Achat et vente aux enchères : les précautions à  prendre

A condition d’être connaisseur, on peut faire un bon placement grâce
aux ventes aux enchères.
Vendre par ce biais augmente les chances de trouver un acquéreur.
Les commissions à la vente et à l’achat varient entre 11%
et 18%.

Samedi 20 septembre, la communauté – plutôt restreinte – des collectionneurs et des amateurs d’art avait rendez-vous dans un palace casablancais. Il ne s’agissait ni d’un vernissage ni d’une grande exposition, encore moins d’une conférence-débat. Munis de leurs chéquiers, tous devaient se retrouver pour assister à une vente aux enchères de toiles orientalistes et de tableaux de grands peintres contemporains marocains. Près de 300 personnes se sont ainsi retrouvées à l’occasion de cette troisième vente publique, organisée par la Compagnie marocaine des œuvres et objets d’art (CMOOA), pour s’arracher les 200 lots proposés aux enchères.
Les ventes aux enchères d’œuvres d’art sont organisées régulièrement dans les grandes villes occidentales. Bien qu’il s’agisse d’un des moyens les plus courants et les plus anciens d’intervenir sur le marché de l’art, acheter ou vendre lors de ces manifestations nécessite un minimum de maîtrise des arcanes du système.
Au Maroc, cette pratique en est encore à ses balbutiements et les collectionneurs locaux n’y sont pas encore habitués. Aussi, vous proposons-nous ici un petit guide pratique qui accompagnera vos premiers pas de vendeur ou d’acheteur d’objets d’art lors de ventes aux enchères.
acheter aux enchères
Avant d’acheter aux enchères, il est indispensable, non seulement d’en maîtriser les principes, mais aussi de connaître les pièges et les zones à risque.
Le catalogue de la vente
La vente aux enchères peut être cataloguée ou non, en fonction de son importance. Jusqu’à présent, les trois ventes organisées au Maroc l’étaient. Les objets sont répertoriés par numéro, accompagnés d’une illustration et d’une description (plus ou moins savante selon l’intérêt que présente la pièce), ainsi que d’une estimation de sa valeur.
L’exposition
Visiter l’exposition préalable à la vente est une démarche indispensable. Même si elle est accompagnée d’un catalogue, il faut savoir que seules les œuvres les plus importantes y sont convenablement reproduites et qu’une reproduction photographique rend rarement justice à une œuvre d’art. Cette visite vous permettra de juger par vous-même de l’état de conservation de l’œuvre et de déceler les éventuels défauts. Pour ce faire, il ne faut pas hésiter à prendre l’œuvre en main, afin de l’inspecter attentivement (retourner un tableau, insister sur les zones non-visibles de l’objet). Si vous escomptez faire une acquisition importante lors de la vente, faites- vous accompagner par un connaisseur, voire un expert.

Le déroulement de la vente
Il existe, en pratique, deux manières de conduire les enchères. La plus répandue – pratiquée par la CMOOA – est celle qui réalise les enchères avec un montant minimal de départ. Le commissaire-priseur, appelé également «le marteau» dans le jargon du métier, fixe alors l’ordre de progression des enchères que les enchérisseurs sont tenus de respecter. La suite, vous la connaissez… Le commissaire-priseur reprend les enchères du public à haute voix jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de surenchères. «15 000 DH une fois, pour le monsieur au fond de la salle… 15 000 DH deux fois… 15 000 DH trois fois, adjugé ! Le lot 145 a été adjugé au monsieur au fond de la salle pour la somme de 15 000 DH… ». Dès la fin de la vente, l’acquéreur doit passer à la caisse. Les ventes se font au comptant.

Comment acheter en toute discrétion
Il n’est pas nécessaire d’assister à la vente. Vous pouvez en effet envoyer une personne de confiance pour enchérir à votre place. Il est également possible d’enchérir par téléphone. Les salles de vente prévoient par ailleurs la possibilité de laisser un ordre d’achat et de charger la salle de vente d’enchérir pour votre compte sur un lot déterminé, en fixant la limite au-delà de laquelle vous ne serez plus tentés par l’œuvre. Cette dernière option n’est pas des plus conseillées. Au cas où personne ne surenchère sur votre lot, il serait trop tentant pour le commissaire-priseur, soit de commencer plus haut la mise à prix parce qu’il sait qu’il a un acheteur sûr jusqu’à une certaine limite, soit de feindre des enchères fictives pour faire monter artificiellement le prix. Donc, assurez-vous de la probité de la salle de vente avant de lui permettre de se substituer à vous lors des enchères.

La manière de se comporter pendant l’achat
On n’achète pas des œuvres d’art aux enchères pour les payer plus cher que leur valeur, mais plutôt pour faire une bonne affaire. Aussi, il est important de garder la tête froide et de ne pas céder à l’euphorie du moment. Mieux vaut alors se fixer, avant la vente, une limite que l’on s’interdira de dépasser, tout en sachant que l’excitation du moment risque de vous empêcher d’en rester là et vous poussera à faire encore une ou deux enchères au-dessus de cette limite.
La presse internationale spécialisée a révélé plusieurs cas de manipulation lors de ventes aux enchères. Il faut savoir que certains crieurs (autre appellation du commissaire-priseur), heureusement peu nombreux, sont devenus experts dans la manipulation des enchères fictives, dès lors qu’ils détectent la rage d’acheter chez une personne.
Les garanties La compagnie de vente aux enchères offre une garantie sur l’ensemble des lots proposés aux enchères. En fait, ce sont les experts et le commissaire-priseur qui engagent leur responsabilité. Les clients peuvent demander un certificat d’authenticité pour tous les objets portés sur le catalogue de la vente, moyennant une certaine rémunération pour l’expert.

