Bijoux en or : les prix ont chuté de 40% depuis 2012 !

L’évolution des prix au Maroc s’explique par la tendance internationale. Les bijoux neufs sont vendus à  330 DH le gramme, les pièces anciennes sont reprises à  environ 250 DH.

L’investissement dans l’or ne séduit plus autant les Marocains. Des bijoutiers à Rabat et à Casablanca affirment que depuis 2010-2011, les achats de bijoux en or ne s’effectuent plus dans une logique de revente, mais seulement à l’occasion d’événements familiaux (mariages, fiançailles, baptêmes…). Ce changement d’attitude des Marocains intervient suite à la baisse du prix de l’or sur le marché local au cours des dernières années, consécutivement à la chute enregistrée sur le marché international.

Pour rappel, l’once d’or avait atteint un pic de 1 920 dollars à la fin de 2011, avant d’entamer une dégringolade sur les 4 dernières années. A fin 2012, elle valait 1 537 dollars, pour tomber à fin 2013 à 1 225 dollars et chuter encore plus à 1 186 dollars à fin 2014. Au 12 octobre de cette année, l’once s’est établie à 1 165 dollars, soit un repli de 3% depuis début janvier, de 24% depuis fin 2012 et de 39% par rapport au pic atteint fin 2011.

Si ce métal précieux a enregistré une aussi forte chute et pendant des années, c’est en raison de la conjonction de plusieurs facteurs, à commencer par l’état de santé de l’économie américaine. En effet, la croissance aux Etats-Unis, bien que ponctuée par quelques mauvais indicateurs sur l’emploi ou encore les ventes des biens immobiliers, se maintient à un niveau favorable depuis quelques années (+2,2% en moyenne entre 2011 et 2013). En 2014, le PIB américain a crû de 2,4%. Dans un contexte pareil les investisseurs délaissent les valeurs refuge, dont l’or, estimant que le temps de la crise économique est révolu, et se tournent vers les actifs plus risqués et donc plus rémunérateurs à l’instar des actions cotées en bourse.

De plus, le dollar continue de progresser face aux autres devises grâce à la bonne santé de l’économie américaine mais aussi en raison des perspectives de hausse des taux directeurs de la Réserve fédérale américaine. Ceci a pour effet de rendre les investissements dans les bons de Trésor américains et les obligations privées plus intéressants. Du coup, les achats d’or deviennent plus coûteux pour les investisseurs dont les fonds sont constitués d’autres devises. Rappelons également que par effet mécanique, quand la devise américaine s’envole, les prix de l’or baissent et inversement.

Par ailleurs, la Chine, premier producteur d’or depuis 2008, considérée aussi comme le baromètre du marché mondial de l’or, a annoncé en juillet détenir des réserves d’or de 1 658 tonnes seulement, la situant au 6e rang mondial, loin derrière la France avec ses 2 435 tonnes. Ce niveau, moins élevé que prévu, a alimenté les inquiétudes des investisseurs sur l’attrait du métal en tant que produit de placement, provoquant ainsi un mouvement vendeur sur le métal.

