2015, année décevante à la Bourse de Casablanca

Le Masi est en repli de 8% alors que les analystes tablaient sur une performance de 5% à 10%. Les sociétés cotées ont déçu par leurs réalisations financières.

«L’année 2015 sera celle de la reprise de la Bourse de Casablanca». «Le Masi devrait finir l’année avec une bonne performance». «Le cycle baissier est derrière nous»… Combien d’analystes, portés par un regain d’optimisme au début de cette année, ont parié sur une orientation favorable de la bourse… avant d’être déçus quelques mois après.

A une semaine de la fin de l’année, l’indice de toutes les valeurs affiche une contre-performance de 8%. On est donc loin de la hausse de 5% à 10% sur laquelle tablaient les analystes au départ. Ils ont par la suite revu leurs prévisions vu la conjonction de plusieurs événements pour le moins décevants, et espéraient une baisse du MASI limitée à 2,3%. Mais il n’en sera rien. Ce n’est pas faute d’avoir pris en compte les éléments nécessaires pour élaborer leurs modèles prévisionnels. Mais nombre de mauvaises nouvelles ont secoué le marché et ont ainsi conduit à sa chute. Une chute qui s’est accélérée au fil des semaines. Du côté des transactions, les volumes se sont stabilisés à leur niveau de 2014. La moyenne quotidienne échangée sur le marché central s’est située à 108 MDH contre 104 MDH une année auparavant, un niveau toujours très bas par rapport aux années fastes du marché.

Notons que l’année 2015 avait bien démarré. Un semblant de confiance s’était rétabli sur le marché et l’indice a même réalisé au bout du premier trimestre une hausse de 6,8%, avec un plus haut de 9,4% atteint le 10 mars. Bien des acteurs parlaient d’un début de redressement de la bourse. «Après six années de baisse, il était temps que le marché se ressaisisse», rassuraient certains, surtout qu’en parallèle le marché obligataire n’offrait pas de perspectives de rendement intéressant. En effet, les taux des bons du Trésor s’étaient stabilisés à un niveau bas depuis le début de l’année et la situation financière confortable du Trésor jouait contre une hausse des taux. Du coup, les professionnels misaient sur une réorientation de l’épargne vers le marché actions. Ce qui aurait boosté les échanges et amélioré les cours des valeurs.

D’autres analystes, par contre, sont restés vigilants. Ils estimaient que le rebond de l’indice n’obéissait à aucune logique fondamentale et qu’il allait finir par s’estomper. C’est ce qui est arrivé. Il aura fallu d’abord que le promoteur Addoha annonce la mise en place d’un plan visant le ralentissement de la production et, partant, la maîtrise de son endettement pour que les opérateurs du marché commencent à remettre en cause cette reprise. Un événement qui s’est ajouté au scandale de la CGI concernant le projet immobilier «Madinat Badès» et qui a traîné depuis le second semestre de 2014.

Ce qui a frappé de plein fouet le secteur immobilier coté, considéré comme une des locomotives du marché, à côté du secteur des télécoms et des banques.

Autre facteur pénalisant, une avalanche de profit warnings (11 au total) s’était abattue sur la bourse. En parallèle, le secteur immobilier coté faisant encore une fois parler de lui. Alliances Développement Immobilier a annoncé un lourd déficit de près de 1 milliard en 2014 contre un bénéfice prévu de 130 MDH dans sa note d’information relative à un emprunt obligataire. Une situation due aux difficultés de son pôle Construction et l’ayant poussé à adopter un plan de redressement. La Samir en a déçu plus d’un également avec son déficit de 2,5 milliards de DH.

En somme, la masse bénéficiaire des sociétés cotées a reculé de 12,8% en 2014, à 22,6 milliards de DH, alors qu’initialement, elle était attendue, dans le scénario le plus pessimiste, en quasi-stagnation. Ce retrait a marqué le point de rupture. Sur le seul mois d’avril, le Masi a perdu 3,2%. La confiance des investisseurs qui a pu être rétablie en début d’année a été fragilisée. Les particuliers marocains et les étrangers ont déserté le marché. Les institutionnels, eux, ont gardé leurs positions inchangées et leurs interventions se limitaient à quelques arbitrages entre les valeurs ou quelques achats opportunistes.

Le marché a besoin de réformes concrètes

L’introduction en bourse de Total Maroc le 29 mai n’a eu qu’un léger effet sur le marché bien que l’opération ait suscité l’engouement des investisseurs puisqu’elle a été souscrite 6,7 fois avec un taux de satisfaction globale de 15%. Le titre affiche actuellement une progression de 8,4% après avoir atteint un pic de 18%. «Le marché n’est plus dans l’ancienne configuration où les investisseurs souscrivaient à une introduction en bourse dans un but spéculatif uniquement, parce que la conjoncture ne s’y prête pas», explique un opérateur.

Cette petite embellie qu’a connue le marché n’aura pas duré longtemps, car le manque de liquidité et de confiance y régnaient pleinement, surtout qu’en face, les autorités de tutelle ne donnaient aucun coup de pouce pour doper la place. «La Bourse de Casablanca a beau signer des conventions avec Maroc PME en vue de revoir les conditions d’accès des PME au marché ou encore avec le London Stock Exchange ; cela aide certes à promouvoir l’image de la place auprès d’opérateurs nationaux et internationaux, mais tant que ces partenariats ne produisent pas d’effets concrets, il est difficile pour le marché de se ressaisir», se désole un professionnel. A fin juin, le Masi avait annulé tous les gains qu’il avait accumulés depuis début 2015 pour afficher une contre-performance de 0,4%.

La situation a empiré avec l’annonce de la Samir durant le mois d’août de l’arrêt de l’activité de raffinage et tous les problèmes qui s’en sont suivis concernant les modalités de recapitalisation de la société. A l’heure actuelle, aucune solution à ce dossier n’a encore été trouvée. L’horizon des investisseurs s’est davantage assombri, redoutant la faillite de l’une des sociétés les plus importantes de la cote. Pendant ce mois d’août, le Masi avait cédé 4%. A cela s’est ajouté un dernier fait de taille : la chute du résultat agrégé des sociétés cotées de 32% à fin juin, à 9,8 milliards de DH en raison essentiellement de la Samir et d’Alliances. Rappelons qu’en neutralisant l’effet de ces deux sociétés, la capacité bénéficiaire aurait pu limiter sa baisse à 2% seulement.

Cela n’a pas aidé à rétablir la confiance des investisseurs et des acteurs du marché qui déplorent non seulement le manque de communication de certaines sociétés cotées mais également le non-respect des business plan par d’autres. La radiation de la CGI de la cote le 30 septembre n’a pas eu d’impact sur le marché car l’effet de cette opération a été intégré bien avant.

En fin de compte, l’année 2015 aura été semblable aux autres. Le marché n’est toujours pas sorti de sa spirale baissière et toute la communauté financière attend la mise en application des différentes réformes à même de le redynamiser et de donner un nouveau souffle aux investisseurs pour un retour massif vers le marché actions…