20 ans de Bourse : quatre cycles et une hausse de 777% !

Le marché boursier a enregistré une performance moyenne de 40% par an depuis 1993. Le volume de transactions est en hausse de 400% depuis 2000. Deux cycles de hausse et deux autres de baisse chacune dans un contexte différent.

La Bourse de Casablanca existe certes depuis 1929, mais elle n’a réellement pris son essor en tant que marché moderne qu’à partir de 1993, année au cours de laquelle des réformes de taille ont été adoptées pour dynamiser le marché des capitaux. Depuis, le marché n’a pas cessé de procurer les financements nécessaires aux sociétés désirant lever des capitaux sur la place et de jouer le rôle qui lui est dévolu. La Bourse a également fait le bonheur de milliers d’investisseurs grâce à des cours qui ont fortement progressé. Cependant, le marché est passé par des phases d’euphorie mais aussi par des moments de crise et de léthargie. Quelles sont les cycles par lesquels est passée la Bourse de Casablanca ? De quelle manière a évolué le marché et quel bilan pouvons-nous tirer de ces vingt années d’existence réelle ?

De 1993 à 2012, la Bourse de Casa a évolué en deux phases haussières et deux autres baissières. Sur vingt ans, elle a enregistré une performance de 777%, ce qui équivaut à une moyenne annuelle de 39,8%. Cela dit, la performance sur les vingt dernières années ne peut être appréciée correctement qu’au regard de la liquidité du marché. Les données des volumes de transactions, disponibles à partir de 2000, montrent une progression significative : +400% en 2011 par rapport à 2000, à 40 milliards de DH contre 8 milliards onze ans auparavant.

Premier cycle de hausse : de janvier 1993 à juin 1998

La première phase qui s’étend de janvier 1993 à juin 1998 a enregistré une performance impressionnante de 366%. Ceci correspond à une progression moyenne annuelle de 66%. Cette performance est le résultat d’une dynamisation du marché grâce à l’introduction des différentes réformes initiées en 1993. En effet, la création du CDVM en 1994 avec des prérogatives précises, de Maroclear en 1997 pour faciliter le dénouement des transactions boursières et surtout la promulgation de la loi sur la société gestionnaire de la Bourse sont autant d’éléments qui ont réussi à cadrer le fonctionnement du marché et à attirer les investisseurs. Néanmoins, cette réforme majeure n’a pas été sans conséquences négatives. Avec l’instauration de l’obligation de la publication des états comptables et financiers, dix sociétés cotées, refusant de se conformer à ces nouvelles dispositions, ont été obligées de se retirer de la cote.
La deuxième phase, elle, a suivi un rythme descendant. De juin 1998 à août 2002, cette période a été caractérisée par l’apparition des premiers signes de l’essoufflement du marché conjugués à une crise de confiance par rapport aux perspectives de son évolution. Un professionnel explique cette baisse par «une correction initiée par les investisseurs vu la progression remarquable qu’a connue le marché pendant les cinq précédentes années». La baisse s’est prolongée jusqu’à juillet 2002 avec un recul drastique des volumes de transaction.

En effet, au terme de cette phase, la Bourse a enregistré une contre-performance de 49%, soit en moyenne 11,7% de moins chaque année. Les réformes engagées depuis 1993 ne semblaient plus suffisantes. Il était nécessaire que les autorités publiques donnent un coup de pouce au marché financier. Malgré l’introduction d’autres réformes d’ordre réglementaire à l’instar du 3e compartiment (petites capitalisations) en 2000 ou le dénouement des transactions en J+3, ou même le passage de l’indice IGB aux deux indices représentatifs, à savoir Maxi et Madex, la Bourse avait besoin de plus que cela pour redémarrer. Les avis des opérateurs concordaient à l’époque : la redynamisation doit passer par la relance des programmes de privatisation et une politique fiscale avantageuse.

