2009, une année boursière sans repères, 2010 une reprise qui tardera

Les indices boursiers ont baissé pour la 2e année consécutive sur fond de manque de confiance des investisseurs.
Les volumes de transactions, la capitalisation globale et la liquidité reculent également.
Certains tablent sur une reprise à  la fin du premier trimestre, plusieurs autres parlent d’un déclic pour la mi-2010.

Des indices boursiers obstinément baissiers, une capitalisation qui pique du nez, un volume de transactions en berne, une moindre liquidité… Tout cela sur fond de manque de confiance généralisé parmi les investisseurs. C’est là, peu ou prou, tout ce qu’il y a à retenir de l’année boursière 2009.
De fait, l’indice Masi (agrégeant toutes les valeurs de la cote) a bouclé la période sur une contre-performance de 4,92%, à 10 443,81 points. Il enregistre ainsi sa deuxième année baissière consécutive, après le recul de plus de 13% observé en 2008 (recul qui rompait lui-même avec une tendance haussière installée depuis 2002). La contre-performance est encore plus marquée pour le baromètre des valeurs les plus liquides, Madex, qui termine 2009 avec une baisse de 6,58%, à 8464,47 points.
Il faut dire que dès son entame, 2009 s’annonçait catastrophique pour la place casablancaise. Il aura suffi des 5 premières séances de l’année pour que le Masi connaisse un effondrement plus important (-14,4%) que celui enregistré  durant toute l’année 2008. Au jeudi 8 janvier, il avait donc atteint son plus bas annuel à 9 405,86 points. Par la suite, l’indice s’est quelque peu ressaisi, affichant une progression au premier semestre de 5,50%. Mais au-delà, aucune orientation claire ne s’est dessinée, ce qui a fait replonger les indices même durant les toutes dernières séances de l’année, ponctuées par des transactions de blocs beaucoup plus animées que la moyenne.
En effet, 40% du volume annuel ayant transité par le compartiment de blocs (38,9 milliards de DH, en retrait de 14,4% par rapport à 2008) a été drainé durant le seul mois de décembre. Ces opérations de gré à gré, qui permettent aux investisseurs de constater leurs plus-values en fin d’année (opérations d’allers-retours) ou de réaliser des échanges d’actions stratégiques, ont porté cette année sur une trentaine de titres (pour un total de 76 sociétés cotées).

Les valeurs bancaires ont dopé le compartiment de blocs

Les dix valeurs les plus échangées sur ce compartiment concentrent même plus  de 88% du volume drainé. Au premier rang figure Attijariwafa bank (AWB) avec 11,1 milliards de DH échangés. L’action a été propulsée en tête du classement des transactions de bloc suite à une opération intervenue à la fin de l’année. Il s’agit de la cession par Grupo Santander, actionnaire historique du groupe AWB, de 10% du capital de la banque à la Société nationale d’investissement (SNI). Dans les faits, ce sont donc 19,3 millions d’actions à raison d’un cours de 215 DH qui ont changé de main.
Viennent ensuite BMCE Bank et le titre du promoteur immobilier CGI pour des volumes respectifs de 5,8 et 3,8 milliards de DH. Les échanges de l’une et de l’autre valeur ont été dopées, primo, par la cession d’actions détenues en propre dans le cadre de leurs programmes de rachat. De fait, BMCE a vendu 6,35 millions de ses propres actions à la Banque Fédérative du Crédit Mutuel (BFCM), holding détenant le groupe CIC. De même, CGI a écoulé pour 2 milliards de DH de ses propres actions. Secundo, l’ampleur des transactions s’explique aussi  par les pressions à la vente subies par les deux valeurs courant 2009 au lendemain de leur retrait de la composition de l’indice MSCI (Morgan Stanley Capital International), un indice international très suivi par les investisseurs étrangers.
Toujours dans le top 10 des valeurs les plus échangées sur le marché de blocs, une bancaire encore, et il s’agit de Crédit du Maroc (5,8 milliards de DH). Les transactions sur le titre ont surtout été dopées par l’acquisition du groupe Crédit Agricole de 24% du capital du Cré´dit du Maroc, dé´tenus par Wafa Assurance.
Enfin, au rang des titres qui ont fait  l’objet d’opérations exceptionnelles et ayant drainé d’importants volumes de blocs figure le titre Atlanta. L’assureur a initié une augmentation de capital par conversion en actions de ses dividendes au titre de l’exercice 2008.
Viennent enfin des valeurs de fond de portefeuille qui doivent leur fort volume de blocs, pour l’essentiel, à des opérations d’allers-retours de ce mois de décembre. Il s’agit pour en nommer quelques-unes d’Ona, BCP, Cosumar, Maroc Telecom et Lesieur.

