Après la correction : les valeurs sur lesquelles on peut miser

Lesieur et Cosumar dans l’agroalimentaire, Samir, Managem et Snep dans l’énergie et les mines.
Auto Hall, Auto Nejma et les valeurs technologiques sont tout aussi prometteurs.
Holcim, BCP, Delta Holding et IAM sont les grosses capitalisations qui gardent encore du potentiel.
CDG Capital, Attijari Intermédiation et Integra Bourse vous conseillent.

Catastrophe, surchauffe, correction…, dans les milieux financiers, on ne manque pas de qualificatifs pour définir les récents soubresauts de la Bourse de Casablanca. On ne manque pas non plus de justifications : hésitation des intervenants sur le marché, prise de bénéfice des investisseurs étrangers mis sous pression par la crise financière internationale, simple expression de la théorie des cycles…

Si les causes sont multiples, la conséquence est la même : le MASI, indice de toutes les valeurs cotées, n’a pas été épargné et il enregistrait une chute historique de 13,2% à 12 230 points le 17 septembre dernier, faisant connaître au marché, pour la première fois depuis trois ans, une contre-performance sur l’année de 3,66%. Et la tempête est loin d’être retombée. En témoignent les variations aléatoirement négatives ou positives enregistrées à la clôture des séances de la semaine passée.

De fait, c’est le black-out à court terme. En effet, et à cet horizon, «il est difficile d’émettre la moindre hypothèse sur le comportement du marché. Les valorisations pourraient remonter et il est tout aussi plausible qu’elles repartent à la baisse», explique Sofia Hakam, chef du département analyse et recherche à CFG Group.

«Le marché est très instable, il y a beaucoup de volatilité, d’entrées et de sorties, et cela dénote un manque de confiance», renchérit François Conradie, responsable du desk international au sein d’Integra Bourse.

C’est dire s’il devient particulièrement hasardeux de se positionner sur le court terme. A moyen et long termes, en revanche, des opportunités existent.

Le grand retour aux fondamentaux
Au cours des dernières années, il s’est créé un différentiel entre les performances des entreprises (certes non négligeables) et la réaction qui les a accompagnées sur le marché boursier. Cela s’est traduit par une bulle spéculative qui a surévalué le marché.

Ce dernier affichait en avril dernier un PER (Price Earning Ratio) au plus haut de 30. En termes moins compliqués, cela veut dire que le cours de l’action – ou la moyenne des cours dans le cas de tout le marché – équivaut à 30 fois le dividende annuel – ou le divende moyen pour tout le marché.

Reste qu’à un moment ou à un autre, ce différentiel se paye. Tous les analystes l’attestent, on ne peut se soustraire aux fondamentaux, soit les éléments réels (croissance du chiffre d’affaires, du bénéfice, investissements prévus…) sur le long terme, le marché ayant toujours eu ses propres mécanismes d’autorégulation pour corriger les excès. La correction d’aujourd’hui s’inscrit en partie dans cette logique.

En clair, c’est le grand retour aux fondamentaux. Le fait d’adopter une attitude de suiveur, en sélectionnant dans son portefeuille les mêmes valeurs vedettes qui ont déjà des niveaux de valorisation injustifiés, ou plus élevés, pourrait aujourd’hui s’avérer pénalisant.

«Les recommandations sont de miser sur des valeurs qui, en plus d’un niveau de valorisation respectable, présentent une santé financière solide ainsi que des perspectives de croissance plausibles», explique un analyste financier.

A cet égard, la tendance baissière actuelle est profitable vu qu’il s’agit de se repositionner sur les valeurs ayant le plus cédé de leur performance depuis le début de la correction. Leur intérêt venant justement du fait que leur potentiel de reprise est aussi important que leur correction.

Avec un marché qui retrouve des niveaux de valorisation plus intéressants puisque son PER est passé de 28,7 fois en août à 23,9 fois les bénéfices aujourd’hui (et même à 18,5 fois, en retranchant du marché des valeurs immobilières), ce ne sont pas les opportunités qui manquent. Le tout est de miser sur les bonnes valeurs et les bons secteurs.