Des mesures fiscales pour redynamiser le marché en 2001

Face à cette situation, plusieurs mesures ont été prises. C’est ainsi qu’a commencé une série d’assouplissements fiscaux en vue d’encourager les introductions en Bourse. D’ailleurs, la Loi de finances de 2001 avait prévu une exonération de 50% de l’impôt sur les sociétés pour les augmentations de capital et de 25% pour les cessions de titres pendant trois années. «En parallèle, les investisseurs désertaient la Bourse, découragés par une fiscalité jugée contraignante», précise un analyste. Pour ce faire, des mesures concrètes ont été prises à cet égard. Ainsi, sur une durée de quatre ans, il a été décidé de supprimer la Taxe sur les produits de cession des valeurs mobilières (TPCVM) pour les personnes physiques, et un abattement de 50% des plus-values de cession pour les investisseurs institutionnels. De même, les conditions d’accès à la Bourse ont été facilitées afin de permettre aux jeunes entreprises à fort potentiel de croissance de recourir au marché pour le financement de leurs projets de développement.

Cette politique fiscale avantageuse (reconduite pour trois autres années à partir de 2003) a donné ses fruits pendant les 4 années qui ont suivi, puisque de 2003 à 2007 (deuxième phase de hausse) la Bourse a connu une embellie. Sa performance pendant cette période a atteint 436%. En moyenne, le marché a gagné 78% chaque année. Cette hausse qualifiée de phénoménale a rattrapé le retard enregistré entre 1998 et 2002. Convaincu de la nécessité de privatiser l’une des grandes entreprises figurant dans son giron, l’Etat a finalement décidé en décembre 2004 de céder 14,9% du capital de Maroc Telecom sur le marché boursier. L’opération a rencontré un réel succès en terme de nombre de souscripteurs. En outre, la fusion entre la Banque commerciale du Maroc (BCM) et Wafabank qui a donné naissance au premier groupe bancaire privé au Maroc, conjuguée à l’introduction en Bourse de la BCP, a été fortement appréciée par les investisseurs. Ainsi, ces derniers affluaient sur le marché et les transactions devenaient de plus en plus importantes, ce qui a impliqué une forte ascension des cours depuis 2005.

Le contexte économique national aidant (une croissance du PIB de 5,5% en 2003, de 4,4% en 2004…), les intervenants prévoyaient une croissance soutenue des réalisations des sociétés cotées. De même, la Bourse des valeurs de Casablanca a mis en place, en 2004, un plan stratégique «Future 2006» construit autour de l’élargissement de la cote en termes de sociétés cotées, du développement des moyens en vue d’accroître la liquidité sur le marché et de la création d’un marché à terme. Pendant les deux dernières années de cette phase, l’activité de la Bourse a été soutenue grâce à un retour en force des introductions en Bourse, à l’instar d’Addoha et de la CGI, profitant des abattements fiscaux initiés par l’Etat.

L’éclatement de la crise internationale a eu raison de la dynamique du marché

La dernière phase que vit toujours la Bourse de Casablanca est baissière et ce, depuis mars 2008. La contre-performance boursière pendant ce cycle a atteint à ce jour 31,5%, soit en moyenne 8,6% de perte annuellement. Elle a été accentuée par l’éclatement de la crise financière internationale et la chute brutale des économies des principaux pays partenaires du Maroc en septembre 2008, et, partant, de leurs marchés financiers. Cette crise a impacté l’activité sur la place casablancaise suite aux craintes qu’elle a suscitées chez les investisseurs. Du coup, les volumes ont chuté, les cours des actions également. «Bien que la croissance de l’économie nationale restait soutenue, soit 5,6% en 2008, 4,8% en 2009 et 3,7% en 2010, cela ne s’est pourtant pas reflété sur le marché financier qui a continué à essuyer des pertes sur la période», explique le directeur d’une société de Bourse. Même la politique de placement des investisseurs a connu une nouvelle orientation. «Les particuliers comme les professionnels ont commencé à déserter le marché actions petit à petit pour se positionner sur le marché monétaire et obligataire notamment», affirme un professionnel. Cette nouvelle politique de placement trouve son origine dans le manque de visibilité des opérateurs vis-à-vis de la situation économique et aussi au regard du contexte international qui peine à se redresser.

Après avoir totalisé 20 introductions en Bourse en 2006 et 2007, le marché boursier a connu un net ralentissement de la cadence des IPO dans la mesure où seulement cinq opérations ont été enregistrées en 2008 et aucune en 2009. Vu la conjoncture qui prévalait depuis 2008, certaines sociétés à l’instar de Trarem ont même abandonné leur projet d’appel public à l’épargne après avoir obtenu le visa du CDVM.

