Banques cotées, la taille aide… mais ce n’est pas suffisant

Le bénéfice sectoriel recule de 4% à  6,3 milliards de DH à  cause de la baisse des résultats de BMCE, CIH et Crédit du Maroc.
BCP et surtout Attijariwafa bank affichent une forte croissance, grà¢ce à  de bonnes prestations commerciales et à  une amélioration de la productivité.

Alors que dans leur cuvée 2007 les résultats des banques cotées en Bourse invitaient à préserver un statu quo rassurant, la livraison 2008 est venue remettre en cause cette harmonie.
D’un côté, le Crédit hôtellier et immobilier (CIH), le Crédit du Maroc (CDM) et BMCE Bank dont les réalisations connaissent des ratés. De l’autre, Attijariwafa bank, Banque centrale populaire (BCP) et BMCI qui affichent de bonnes performances. Qui tire son épingle du jeu en 2008 et qui l’inscrit comme l’année à oublier ? Focus sur les réalisations bancaires de la cote.
Commençons d’abord par les aspects positifs. Les banques cotées ont pu augmenter l’encours consolidé de leurs crédits à la clientèle de 30,8%, à 348, 8 milliards de DH. Autrement dit, sur le seul exercice clos, un additionnel de 82,1 milliards de DH de crédits a été distribué. En contrepartie, les dépôts consolidés à la clientèle ont évolué moins rapidement en se renchérissant de 19,5%, à 393,4 milliards de DH, soit 64,3 milliards de DH de dépôts supplémentaires captés en 2008. Naturellement, pour parvenir à ces niveaux de croissance agrégés, certaines banques y ont mis du sien plus que d’autres. De fait, deux groupes de banques, proches de par leur ordre de grandeur et leur rythme de croissance, se distinguent.

L’encours des crédits des banques cotées a augmenté de 31%
D’un côté, les mastodontes Attijariwafa bank, BMCE Bank et le Groupe Banque Populaire qui réalisent des croissances à deux chiffres de leurs encours consolidés de crédits et de dépôts, sachant que ceux-ci se chiffrent déjà en centaines de milliards de DH. Et dans la catégorie, en 2008, Attijariwafa occupe la tête du podium. Cependant, son leadership est de plus en plus chahuté comme en témoigne le rythme de croissance signé BMCE de 45,3% et de 38,4% respectivement pour les crédits et les dépôts captés en 2008.
  
318 nouvelles agences bancaires ouvertes en 2008
De l’autre côté, le trio BMCI, CIH et CDM, avec des encours plus modestes, n’est pas moins concerné par la croissance. C’est notamment le cas de CDM pour lequel l’exercice 2008 a été marqué par une franche embellie des encours de crédits, en expansion de 36%. Il faut aussi dire que la banque ne ménage pas ses efforts commerciaux et déploie une politique agressive pour le développement de son réseau. En témoignent les 48 ouvertures d’agences opérées en 2008. Par ailleurs, cet appétit d’extension de réseau semble bien représentatif de la tendance générale du secteur. 318 agences auront été ouvertes par l’ensemble des banques cotées en 2008, chacune y allant selon ses moyens avec plus d’une centaine d’inaugurations pour BMCE (détenteur à fin 2008 d’un réseau de plus de 500 agences) et 12 points de vente pour CIH. Pour sûr, ne pas suivre la cadence peut être très pénalisant. Porté par un rythme assez timide d’ouvertures d’agences (25 en moyenne au cours des deux dernières années), BMCI sous-performe le marché avec des encours de dépôts qui reculent de 1%, à 41,5 milliards de DH.
Avec des performances en matières de captation des crédits et de dépôts aussi variés, il n’est pas étonnant que les banques évoluent en ordre dispersé pour ce qui est de leurs produits d’exploitation bancaire (équivalent de chiffre d’affaires). Agrégé pour toutes les banques, ce dernier indicateur ressort en croissance de 22,6%, à 43,1 milliards de DH. Favorisées par leur périmètre de consolidation, Attijariwafa et BMCE se détachent par le rythme de leur progression: +24,2%, à 19 milliards de DH et +36,8%, à 11,4 milliards de DH. Néanmoins, la hausse concerne toutes les banques indifféremment.

