BMCE Bank : des réalisations dopées par les revenus non récurrents

Un PNB semestriel en hausse de 50%, à 2,6 milliards de DH, tiré par une plus-value exceptionnelle de 700 MDH.
La structure des revenus de la banque remet en question la pérennité de
la croissance de ses résultats.
L’activité commerciale doit prendre le relais, les plus-values
des participations n’étant pas structurelles.

A l’occasion de la publication des résultats semestriels des sociétés cotées à la Bourse de Casablanca, BMCE Bank s’est distinguée, encore une fois, en annonçant cette semaine, devant un parterre d’analystes et de journalistes, une performance des plus époustouflantes. Il faut dire que, depuis deux ans, le vaisseau amiral du groupe Benjelloun retient l’attention pour être le seul vrai challenger des deux mastodontes, Attijariwafabank et le groupe Banques Populaires. Une stature qui semble se confirmer durant ce premier semestre 2007 tant les principaux agrégats financiers passent d’une progression appréciable à deux chiffres à une évolution «à la chinoise». En attestent les croissances du PNB (produit net bancaire) et du résultat net consolidé part du groupe qui ont atteint respectivement +50% à 2,6 milliards de DH et +85% à 882 millions de DH.

Une croissance organique financée par les revenus des participations
Mais qu’en est-il de la pérennité de cette croissance vertigineuse ? Les fondamentaux de la maison sont-ils réellement au diapason de cette devanture si flamboyante ?
Certes certaines conquêtes commerciales sont incontestables : les encours du crédit immobilier suivent un trend exponentiel (+50% à 9,2 milliards de DH avec en prime un gain de 1,7 point de parts de marché), les dépôts MRE sont également à l’honneur en grignotant 1,3 point de parts à 2,2 milliards de DH. Quant à certaines filiales, telles BMCE capital Gestion (gestion d’actifs) et BMCE capital Bourse (intermédiation boursière), elles profitent d’un contexte de marché très favorable, voire confirment leur ascension à l’instar de Salafin qui affiche, malgré un contexte réglementaire chahuté et un tassement des bénéfices de quelques concurrents directs (Acred et Sofac) une progression de 45% de son bénéfice.

Toutefois, ces belles réalisations ne peuvent occulter certaines fausses notes qui n’arrivent pas à être corrigées au fil du temps. BMCE Bank tire l’essentiel de sa croissance bénéficiaire de résultats exceptionnels non récurrents. En effet, depuis 2005, année de mise en place d’un plan de croissance volontariste (ouverture de 50 agences par an), la banque arrive à transcender le passage du PNB au résultat net par des plus-values non négligeables réalisées en marge d’une restructuration louable du portefeuille de participation. Ce qui permettait de réallouer des fonds propres libérés par des désengagements judicieux vers le financement de la croissance organique. Or, en 2007, à cette prouesse s’est ajoutée une autre source providentielle. Une plus-value de près de 700 MDH sur cession d’un bloc d’auto-contrôle (5% du capital) à la banque ibérique Caja de Ahorros del Mediterraneo, qui est venue se loger cette fois-ci au niveau du PNB. Retraité de cette manne, cet agrégat ne progresse que de 10% en consolidé, voire à peine 5% en comptes sociaux.

Une analyse plus fine met un bémol à l’euphorie des commentaires, notamment pour une banque qui ouvre 50 agences par année (70 à partir de cette année) et donc croît plus vite que ses principaux concurrents tout en prenant davantage de risques en investissant plus massivement. D’une part, cette politique ne semble pas marquer des points outre mesure sur les parts de marché dépôts et crédits, qui ne gagnent respectivement que 0,9 point (grâce aux DAT qui renchérissent le coût du refinancement) et 0,6 point (porté par l’exploit du crédit immobilier). Ce qui ne génère, in fine, qu’une croissance de la marge sur intérêts ramollie à 18% alors que les encours s’envolent de 37% à 50 milliards de DH (dans un contexte d’emballement national de distribution de crédit). Quant au résultat des opérations de marché, il dévisse de 17% à 305 MDH (hors PV sur opération CAM) et altère ainsi la performance intrinsèque des autres composantes du PNB. Une donne d’autant plus fâcheuse qu’historiquement BMCE Bank est la banque la plus exposée aux activités de marché (le PNB en dépend à hauteur de 20%) qui sont, par nature, assez volatiles.

Dans un tel contexte où le PNB normatif ne progresse, au mieux que de 10% en consolidé, et où la croissance interne génère des charges d’exploitation en tendance fortement haussière, le coefficient d’exploitation se dégrade donc de 8 points à 63% contre 55% un an auparavant.

La question à se poser est donc la suivante : jusqu’à quand la banque continuera-t-elle à financer la croissance organique qui n’est pas encore suffisamment rentable (PNB additionnel supérieur aux charges en découlant) par des éléments exceptionnels ? Les participations n’étant pas une source intarissable et les plus-values sur auto-contrôle ne pouvant se reproduire indéfiniment car un cours boursier ne peut progresser chaque année de plus de 100%, il faudrait que l’activité principale prenne rapidement la relève pour que l’on puisse réellement parler de croissance vertueuse. Si l’on sait qu’une agence bancaire devient rentable en moyenne après 3 ans, l’on est en droit de s’attendre, dès 2008, à une autre formation des résultats de BMCE Bank, encore plus éloquente, car plus pérenne et plus probante quant à la réussite de sa stratégie domestique.

En ce qui concerne les ambitions internationales de la banque, notamment en Afrique, à travers une croissance externe opportuniste et la création assez coûteuse d’une banque d’affaires à Londres jouant le rôle d’interface entre les filiales africaines et les marchés internationaux, il faudrait vraisemblablement patienter deux à trois ans pour juger de la pertinence de tels choix à travers une contribution plus marquée des activités à l’international au résultat consolidé qui n’est aujourd’hui que de 7%.