Un pic de 550 DH le gramme atteint en 2012

Sur le marché marocain, le prix des bijoux en or neufs avait atteint jusqu’à 550 DH le gramme en 2012. Il a naturellement dégringolé par la suite en raison de la chute du cours à l’international pour se situer entre 330 DH et 350 DH en 2013. Depuis, il a perdu quelques dizaines de dirhams. Actuellement, les bijoux en or se négocient entre 320 et 330 DH. Les joailliers expliquent que même si la tendance globale des prix au Maroc est corrélée à l’évolution à l’international, il peut y avoir de légères différences dues à plusieurs facteurs. «L’évolution du prix de l’or n’est pas automatiquement appliquée sur toutes les pièces. Une baisse allant de 5 à 15 DH n’est pas répercutée sur un bijou de 5 ou de 8 grammes; ceux-ci gardent leur valeur. En revanche, elle est directement répercutée sur les pièces de taille importante comme les grosses gourmettes et les ceintures. Cela va de soi pour une hausse», détaille un bijoutier à Casablanca. La répercussion n’est d’autant pas évidente lorsque les prix sont volatils, ce qui est le cas actuellement. «Ils peuvent perdre 10 DH de leur valeur un jour et en gagner 20 le lendemain. Sur les deux dernières semaines par exemple, le prix a gagné 15 DH et on ne sait pour quel trend il va opter dans les jours à venir», s’étonne notre source. Et il va sans dire que dans la plupart des joailleries, un bijou est, certes, vendu selon son poids, mais aussi et surtout en fonction de son design. Le prix de deux bracelets en or du même poids peut varier du simple au double selon le design, le nombre de pièces serties ainsi que le degré de professionnalisme du fabricant. Notons que le prix du gramme à la casse ou à la revente oscille entre 250 et 275 DH, et ce, après avoir atteint plus de 320 DH il y a 2 ans. Ce qui revient à dire qu’il est vivement déconseillé de vendre ses bijoux en or achetés entre 2010 et 2012.

Les prix à la revente se situent à un niveau inférieur à ceux des bijoux neufs. Et pour cause, les bijoutiers n’ont d’autre moyen de fabriquer de nouveaux bijoux que de recycler les anciens, l’importation étant limitée et requiert une autorisation spéciale de l’Administration des douanes. Cela en plus du fait que les bijoux revendus contiennent des pierres ou encore des impuretés. En les éliminant, le poids du bijou baisse et, de facto, son prix également.

L’or jaune a toujours la cote

En tout cas, les bijoux rachetés sont re-fabriqués par une main-d’œuvre qualifiée dont le coût peut commencer à 40 DH la pièce et se hisser à 200 DH si le modèle répond à la tendance du moment et s’il nécessite un travail pointu. Sur ce dernier point, les bijoutiers signalent que le coût des artisans augmente de plus en plus en raison de la complexité des modèles et de la non-disponibilité des compétences. Au prix de rachat et au coût de la main-d’œuvre, le bijoutier applique sa marge commerciale qui diffère aussi en fonction des modèles et de la taille du bijou. Elle peut aller de 50 DH à 200 DH le gramme.

Quoi qu’il en soit, acheter un bijou dans une logique d’investissement suppose de miser sur les modèles simples qui ne contiennent pas beaucoup de pierres serties et qui ne nécessitent pas un travail complexe de façonnage. A ceux-ci est appliquée une décote allant jusqu’à 30% de leur valeur de marché. Par contre, les pièces sobres, simples et classiques présentent l’avantage d’être toujours à la mode et peuvent être destinés à la revente en l’état par les bijoutiers. Elles ne perdent donc pas beaucoup de leur valeur et peuvent être reprises avec une décote de 10 ou 15% seulement par rapport au prix du marché.

Il est utile de rappeler qu’il n’existe aucune différence de prix entre les différents types d’or. Qu’ils soient en or jaune ou blanc, les bijoux ont la même valeur. Cela dit, les bijoutiers font remarquer que la demande sur l’or blanc se fait assez timide. «Les bijoux confectionnés en or blanc sont demandés surtout quand le besoin de la cliente est orienté vers le diamant. Autrement, c’est l’or jaune qui constitue 90% de notre chiffre d’affaires», précise un bijoutier à Rabat.

Cette tendance joue en faveur des joailliers car aussi bien la fabrication que l’entretien ressortent plus chers pour les bijoux en or blanc que pour ceux en or jaune, ne serait-ce qu’en tenant compte du rhodiage. Ce procédé consiste à mettre une couche de rhodium (métal précieux et rare) sur le bijou en question en vue de renforcer et de maintenir sa couleur blanche. «Cela ne veut pas dire pour autant que les prix de vente des bijoux en or blanc sont plus élevés mais simplement que les bijoutiers y appliquent une marge moins élevée, la compensant de fait par le surplus appliqué sur l’or jaune», conclut notre bijoutier.