Les analystes de CDG Capital, Attijari Intermédiation et Integra Bourse ont bien voulu nous livrer leurs avis.
Agroalimentaire, énergie et mines, distribution (automobile notamment) et nouvelles technologies ont leur faveur.

Le secteur agroalimentaire est avantagé par un PER 2008 de 12,1 fois, donc relativement bas, et un rendement supérieur à 7%. Sur la base des bons résultats du 1er semestre 2008 et des perspectives intéressantes de développement, ce sont Lesieur Cristal et Cosumar qui remportent la palme du secteur.

Des secteurs qualifiés de chers cachent des valeurs intéressantes
Tout aussi attrayant, le secteur de l’énergie et des mines dont le PER reste faible (15,1 fois les bénéfices) offre de bonnes perspectives de croissance opérationnelle. Samir, Managem et Snep sont notamment cités en élèves modèles. Plus globalement, l’industrie de base représente un investissement sûr.

«Injustement puni lors de la correction, ce secteur sera immunisé contre les futurs effets psychologiques de la crise financière internationale sur le marché boursier marocain», justifie M. Conradie.

Quant au secteur de la distribution automobile (Auto Hall et Auto Nejma), tout son attrait réside dans sa conjoncture favorable et ses résultats en forte croissance qui ne font toutefois pas flamber son PER (15 fois).

Le secteur des nouvelles technologies, enfin, qui offre un potentiel d’évolution important au vu des projets lancés par les sociétés, séduit par sa valorisation. Son PER reste en effet le moins élevé du marché, soit 10,6 fois les bénéfices.

Si ces secteurs ont clairement la faveur des analystes, ces derniers se méfient du BTP et des sociétés de financement. «Malmenés de par le monde par la conjoncture internationale, ces deux secteurs pourraient pâtir d’un effet de contamination, au moins psychologique, qui ferait réagir exagérément le marché marocain», explique-t-on chez Integra Bourse.

Cela dit, les secteurs les plus chers du marché ne sont pas en reste avec des valeurs toujours intéressantes à l’achat. Selon les recommandations d’Attijari Intermédiation, il s’agit de Holcim Maroc pour les cimenteries, BCP pour les bancaires, Aluminium du Maroc dans le BTP, Delta parmi les holdings, et enfin Maroc Telecom qui, au lendemain de la correction, affichait un niveau de valorisation intéressant, notamment un PER de 16,5 et un rendement de 5,9%.

Il faut dire aussi que le manque de communication et de transparence de la part des sociétés cotées a également eu un impact. «Cela a ralenti la répercussion des bons fondamentaux sur les cours de certains titres», précise Sofia Hakam de CFG.

En tout cas, si une approche par les fondamentaux doit logiquement prédominer, tel n’est pas le cas aujourd’hui. Preuve en est, les bonnes réalisations du 1er semestre qui, de l’avis de tous, n’ont pas suffi à réinstaller la confiance.

Les bonnes réalisations sont pourtant là. Les sociétés ayant publié leurs comptes au 26 septembre portent la croissance bénéficiaire moyenne du marché pour le 1er semestre à plus de 20%. Au cas par cas, les performances sont d’autant plus remarquables. Comme en témoigne la croissance vertigineuse – plus de 198% – du résultat net de Label’Vie. Ou encore le supplément de bénéfice de 223 MDH engrangé par Lafarge Ciments.

La méfiance des intervenants sur le marché devrait néanmoins s’estomper dans les jours à venir, le retour aux fondamentaux étant de plus en plus prôné par les investisseurs institutionnels eux-mêmes.
«Inédit et plein de curiosités !» De l’aveu d’un analyste, ce second semestre boursier limite toute possibilité de pronostic. On table tout au plus sur une croissance annuelle de 5%. Une stagnation ou même une contre-performance de 5% est toute plausible.

Rien n’est joué pour autant. Après tout, le plancher atteint cette année (-3,66%) est très proche de celui enregistré au cours de l’année 2005 (-3,74%), une année où le marché a finalement clôturé sur une hausse de 22,5% !