«Les PME mesurent surtout les contraintes d’une introduction en bourse plutôt que ses avantages»

Une étude sera réalisée en vue de déterminer les réticences des PME face au marché financier. Un compartiment dédié à  cette catégorie d’entreprises sera créé.

La première étape de la convention signée par la Bourse, l’APSB et l’ANPME porte sur la réalisation d’une étude afin de déterminer les PME éligibles à un financement à travers le marché des capitaux. En quoi consiste-t-elle ?

Il s’agit d’une étude qui devrait durer 3 à 4 mois et qui a pour objet principal d’identifier les principaux freins à l’introduction en bourse des PME. Dans ce cadre, des rencontres seront réalisées avec des PME cotées ou non, ainsi que toutes les parties prenantes de l’écosystème des PME (experts-comptables, conseillers financiers et autres) en vue de déterminer ces réticences. Suite à l’identification de ces obstacles, des solutions seront proposées pour permettre aux PME d’accéder plus facilement au marché des capitaux.

Quels sont les critères d’éligibilité des PME à ces futures solutions et combien de PME visez-vous ?

Ce sont des critères qui ne pourront être arrêtés avec nos partenaires, l’APSB et l’ANPME, qu’après la conclusion de la phase d’étude. Plusieurs critères pourraient être choisis, dont la transparence, un management professionnel ainsi qu’une vision et une stratégie de développement. On estime qu’il existe un vivier de 500 PME qui pourrait constituer notre première base de travail.
Mais ce ne sont pas tant les critères qui comptent, que les moyens que nous mettrons en place pour permettre à une PME d’intégrer le marché des capitaux. L’un d’eux est la mise en place d’un programme de formation et d’accompagnement, dénommé «Elite» de notre partenaire le London Stock Exchange Group qui connaît un certain succès en Italie et au Royaume-Uni et que nous sommes en train de lancer conjointement au Maroc.

Quelles sont les grandes lignes de ce programme ?

Il faut savoir que c’est un programme qui est destiné à l’élite des PME. Il vise à les accompagner pendant une période allant de 2 à 3 ans en vue de leur permettre de mieux comprendre le langage du marché des capitaux (levées des fonds, préparation d’un business plan, d’un plan de communication…). A travers de la formation, de l’accompagnement et de la mise en relation, le programme vise, d’une part, à donner aux PME les moyens d’accéder au marché des capitaux dans les meilleures conditions, et, d’autre part, à rassurer les investisseurs quant à l’aptitude de la PME à répondre aux pratiques du marché, en termes de gouvernance, de reporting…  Je tiens à préciser que l’objectif final n’est pas forcément une introduction en bourse, mais plutôt de les aider à lever les fonds nécessaires pour leur développement que cela passe par la dette privée, par le capital investissement ou d’autres moyens de financement.

Une fois les PME identifiées et le programme finalisé, il devrait s’en suivre la création d’un marché dédié aux PME…

Effectivement, c’est un projet sur lequel nous travaillons depuis quelques mois. Mais il faudrait au préalable attendre la promulgation de la loi sur la bourse car, à l’heure actuelle, tous les compartiments de la bourse sont inscrits dans la loi et la bourse en tant que société ne peut rien y modifier. Ce n’est qu’une fois que la loi sera votée que nous serons en mesure de mettre en place ce marché alternatif. L’objectif est d’avoir un marché avec moins d’exigences en termes de reporting par exemple. Ainsi, au lieu de communiquer tous les trimestres, comme cela sera bientôt le cas pour les sociétés déjà cotées, les PME ne devraient publier leurs états de synthèse que 2 fois par an.

La bourse a besoin de PME pour être dynamique certes. Mais est-ce que ces PME ont besoin de la bourse pour leur développement ?

Certainement. Sauf que le problème qui existe, c’est que les PME mesurent surtout les contraintes d’une introduction en bourse liées au coût, aux exigences de reporting et de transparence plutôt que les avantages. Les dirigeants de PME considèrent cher le coût d’une introduction en bourse. Ce dernier tourne certes autour de 4% du montant levé. Mais il faut savoir que la bourse finance une partie de ce montant car nous avons mis en place une subvention de 500000 DH au profit des PME qui s’introduisent. De plus, le coût de l’introduction est payé une fois pour toutes, contrairement au financement bancaire où un taux allant de 6% à 7% est facturé annuellement. En outre, en passant par la bourse, les PME peuvent et sans perdre le contrôle de leur entreprise renforcer leurs fonds propres. Ceci leur permettra de prétendre à un financement bancaire qui exige une structure financière et bilantielle saine. Cela sans parler des opportunités de développement considérables qu’offre l’accès au marché des capitaux. On peut citer à ce titre la société Dari Couspate qui a réussi à quadrupler son chiffre d’affaires en quelques années tout en s’adjugeant une position de leader alors qu’elle était 3e de son secteur.

Dans un cadre plus global, où en sont les réformes engagées ?

La loi sur le prêt emprunt de titres est déjà votée avec ses décrets d’application. Mais elle n’est pas ouverte aux investisseurs étrangers. Ce qui limite la nature des investisseurs. Nous avons donc demandé l’introduction d’un amendement permettant à tout type d’investisseurs d’intervenir pour qu’elle réponde aux standards internationaux.

La loi sur la bourse, quant à elle, suit son cours. Nous avons fait part de nos remarques aux autorités de tutelle et l’on espère sa sortie avant la fin de cette année.

En revanche, le marché à terme nécessite un travail de fond. Les produits dérivés ne peuvent être mis en place que si la bourse est déjà liquide. Or, ce n’est pas le cas actuellement. Ces produits permettent l’accélération de la liquidité d’un marché mais pas sa création. Autrement, ils pourraient avoir un effet défavorable.

Que proposez-vous justement pour améliorer la liquidité ?

Avoir davantage d’introductions en bourse est le point essentiel et notamment des entreprises publiques et semi-publiques, à même de rétablir la confiance des investisseurs. Ensuite, pousser les investisseurs institutionnels à rééquilibrer leur portefeuille en s’orientant vers d’autres classes d’actifs pour s’alléger en actions et permettre ainsi à d’autres catégories d’investisseurs de détenir des actions. D’autre part, il faudra améliorer le flottant actuel. Pour cela, la bourse gagnerait à mettre en place des exigences minimum de flottant. Actuellement, l’obligation d’émettre 250 000 actions pour les sociétés voulant s’introduire au premier compartiment, quel que soit le pourcentage du capital, n’est pas à mon sens suffisante pour améliorer le flottant. Cela ne sous-entend pas que nous allons élever de façon excessive nos exigences. Exiger l’introduction de 25% du capital représenterait un bon début pour nous.