%, à 1,7 milliard de DH. Une évolution qui tient compte, notamment, d’éléments non récurrents, à savoir la prise de participation à hauteur de 52% dans les BPR. Enfin, Crédit du Maroc renoue avec la croissance après deux années plombées par un important coût du risque. Les efforts fournis dans le cadre de son projet d’entreprise CAP 2018 ont permis au groupe de doubler ses bénéfices. Ainsi, le résultat net s’est hissé de 95%, à 160 MDH.

Le groupe Attijariwafa bank a lancé un nouveau plan stratégique baptisé «Energie 2020». Les principaux objectifs de cette nouvelle stratégie consistent en la consolidation du business model du groupe en tant que groupe financier panafricain, avec une position de référence dans l’ensemble des lignes métiers. Au niveau national, le groupe entend développer des segments de clientèle à fort potentiel et soutenir les stratégies sectorielles à travers la prise en charge des besoins financiers des secteurs de pointe (automobile, aéronautique, offshoring, agro-industrie…). Aussi, Attijariwafa bank a pour objectif de mettre la satisfaction client au centre de ses actions à travers une compréhension plus fine des besoins spécifiques, conseil et accompagnement…, et compte développer le volet digital. CIH Bank a également fixé ses orientations stratégiques pour la période 2016-2020. La banque entend consolider son positionnement en tant que banque universelle, en phase avec les nouvelles évolutions technologiques et numériques. Pour ce faire, CIH vise, entre autres, la consolidation de la banque de l’immobilier, le développement de la banque d’entreprise et la poursuite de la densification du réseau. Toujours dans le cadre de son plan stratégique, le groupe bancaire table sur l’amélioration de sa rentabilité et de sa productivité. Il sera question du développement des synergies entre filiales, d’une amélioration continue des processus qualité et l’optimisation du coût de refinancement.

Les filiales non bancaires ont contribué positivement à l’évolution du bénéfice de leurs groupes respectifs. Exemple : Maghrebail, détenue par BMCE Bank à hauteur de 52,47%, a amélioré son résultat net de 7%, à 43,2 MDH. Salafin, filiale du même groupe (74,76%), a vu son PNB augmenter de 5,5%, tiré principalement par l’augmentation des marges d’intérêt et de commission respectivement de12,5% et 8,9%. Et une évolution de son résultat net de 14%. S’agissant des filiales d’Attijariwafa bank, Wafasalaf a amélioré sa production de 14%, à 5,5 milliards de DH et son résultat net de 6%, à 158 MDH ; soit une contribution de 3,3% au RNPG global. Wafacash a également participé à la formation du RNPG à hauteur de 83 MDH, en hausse de 6,5%, Wafabail de 60 MDH (+9,8%) et Wafa Immobilier de 47 MDH (+27,9%).