Un PNB en appréciation de 23%, à 24 milliards de DH
Cela dit, c’est au niveau du Produit net bancaire (PNB) que les premiers signaux de contre-performance se manifestent, même si, bien entendu, l’indicateur agrégé demeure orienté à la hausse. Au titre de 2008, le PNB du secteur bancaire coté s’apprécie en effet, de 23,1%, à près de 24 milliards de DH. Seulement, au cas par cas, de mauvaises surprises ressortent. La plus notable concerne le CIH. La valeur a faussé les prévisions de plus d’un. Les pronostics des analystes faisaient état d’une croissance du PNB. Au lieu de ça, il s’est inscrit en recul de près de 4%, à 1,3 milliard de DH. «Tout laissait croire que CIH allait continuer sur son cycle de reprises sur provisions pour afficher un bénéfice supérieur au niveau de 2007», commente un analyste.
Le département analyse d’Attijari Intermédiation, dont les prévisions de résultats 2008 pour l’ensemble des sociétés cotées s’écartent de 11% des réalisations du marché, explique en grande partie son défaut de pronostic par la surprise du CIH. Selon les estimations des analystes de la société de Bourse, le PNB de la banque devait croître d’au moins 15%, dans l’hypothèse d’une reprise de provisions de 300 MDH. En fait, c’est tout le contraire qui s’est produit. CIH a en effet constitué une provision supplémentaire. Que couvre-t-elle ? Les spéculations vont bon train en attendant la publication des comptes consolidés de la banque. «Selon toute vraisemblance, elle est rattachée à des crédits immobiliers», estime un analyste.
Le marché n’a pas vu venir non plus la baisse du rendement des crédits sur la clientèle subie par le CIH en 2008. En effet, la banque a été la seule de toute la place à avoir vu sa marge d’intérêts chuter de plus de 5%, 1,16 milliard de DH. Ceci s’explique en grande partie par la vocation résolument immobilière du CIH et par ricochet par sa dépendance des crédits immobiliers qui représentent plus de 82% du portefeuille sain. «Une structure qui ne peut être que pénalisante dans un environnement de concurrence acharnée tirant les taux d’intérêt de l’immobilier à la baisse», explicite un professionnel. Et à voir les retombées que tire le CIH de la marge sur commissions, celle-ci n’est pas prête de s’ériger en relais de croissance et de diversification, son appréciation de 4,8% seulement malgré l’élargissement de la gamme de produits (monétique, bancassurance avec Atlanta…) et sa contribution encore confinée à 10% du PNB demeurent en deçà des ratios affichés par les banques les plus dynamiques de la place.
Toujours dans le registre des réalisations en demi-teinte, BMCI limite à 7,7% la croissance de son PNB, à 2,3 milliards de DH. En raison du développement ralenti de son réseau, évoqué précédemment, la banque ne peut s’appuyer sur un effet volume pour compenser l’érosion de ses marges d’intermédiation (celle-ci s’inscrivant en baisse de 0,1%), ni même sur une marge de commission pour jouer comme relais de croissance (celle-ci dépendant de l’effort d’extension du réseau). De fait, elle peut tout juste compter sur l’excellent comportement des activités de marché (dont notamment le résultat de change en progression de 11,5%) qui s’apprécient de quelque 73,4%, à 200 MDH.
Mais des surprises, il y en a eu aussi de bonnes. Ainsi, alors que tout portait à croire que le PNB consolidé du CDM allait piquer du nez, ce dernier indicateur s’est non seulement maintenu en territoire positif mais a même marqué une croissance à deux chiffres. Il augmente en effet de 10,1%, à 1,5 milliard de DH. Une prouesse remarquable, donc, parce que la banque a vu son coût de refinancement augmenter de 64%. Un renchérissement dû aux recours plus fréquents au marché monétaire imposé par une très faible croissance des dépôts de la clientèle (+3,5%), mais également à la levée pour la première fois de l’histoire de la banque d’une dette subordonnée d’un milliard de DH.
Enfin, au rang des très bonnes surprises, Attijariwafa, BMCE et BCP affichent des PNB en croissance remarquable. Le premier établissement récolte les fruits de ses nouveaux fers de lance que sont les filières banques de détail à l’international. Attijariwafa bank Tunisie affiche notamment une superforme avec un PNB en croissance de 20,2%. Les sociétés de financement spécialisées viennent également y mettre du leur avec, spécifiquement, Wafa immobilier et Wafasalaf qui réussissent dans l’ordre 41% et 24% de croissance du PNB. Sans oublier les activités de marché qui, malgré un contexte chahuté, tirent leur épingle du jeu en progressant de 15%.

