2010 : 18,7 milliards de DH levés en Bourse, entre emprunts et augmentations de capital

En dépit du nombre peu élevé d’introductions, le marché a été dynamique :
7,3 milliards de DH d’augmentations de capital et 11,4 milliards d’émissions obligataires. Des motivations diverses : croissance externe, renforcement des fonds propres, financement des investissements. Le montant des billets de trésorerie émis a doublé par rapport à  2009.

Avec seulement deux opérations d’introduction en Bourse, initiées par Cnia Saâda et le distributeur automobile tunisien Ennakl et ayant porté sur un montant global de 857 MDH,  on n’hésiterait pas à qualifier l’année 2010 d’insatisfaisante, compte tenu des attentes des opérateurs et des investisseurs en cet exercice de sortie de crise. Les observateurs du marché tablaient notamment sur plus de trois introductions. Seulement, si l’on prend en compte toutes les opérations de financement de long terme initiées sur le marché financier au cours de cette année, on constate que le bilan est loin d’être aussi négatif. En effet, ce sont pas moins de huit augmentations de capital qui ont été opérées par des sociétés cotées à travers la Bourse de Casablanca depuis le début de l’année. Elles ont mobilisé un total de 7,34 milliards de DH, alors qu’en 2009 les fonds levés sur le marché boursier n’ont pas dépassé les 2,4 milliards de DH. Le dynamisme a été de mise également sur le marché de la dette privée. D’une part, les emprunts obligataires lancés depuis le début de l’année totalisent onze opérations qui ont drainé plus de 11 milliards de DH, alors qu’en 2009 ce sont seulement 9 milliards qui ont été levés dans le cadre de huit emprunts. D’autre part, les émissions de billets de trésorerie effectuées en 2010 portent sur près de 12 milliards de DH, contre 5,6 milliards en 2009 (voir encadré en page II).
On peut dire, au vu de ces chiffres, que le marché financier casablancais a mieux joué son rôle de contributeur au financement de l’économie en 2010, par rapport même aux années où les introductions en Bourse se sont multipliées. Il faut savoir en effet que la majorité de ces opérations se fait par cession d’actions existantes – d’ailleurs les offres publiques de Cnia Saâda et Ennakl n’ont pas dérogé à la règle – et donc ne contribuent pas à la création directe de valeur ajoutée. Par contre, les augmentations de capital et les émissions d’obligations initiées cette année ont toutes eu pour objectif de financer le développement des entreprises concernées.

3,35 milliards de DH d’augmentations de capital pour les banques

Parmi les huit opérations d’augmentation de capital de l’année 2010, quatre ont été initiées par des banques. A elle seule, BMCE Bank a procédé à deux augmentations de capital d’un montant global de plus de 3 milliards de DH. La première a porté sur 2,52 milliards de DH et avait un double objectif : renforcer les fonds propres du groupe pour accompagner sa stratégie de croissance organique et externe et lui permettre de s’aligner sur les nouvelles exigeances de la réglementation bancaire ; et consolider la participation de la Banque fédérative du Crédit Mutuel (BFCM) dans le capital de la banque. D’ailleurs, la souscription aux 10 millions d’actions créées a été réservée exclusivement à la banque française. La seconde opération, à travers laquelle BMCE Bank a levé 500 MDH, avait outre l’objectif de renforcement des fonds propres, celui d’associer le personnel de la banque à son capital et ses résultats, à l’instar des programmes d’actionnariat salarié initiés en 2003 et 2005.
Les deux autres augmentations de capital de banques ont, elles, été effectuées par la BCP et Crédit du Maroc. La banque au cheval a émis pour 100 MDH de nouvelles actions au titre de sa fusion-absorption avec la Banque Populaire de Casablanca. Le Crédit du Maroc a pour sa part procédé à une recapitalisation de 231 MDH par la conversion optionnelle des dividendes de l’exercice 2009, dans le but de renforcer ses fonds propres et accroître sa capacité à distribuer des crédits.
Hormis les banques, quatre sociétés appartenant à différents secteurs d’activité ont opéré des augmentations de capital en 2010. La plus importante en termes de montant est celle effectuée par Addoha et qui a porté sur près de 3 milliards de DH. Cette levée de fonds avait pour but de financer l’acquisition d’une assiette foncière de 250 hectares dans la région du Grand Casablanca, destinée exclusivement à la construction de logements à 250 000 DH, d’accélérer le rythme de production des projets de haut standing portés par la filiale Prestigia, et de réduire le taux d’endettement du groupe qui dépassait 1,5 fois ses fonds propres.
Quant aux autres opérations, elles concernent Matel PC Market qui a augmenté son capital de 263 MDH pour absorber son concurrent Distrisoft, HPS, qui a levé 37 MDH pour financer l’acquisition de la société informatique basée en France ACPQualife, et Unimer qui va émettre pour 700 MDH de nouvelles actions pour absorber La Monégasque Vanelli Maroc.

Des obligations convertibles en actions, remboursables en actions et subordonnées

S’agissant maintentant des emprunts obligataires lancés en 2010, il faut noter tout d’abord que ce ne sont pas les banques qui ont animé le marché cette année avec leurs habituelles émissions d’obligations subordonnées. En effet, seule Attijariwafa bank a procédé à ce type d’emprunts, pour un montant de 1,2 milliard de DH, dans le but de financer ses projets de développement à l’international sans altérer ses fonds propres réglementaires (les obligations subordonnées sont classées parmi les fonds propres complémentaires des banques). Les dix autres emprunts ont été initiés par des entreprises non financières, dont les sociétés immobilières de la cote et certains établissements publics.
Addoha, CGI et Alliances ont toutes émis des emprunts obligataires cette année. La première société a levé 2 milliards de DH pour rembourser un emprunt obligataire par placement privé de 1,5 milliard de DH contracté en 2009 et refinancer un crédit bancaire de 500 MDH. La seconde société a, elle, émis un emprunt de 1,5 milliard de DH pour financer une partie de son programme d’investissement 2010-2013 dont l’enveloppe globale atteint 23 milliards de DH. Quant à Alliances, elle a lancé en début d’année un emprunt mixte d’un milliard de DH composé d’obligations ordinaires et d’autres convertibles en actions. Cet argent a été alloué à hauteur de 50% au pôle de l’habitat intermédiaire, à 45% au pôle résidentiel et tertiaire, et à 5% au pôle construction.
Au rang des établissements publics, on trouve l’ONCF qui a émis pour 1 milliard de DH d’obligation pour financer le surcoût d’investissement de la desserte du port Tanger-Med et celle de Taourirt-Nador, et l’ONDA qui a levé 2 milliards de DH pour financer une partie de ses investissements sur la période 2010-2012 qui se montent à près de 7 milliards de DH. Lydec a également été de la partie, en empruntant 1,2 milliard de DH pour financer ses nouveaux projets d’infrastructure et de renouvellement qui nécessiteront, d’ici 2013, 2,5 milliards de DH.
Les autres sociétés ayant procédé à des emprunts obligataires sont Risma, avec l’émission d’obligations remboursables en actions pour 346 MDH, Label’Vie qui a levé 500 MDH pour ses ouvertures de nouveaux magasins, et enfin Afriquia Gaz et Maghreb Oxygène qui ont empruné respectivement 600 et 100 MDH, principalement pour rembourser les emprunts obligataires contractés en 2005.