Le volume du marché central a baissé de 54% en 2009

Quant au marché central, il aura drainé en 2009 un volume de 72,5 milliards de DH, en baisse de 53,7% par rapport à 2008. Peu de surprises pour ce qui est des valeurs échangées sur ce compartiment puisque les habituels Addoha, Maroc Telecom, Attijariwafa bank, BMCE Bank ou encore CGI continuent d’occuper le haut du classement. Cependant, ces valeurs ne signent pas pour autant les meilleures variations annuelles.
Notons tout d’abord que  44 sociétés sur les 76 cotées sont parvenues à maintenir leur cours en zone verte sur l’année, et 26 d’entre elles s’assurent même une croissance à deux chiffres. Mais point de stars dans le haut du classement. Les valeurs qui s’en tirent à très bon compte sont pour la plupart des petites et moyennnes capitalisations qui ne suscitaient pas jusqu’à maintenant l’intérêt du marché.
Il s’agit en tout premier de Brasseries du Maroc, qui affiche une augmentation de cours de 119,2% en 2009. Notons que ni les résultats annuels de 2008 ni ceux semestriels de 2009 ne faisaient état de réalisations hors normes pour la société. Certains attribuent cette croissance remarquable à l’acquisition, en mars dernier, par First Financière de 5,63% du capital du brasseur. Cette opération et les rumeurs qui l’ont précédés ont attiré nombre d’investisseurs vers la valeur, d’autant plus que le marché voyait derrière First Financière la main du groupe Kabbaj et de Adil Douiri, patron de la société d’investissement Mutandis. Les rumeurs persistantes sur une deuxième montée de First Financière dans le capital de SBM, tout autant que les échos d’une probable acquisition par SBM d’un embouteilleur dans le Nord, sont par la suite venus accélérer la hausse.
Dans le chapitre des variations «irrationnelles» on trouve d’autres sociétés. C’est le cas notamment de Branoma, filiale de Brasseries du Maroc, d’Involys et de Nexans Maroc qui ont gagné respectivement 33,9%, 58,3% et 31,7% en 2009. En l’absence de faits marquants positifs ou de résultats exceptionnellement bons, la forte progression du cours de ces valeurs ne peut vraisemblablement être justifiée que par des manipulations techniques opérées par certains acteurs isolés.
Dans le lot des hausses remarquables mais justifiées par l’activité ou le périmètre d’action, deux valeurs minières ont particulièrement été en vue en 2009 : SMI et CMT. Le cours de la première a bondi de 86,5%, signe que le marché a bien accueilli les résultats de la société au premier semestre qui faisaient état d’un redressement significatif des indicateurs de la société. Quant à CMT (+82,5%), la réussite de sa récente émission d’obligations convertibles en actions et la qualité de ses résultats semestriels et de son portefeuille de couverture des métaux expliquent en grande partie cette envolée.
Vient ensuite Matel PC Market, dont le cours a progressé de plus de 81,4%. La raison de cette envolée est connue et il s’agit du rapprochement initié entre Matel et l’autre distributeur de matériel informatique coté, Distrisoft. Le cours de ce dernier a d’ailleurs, lui aussi, enregistré une hausse appréciable en 2009 de 25,6%.
Dans la même catégorie des valeurs technologiques, IB Maroc et Microdata s’en tirent à bon compte avec des hausses dans l’ordre de 31,1 et 22,2%, à lier principalement aux bonnes réalisations publiées au premier semestre 2009.

La liquidité du marché a baissé de 10 points à 12%

D’autres valeurs ont vu leurs cours fortement augmenter grâce à de bons résultats et un niveau élevé de dividendes. Il s’agit, entre autres, d’Aluminium du Maroc, dont le cours a gagné 69%, de Colorado qui affiche une progression de 68%, de Centrale Laitière avec une hausse de  62,6%, de la CTM qui enregistre une évolution de 27,3%, et enfin de Dari Couspate avec une progression de cours de 50,4%.
Mais justifiées ou pas, les variations de cours favorables ne doivent pas occulter que l’année boursière dans son ensemble aura été défavorablement orientée. Comme relaté précedemment, les indices boursiers annuels ont bien  baissé, tout autant que la volumétrie. Au final, sur toute l’année, la capitalisation de toute la cote se sera rétractée de 4,3%, à 508,89 milliards de DH, sachant que dans le même temps, la liquidité du marché baisse de 10 points puisqu’elle tournait autour de 12% jusque dans les dernières semaines de 2009 contre 22% en 2008.
Prévisible quand on considère le déficit de confiance qui a régné sur la place casablancaise tout au long de 2009. Il faut dire qu’au tout début de l’année déjà, la confiance du marché était au plus bas avec les scandales à répétition intervenus en 2008 : ventes à découvert, fuite d’information du système de cotation et toute l’agitation autour de l’introduction en Bourse de la CGI, créant un climat de suspicion qui n’est pas favorable à l’investissement en Bourse…
La suite n’aura pas été meilleure et c’est un climat d’attentisme et d’incertitude qui a régné sur la place casablancaise. Il a été nourri par des réalisations annuelles des sociétés cotées en quasi-stagnation et par la dégradation de certains chiffres macroéconomiques.
Les résultats semestriels, tant attendus pour fournir de la visibilité, n’auront pas réussi à inverser la donne. Car,  en dépit de la publication de chiffres plutôt honorables en temps de crise, ce sont les facteurs psychologiques et non les fondamentaux des sociétés cotées, qui continuent de régir le marché.