Le coefficient d’exploitation  du secteur tire à la hausse
Pour la BCP, c’est la dynamique vertueuse des crédits corporate, son segment de prédilection (l’activité Retail étant essentiellement portée par les Banques populaires regionales) qui dope le PNB. Celui-ci se hisse à 1,6 milliard de DH, augmentant de près de 22% sous l’effet, donc, d’une expansion de 70% de la marge d’intérêts qui a approché le milliard de DH, à 961 MDH. Il en ressort que le recul significatif du résultat des activités de marché, dans un contexte obligataire peu favorable, de 21%, à 418,9 MDH, n’a pas eu raison de la croissance du PNB.
Quant à la BMCE, portée par des niveaux de croissance du même ordre, ses marges propulsent son PNB en 2008. Il s’inscrit en hausse de 41,1%, passant à 6 milliards de DH. A noter toutefois que si les marges d’intérêts et sur commissions se renchérissent de 63,8% et 40,6%, la marge dégagée des opérations de marché se départit de 290 MDH en comparaison à 2007, chutant de 36,6%.
S’agissant de rentabilité, la bataille pour l’optimisation des coûts d’exploitation semble ne pas figurer au rang des priorités pour toutes les banques. C’est du moins ce qui ressort de la comparaison de leurs coefficients d’exploitation.   
Se targuant d’une maîtrise de ses frais généraux d’activité, BMCI affiche le meilleur coefficient d’exploitation, à 41,11%, en quasi-stagnation par rapport à 2007. Naturellement, ce premier rang est à lier à l’austérité observée par la banque dans le cadre de l’extension de son réseau.
Le CDM, qui améliore son coefficient d’exploitation  de 1,13 point, à 49,32%, semble mieux ménager le chou et la chèvre en combinant une bonne maîtrise des charges générales d’exploitation et une politique agressive d’ouverture d’agences.
Faisant évoluer les mêmes charges de manière contenue, Attijariwafa bank améliore également son coefficient d’exploitation de près de 4 points, à 44,2%.
Reste les mauvais élèves BCP et BMCE. Pour la première, la forte évolution des charges générales d’exploitation aggrave de 4 points son indicateur de productivité (en base sociale). BMCE, quant à elle, avec un coefficient d’exploitation qui s’alourdit de plus de 5 points en un an, à près de 65%, se retrouve reléguée au rang de banque la moins performante. A ce titre, «la banque semble payer le prix de sa politique agressive et surtout coûteuse d’ouvertures d’agences, qui ne lui confère pas encore un avantage décisif, et aussi de son investissement à Londres qui s’avère jusqu’à présent être un gouffre sans fond», exprime un banquier.
Ne reflétant pas l’hétérogénéité des coefficients d’exploitation, le résultat brut d’exploitation ressort en croissance invariablement pour toutes les banques cotées. La croissance agrégée s’établit, elle, à 25%, soit un résultat de 12,6 milliards de DH.  
Ce qui nous amène au résultat net. Sur ce registre, bien que certaines banques ont réalisé des croissances relativement importantes, provenant essentiellement de l’amélioration de leurs indicateurs d’exploitation, notamment Attijariwafa et BCP, le secteur bancaire voit son bénéfice agrégé reculer de 4%, à 6,3 milliards de DH. Cette contre-performance provient essentiellement de la baisse par rapport à 2007 des résultats de BMCE, CIH et CDM.

Les provisions ont plombé les bénéfices de BMCE Bank et du CIH
La filiale du groupe CDG, après avoir réalisé une croissance  atypique en 2007, portée par le non-récurrent, se contente en 2008 d’un bénéfice de 404,1 MDH, marquant un recul de plus de 70%.  Comme évoqué auparavant, la baisse du rendement des crédits sur clientèle tout autant que l’absence de reprises auront contribué sensiblement à cette dégradation. Mais pas seulement car l’administration des impôts aura aussi mis son grain de sel en faisant acquitter le CIH d’un premier IS significatif de 115,2 MDH.
 Pour ce qui est de la BMCE, son résultat  net part du groupe (RNPG) s’établit en recul de 2,6%, à 830,4 MDH. Pourtant, le résultat net consolidé (part du groupe et minoritaires) s’inscrit en progression de 46%, à 1,44 milliard de DH. Il en ressort que la dégradation du RNPG est à rattacher à une question de périmètre de consolidation. En effet, la forte contribution de Bank Of Africa (BOA) dans l’appréciation du total bilan n’a profité au final qu’à hauteur de 100 MDH au RNPG de BMCE (voir encadré). Mais la baisse ne s’explique pas que par cela.
Les comptes 2008 de la banque laissent apparaître en effet d’autres éléments exceptionnels, notamment une provision de 420 MDH au titre des dépréciations de certaines participations cotées et de ses propres actions (programme de rachat).
Le CDM, enfin, qui a vu son RNPG baisser de 14,6%, à 423,8 MDH, doit sa contreperformance au passage aux normes IFRS. D’ailleurs, en base sociale, le bénéfice net est en amélioration de 32%, à 361,4 MDH. En fait, le coût du risque qui a connu un net repli de 22%, à 187 MDH en base sociale, a plus que doublé selon le référentiel IFRS, en se hissant à 253 MDH, soit 15% du PNB. Plus spécifiquement c’est la passation de provisions collectives qui a alourdi le coût du risque.
Mis à part ces trois banques,  la croissance bénéficiaire a bien été au rendez vous, avec d’abord la BMCI qui accroît son RNPG de 9,4%, à 728,7 MDH. La BCP, qui avait pu compter sur des éléments non-récurrents en 2007, carbure à présent au fondamental avec une augmentation du RNPG de 15,6%, à 826 MDH.
Attijariwafa, enfin, signe la plus forte croissance, à 27%, pour hisser son RNPG à 3,1 milliards de DH.