Les frais à payer
Sachez qu’en plus du prix de l’œuvre, vous serez amené à payer plusieurs frais. Par exemple, la CMOOA applique une commission dégressive, variant de 14 à 18 %, en fonction du prix de votre acquisition. Viendront s’ajouter aux frais de la salle des dépenses accessoires liées au transport, à la restauration, à l’assurance…
Qu’est-ce qu’une bonne affaire ?
Les ventes aux enchères ne sont certainement pas le moyen le plus indiqué d’intervenir sur le marché de l’art, pour des néophytes . Se familiariser avec le «milieu» est un préalable nécessaire avant de se lancer dans des achats ruineux. L’acquisition chez un marchand compétent comportera, dans de nombreux cas, moins de risques.

vendre aux enchères
La vente aux enchères offre, dans son principe, de nombreux avantages à tous ceux qui désirent se défaire d’un objet d’art dans les meilleures conditions.

Les avantages
Publique par définition, la vente aux enchères vous permet de mettre en valeur votre bien et augmente vos chances de trouver preneur. Les ventes font l’objet, en principe, d’une publicité assez ciblée vers les amateurs potentiels. A noter aussi qu’elles sont généralement thématiques.
La vente aux enchères est également un gage de transparence. En effet, la vente se déroule sous vos yeux et sous le contrôle d’experts dûment assermentés.

La procédure
La procédure est de toute simplicité. Il suffit en effet de s’adresser à une maison de vente pour lui montrer l’œuvre dont vous voulez vous défaire. Par ailleurs, l’expert n’hésitera pas à se déplacer chez vous pour un objet d’une grande valeur.

L’estimation

Les experts des maisons de vente sont censés, au-delà de l’authentification de l’objet d’art, en fournir une estimation. Travaillant le plus souvent sur photographie, dans un premier temps, ils n’hésiteront pas à examiner directement l’objet dès lors que l’œuvre est jugée potentiellement intéressante. Ils proposeront ensuite une estimation indicative, sans garantir cependant qu’elle puisse être atteinte lors de la vente. Cette estimation est en principe publiée dans le catalogue qui accompagne la vente.

Le prix de réserve (plancher)
La vente aux enchères ne contraint pas les vendeurs à subir le bon vouloir des amateurs d’art. En effet, tout vendeur a le droit de fixer un prix au-dessous duquel il n’acceptera pas de vendre (le prix de réserve), se protégeant ainsi des conséquences d’une enchère infructueuse. Ce prix de réserve peut être fixé d’un commun accord avec la salle de vente, ou être imposé par le vendeur contre l’avis de celle-ci. A moins d’être un professionnel ou d’être conseillé, cette pratique est à éviter. L’expert de la salle de vente est toujours mieux placé pour savoir ce qu’il est raisonnable d’exiger.

Le retrait
Lorsqu’une œuvre reste invendue, soit parce que personne ne porte d’enchères, soit parce que les enchères n’atteignent pas le prix de réserve, on dit que l’œuvre est «retirée» ou «rachetée» : c’est le mécanisme du retrait.
A moins que le prix de réserve n’ait été imposé par le vendeur contre l’avis de la maison de vente, aucune commission ne sera exigée par cette dernière. Seuls les frais accessoires et des frais fixes forfaitaires risquent de lui être facturés. Même si un retrait ne pénalise pas financièrement le vendeur, le préjudice existe bel et bien. En effet, un lot ayant été publiquement montré et le désintérêt suscité ayant été notoirement remarqué, il sera pour un temps plus difficilement négociable. Dans le jargon des professionnels, on dit alors que l’œuvre est «brûlée». Le vendeur se retrouve ainsi dans l’obligation de rabaisser ses prétentions.
Cela dit, à l’issue de la vente, le propriétaire de l’objet invendu reçoit souvent, après la vente, des offres d’achat à des prix inférieurs à la réserve. Certains acheteurs espèrent ainsi pousser le vendeur, encore sous le coup de la déception engendrée par le retrait de son lot, à se montrer plus raisonnable.

Les frais
Pour rémunérer leurs services, les salles de vente retiennent, sur le prix d’adjudication, une commission variant en fonction de la valeur du bien. La CMOOA (seul exemple disponible au Maroc), applique des commissions variant entre 11 et 14 %. Le plus souvent, c’est le vendeur qui règle les frais liés au transport, à l’assurance et aux autres frais annexes


La vente directe a aussi des avantages
S’adresser à une salle de vente pour acquérir ou vendre un objet d’art offre certainement quelques avantages, mais ce n’est pas toujours conseillé. La vente directe est, dans certains cas, la solution idéale pour le vendeur : absence de frais (on ne rémunère aucun intermédiaire), rapidité des transactions
(à condition d’avoir frappé à la bonne porte, le vendeur est payé immédiatement) et discrétion (seul l’acheteur connaît l’identité du vendeur).
Pour les acheteurs, il est souvent recommandé de s’adresser aux galeristes et aux marchands d’art pour trouver ce qu’ils cherchent, à condition de s’assurer de leur professionnalisme et leur sérieux. Ils peuvent également faire appel à des intermédiaires commissionnés