Les leviers de la redynamisation n’ont pas été exploités

Le législateur non plus n’a exploité aucun des leviers sans cesse évoqués pendant toute l’année pour donner un second souffle au marché. Seules les exonérations fiscales accordées aux entreprises qui s’introduisent en Bourse ont été reconduites pour dynamiser le marché primaire.
Autre fait qui a participé à l’atonie, le chemin boursier ne semble aucunement envisagé pour les opérations de privatisation prévues. Rappelons que la Bourse de Casablanca n’est vraiment sortie de la crise de 1999-2002 qu’après l’introduction en Bourse de Maroc Telecom, événement ayant mobilisé des dizaines de milliers de petits porteurs et rétabli la confiance.
S’agissant des autres leviers qui n’ont pas été exploités, le premier  concerne la stabilisation de l’épargne investie en Bourse pour lisser les mouvements brusques tant à la hausse qu’à la baisse. Ce qui devait se traduire d’abord pour les institutionnels par la réintroduction des abattements liés aux périodes de détention, afin de les encourager à jouer leur rôle de régulateur du marché. Et, pour les particuliers, cela devait se concrétiser par l’instauration d’un système de plan d’épargne actions (PEA) avec des modalités souples et des avantages fiscaux. Cette dernière mesure notamment était de nature à endiguer le désengagment des particuliers du marché boursier.
En effet, durant l’année 2007, période au cours de laquelle le marché casablancais avait progressé de plus de 30% et réalisé une dizaine d’introductions en Bourse, la part des particuliers dans les transactions du marché central dépassait les 34%, avec un volume de 72,7 milliards de DH sur un total de 212,7 milliards. Mais en 2008, année de déclenchement de la crise, cette part est descendue à 25,2%, les opérations des particuliers n’ayant atteint que 40 milliards de DH sur un volume global de 159 milliards. La même tendance s’est poursuivie en 2009 puisqu’à fin septembre (dernières statistiques disponibles auprès du Conseil déontologique des valeurs mobilières), le poids des personnes physiques dans le volume du marché central n’est que de 21,8%, soit 11,8 milliards de DH de transactions sur un total de 54 milliards.
En plus de cette baisse du volume et du poids des particuliers, les transactions de ces investisseurs étaient plus orientées à la vente qu’à l’achat. Ainsi, sur les 40 milliards réalisés par cette catégorie en 2008, 21,5 milliards concernaient des ordres de vente contre 18,5 milliards pour les ordres d’achat. Et sur les 11,8 milliards de DH générés à fin septembre 2009, 6,2 milliards étaient orientés à la vente contre 5,6 milliards à l’achat. Ceci alors qu’en 2007 les transactions à l’achat des particuliers étaient légèrement supérieures aux ventes, avec un volume de 36,4 milliards de DH.
 Enfin, un autre levier d’action porte sur l’accélération de la réforme du cadre réglementaire afin d’aboutir à la création d’un marché à terme à même de réguler, du moins en partie, les excès du marché au comptant. Sachant que le modèle de fonctionnement et le système d’information nécessaire pour le fonctionnement de ce compartiment sont déjà prêts.
Dans ce contexte, quelles sont les perspectives pour l’année 2010 ? Les professionnels invoquent unanimement un manque de visibilité quant au comportement du marché boursier. Pour le moins, les rares pronostics glanés auprès des analystes s’accordent sur une poursuite de la baisse sur les premiers mois de 2010. La chute pourrait même s’accélérer par rapport au rythme observé fin 2009, en l’absence de catalyseur favorable sur le marché.
Pour ce qui est maintenant de la fin du cycle baissier, celle-ci est pour la plupart attendue pour la mi-2010. Cette hypothèse est, par ailleurs, étayée par l’analyse technique. D’autres prévisions plus optimistes envivagent la reprise, plus tôt, vers la fin du premier trimestre de l’année en cours, pourvu que les résultats annuels 2009 (publiés en mars 2010) des sociétés cotées soient suffisamment probants et puissent jouer le rôle de déclic. Peu probable quand on sait que toutes les sociétés de Bourse ont revu à la baisse leurs prévisions de croissance bénéficiaire.