Cependant, 2010 a fait l’exception dans ce cycle baissier. Le marché a clôturé l’année sur une note positive atteignant 21,17%. Ceci s’explique par la reprise des introductions en Bourse, avec celles de l’assureur CNIA Saada et de la société de distribution tunisienne Ennakl Automobiles. Mais surtout, une opération d’envergure a réussi à redynamiser le marché. Il s’agit du retrait des holdings Ona et Sni. A l’issue de cette opération, les investisseurs qui détenaient les titres de ces deux holdings se sont retrouvés avec beaucoup de cash qu’ils devaient replacer sur le marché, ce qui a dopé les cours.

2012, dernière année de baisse ?

Une fois l’effet de cette opération consommé, le marché a renoué avec la baisse, surtout à partir de janvier 2011 avec le printemps arabe.
Pour tenter de redynamiser le marché, la Bourse a décidé de partir séduire les entreprises potentiellement introductibles en Bourse en Afrique. D’un autre côté, pour plus de visibilité de la place casablancaise pour les investisseurs à l’international, elle a créé deux nouveaux indices fin 2010 : le FTSE CSE Morocco All-liquid et le FTSE CSE Morocco 15 Index. Mais ces actions n’ont jusqu’à maintenant pas porté leurs fruits. Par ailleurs, les pouvoirs publics ont décidé de mettre en place une nouvelle plateforme financière de l’Afrique du Nord et de l’Ouest, nommée Casa Finance City et créée en juillet 2010. Ainsi, les entreprises ayant le statut Casablanca Finance City sont exonérées de l’IS pendant les 5 premières années d’exercice au titre de leur chiffre d’affaires à l’export ainsi que des plus-values mobilières nettes de source étrangère. De même, la réduction à 20% du taux d’IR sera appliquée aux traitements, émoluments et salaires versés aux résidents étrangers travaillant dans une société ayant le statut CFC. Mais s’il s’agit là d’un projet d’envergure qui ne manquera pas de donner une nouvelle dimension au marché marocain à moyen terme. Pour l’heure, les solutions pour favoriser le redémarrage du marché sont à chercher ailleurs.

Parmi les mesures prises par les pouvoirs publics en vue de tonifier le marché, on compte quatre projets de loi. Il s’agit du nouveau statut du CDVM qui lui permettra d’élargir ses prérogatives et de mieux encadrer les informations financières publiées par les sociétés faisant appel public à l’épargne. Aussi, les lois sur le prêt-emprunt de titres et le marché à terme, restées dans le tiroir depuis des années, sont actuellement dans le circuit d’adoption. Selon les opérateurs, ces nouveaux instruments constituent un moyen d’échange de titres qui pourrait donner plus de liquidités au marché. Cependant, le manque de profondeur actuel ne permettra pas leur développement. Les plans d’épargne défiscalisés ne sont pas laissés en reste. En effet, leur mode de fonctionnement et caractéristiques sont désormais définis pour permettre un véritable décollage de ces produits qui peinent à percer depuis leur lancement en janvier 2010.
En tout cas, l’année 2012 poursuit toujours son trend baissier et confirme la tendance baissière de ce cycle. Les professionnels de la place ne semblent pas très optimistes quant aux perspectives d’évolution de la place, du moins sur le court terme. Ils sont unanimes sur le fait que la tendance va se maintenir au moins jusqu’à la publication des résultats semestriels de cette année. Ceci dit, comme l’histoire se répète et si on raisonne en termes de cycles boursiers répétitifs, 2012 serait la dernière année de baisse et sera suivie ainsi par un cycle haussier dès 2013 qui durerait en moyenne cinq années.

Au final, malgré deux cycles de baisse depuis 1993, le marché boursier reste un bon placement sur le long terme. Le cours de certaines sociétés cotées affiche même une croissance fulgurante sur la période. A titre d’exemple, le cours de Centrale Laitière est passé de 28 DH (cours ajustés) à 1 325 DH en vingt ans. BMCE a enregistré une performance de 686% pour atteindre 195 DH actuellement. Wafa assurance, cotée depuis 1998, a également connu l’une des plus fortes hausses de la période avec une performance de 622%  en 14 ans.